X.E MARIAGE DE FIGARO
Je suis un ancien. — Pourquoi. — Folies de Tannée 1784. — Le Théâtre avant le Mariage de Figaro. — Lutte de Beaumarchais. — Il est protégé par le comte de \audreuil. — M. de Maurepas auteur de parades. — Le garde des sceaux excellent dans les comiques. — Pari à propos de Garrick et de Préville. — Mot du comte d'Artois sur la Folle Journée. — On donne la pièce. — Succès. — La reine joue Suzanne , le comte d'Artois joue Figaro,
Depuis quelque temps , ma position à la Comédie-Française était devenue plus belle que je n'aurais jamais osé l'espérer, et eela tout à coup ; j'étais immédiatement après Mole : voici pourquoi.
Un beau jour, Monvel , comédien consommé, auteur agréable, homme du monde aimable et poli, qui aurait pu parcourir sa carrière avec tous les avantages possibles, quitta brusquement la France au moment où le public le voyait avec une sorte d'enthousiasme» Ce brusque départ donna lieu à mille conjectures , et les harpies ccrivassières du temps, qui exploitaient l'extraordinaire et le caché
pour ccrire à leur façon l'histoire du jour, ne manquèrent pas de jeter sur le papier leurs interprétations odieuses, pour la pins grande gloire de leurs chroniques et l'amusement des oisifs. Le fait est que , depuis long-temps, Monvel était sollicité pour accepter la place de premier comédien et de directeur de la troupe royale française que Gustave 111 entretenait à Stockholm avec toute la magnificence d'un souverain ami des arts. Monvel resta plus d'un an avant de prendre un parti ; la gloire le retenait au Théâtre-Français > la fortune l'appelait en Suède ; il balançait encore, lorsqu'au!) de le décider, le roi le nomma son lecteur. Monvel , dont l'amour-propre se trouvait flatté au plus haut point, ne résista plus; mais il y a un contrat avec les comédiens français, il faut le rompre légalement; il y a les gentilshommes de la chambre , il faut obtenir leur sanction. Pour cela il faut du temps, des négociations, peut-être mettra-t-on des bâtons dans les roues; peut-être en appelle r;i-t-on à la générosité de Gustave. Le nœud gordien est serré , faudra-t-il le dénouer iil à fil ? ce sera long, et peut-être impossible : ce qu'Alexandre fit avec une épée , Monvel le fera avec une chaise de poste; il usera des deux mots magiques d'alors pour trancher toutes les difficultés : Fouette , cocher !
Me voilà donc après Mole ; talonnant de près ce coryphée , cet arbitre suprême du noble et haut comique :
JE SUIS UN ANCIEN A MON TOUÏl!
Pressé de jouir, j'usai de mon droit.
Depuis la mort de Bellecourt on n'avait p.is joué l'Ecole des Bourgeois. Celte comédie de Dalainval, d'un excellent comique, offrant quelques scènes dignes de Molière, et qui peuvent figurer à côté de celles du Bourgeois gentilhomme , cette comédie originale enfin , était oubliée. On parla de la mettre au répertoire : Mole refusa le rôle du marquis. — Je le jouerai , dis-je. — Comment f après mon mari ! s'écria madame Bellecourt. — Mais , madame , répliquai-je , si un comédien meurt , la comédie ne meurt pas.