‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 85 sur 232 · GUILLAUME TELL · texte numérisé non relu

GUILLAUME TELL

Cette pièce sera suivie, etc.

(I) Le DE PAR LE PEUPLE était à l'imitation de l'ancien : par ORDRE, qui annonçait la présence du souverain au spectacle. Celte rédaction prit faveur plus tard les jours de gratis, et notamment les jours complémentaires, en ces termes : de pak et pour LQ peuple, aujourd'hui première sans-cuiottide, etc.

La question politique est donc décidée! faute de pouvoir dénouer le nœud on l'a tranché. « Le tonnerre vient d'être arraché aux dieux ivres, » écrivent les nouveaux vainqueurs. Le tonnerre de Louis XVI !

La nation a beaucoup gagné, dit-on; je suis si peu versé dans les hautes questions, que j'avoue en toute humilité que je n'en crois rien. Du moins plus de censure au théâtre, me dit-on encore : c'est juste; srulement il faut faire quelques petites concessions. L'ancien répertoire sautera du coup, et l'on ne hasardera plus une pièce qu'auparavant elle n'ait été émondée, républicanisée par gens tout littéraires sortis de la commune. Nous n'aurons plus la censure en manchettes de M. Suard; nous aurons la mâle prévision desChaumette et des Hébert. Ils n'emploient point les ciseaux, eux, ils font usage du lacet : on serre au cou Mérope, Athalie, Didon. On ne mutile plus, on étrangle, et si Miihomet veut éviter le cordon , il portera à fon turban la cocarde nationale française.

O que de fois, en ces jours extrêmes, j'ai maudit mon état de comédien ! Comédien ! mais c'était être mis au chevalet tous les soirs; humilié sous les sarcasmes et les calembourgs des beaux, torturé des vociférations des tapesdur^ quelle situation que celle d'un artiste qui se sent de l'ame, d'avoir à subir les caprices de tels speclateurs! Ils voulaient; ils ne voulaient pas; la pièce annoncée n'était pas de circonstance ; le comédien n'avait pas assez de patriotisme. Ils demandaient des vers aux acteurs d'opéra , et des couplets à ceux qui jouaient la comédie ; mais ils ne supportaient pas d'accidens de voix : le rhume était liberticide. Désignés depuis long-temps à leur colère, nous étions, nous, les plus persécutés. La main me tremblait quand je mettais mon rouge : tout à l'heure, me disais-je, ces voix rudes, tout à l'heure ces voix criardes vont nous apostropher sur tous les tons, et, au grand scandale de notre langue, avec ce vocabulaire brutal, dégradé qui épouvante les oreilles les moins chastes. Ce peuple-là n'ar-

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