‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 91 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

solument comme l'arc-en-ciel; il arrive toujours après l'onige. r, Cette fois nu moins l'orage grondait, et gmndait fort quand le maire se présenta; il fut même tellemeut pressé dans cette bagarre, qu'il y prit assez de mal pour en mourir peu de temps après.

Cependant il écrivit, séance tenante , à la Convention , a'ors en permanence pour le jugement du malheureux Louis XVI. De notre côlé , nous n'étions pas oisifs, nous envoyâmes prévenir nos amis, et Laya rédigea une vigoureuse réclamation oii nos griefs et les siens étaient exposés, et<iii, sans respect pour l'écharpe municipale, la commune était vigoureusement dénoncée pour fait de tyrannie, ses principaux meneurs traités de wor/e;y^e^g^e/^^//.s7^oww6^>^<f<? la chambre ^ et ses partisans nettement appelés esclaves. Il y avait de l'éloquence dans ce morceau , et je renvoie , pour mieux le connaître, à l'ouvrage de M. Etienne, qui le donne en entier.

La lettre de M. Chambon, la réclamation de Laya, excitèrent à la Convention un tumulte d'autant plus grand , que les jacobins dis.iient dans les feuilles qui leur étaient vendues, que le ministre Roland avait demandé et payé Y Ami des lois ; cette imputation d'une haine aveugle pour quiconque connaissait Laya el Roland, fut repoussée avec force, et sur la motion du fameux marin Kersaint, la Convention passa à l'ordre du jour, le motivant sur ce qu'aucune loi n'autorisait la commune à violer ainsi la liberté des théâtres.

Bientôt ce décret nous fut envoyé; bientôt il fut proclamé aux cris de la joie générale, au bruit des applaudi semensun.'inimes; nous jouâmes la pièce , nous avions le feu au cœur, jamais la Conjédie-Francaise ne fut plus belle , jamais, quant à moi , je n'ai trouvé pins d'inspiration, et c'était avec l'îune et l'efïorl d'un ennemi qui lance une flèche, que je jetais au but les vers fameux :

Honteux d'avoir été, plus honteux encore d'être, Brigands, l'ombre a passé, songez à disparaître !

160 MÉMOIRES DE PLEURY.

Mais la commune ne nous tint pas quittes; la lutte recommença avec colère , car au moment décisif du jugement du roi une affaire de Théâtre-Français avait presque dérangé d'atroces calculs, en jetant un germe de division de plus parmi les membres de la Convention ; nous sûmes soutenir nos droits avec énergie, et , chose étrange, et qui marque combien il fallait peu pour mettre sur un autre chemin ce char politique auquel de simples comédiens et un auteur avaient fait faire un heurt, c'est que nous eûmes pour nous le Conseil exécutif provisoire , et qu'une fois encore un arrêté de la suprême commune fut cassé !

Dans l'iiilcrvalle de nos discussions deux faits, l'un dramatique et l'autre théâtral , marquèrent pour ceux qui pouvaient encore s'occuper d'art; je dois les signaler.

Le début de Picard sur une grande scène d'abord, etson succès dans le Conteui ou les Deux poste s. ÇjÇiWWw seulement alors par quelques légères productions données aux théâtres second. lires, il fit là un premier pas qui le révéla. De la r.'ipidité , de la gaîté , un vif dialogue, point d'afféterie, un cachet de vraie originalité, voilà ce que tout d'abord on reconnut en lui; la Comédie Française ne s'écria pas comme on l'a dit : Voici le petit Molière! Nul n'est Molière s'il est petit, mais la Comédie le plaça à côté de nos excellens comiques : c'était quelque chose pour commencer.

Le début de Baptiste aîné, l'une des meilleures recrues faites par Be;iuuiarchais(iuand il établit son théâtre du Marais. Cet acteur fixa du premier coup l'attention publique; sa haute taille, son air de tête, ses ge>tes rares et jamais hors de propos, sa parfaite connaissance delà valeur des mots, le distinguèrent, au milieu d une troupe qui n'av.iit (jue de l'ensemble. Semblable à ces hommes heureusement nés qui, dès leur entrée dans le monde, sont d«'S hommes du monde, Baptiste a été comédien eu mont;int sur la scène. Quand p le vis il me rappela B' llecourt,et dans beaucoup de rôles il l'a surpassé; peul-êlre recheichc-l-il quelque-

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