‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 190 sur 275 · CHAPITRE XXVÏIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVÏIÏ

sonnnge de Dorsan , il aurait fait de prime-saut sa réputation, si déjà elle ne lui eût été acquise.

Le Théâtre- Italien, en ne recrutant que de tels corné diens, aurait naturellement donné lieu au concours d'émulation dont je parlais tont-à-l'heure; mais l'administration n'était pas toujours aussi heureuse , ou , du moins, M. de Richelieu y mettait bon ordre.

Depuis que ce supérieur avait quitté le sceptre de la Comédie-Française, pour se donner tout entier au gouvernement du Théâtre-Italien , il se faisait vieux et ses réglemens ressemblaient un peu aux homélies de l'évêquc de Grenade : Monseigneur baissait; il s'était marié à plus de quatre-vingts ans avec Mme de Rothe , et dans les complaisances de la lune de miel, il confiait à cette dame des détails qu'elle n'entendait guère; ne sachant rien refuser à une jolie femme , même à la sienne , des gens d'intrigues s'étaient rendus les maîtres en sous-ordre , et ceux-là sont les pires des maîtres; les auteurs se plaignaient ( il est vrai que les auteurs se plaignent toujours), leurs droits n'étaient pas lixés, ou quand ils l'étaient, les statuts qui les réglaient étaient méconnus ; ils parlaient, murmuraient ,réclamaient, mais leur voix se perdait dans le désert. Les intéressés , et le plus souvent les intéressées , d'après leurs caprices, faisaient marcher les traités, ou même en créaient de nouveaux. Quand une main blanche et potelée avait avait guidé la plume du Maréchal , il croyait que ces traités étaient les siens; se plaignait-on des abus, il répondait : — Bah! bah ! si ea ne va que mal , ça va aussi bien qu'à la Comédie-Française.

Veut- on savoir comment maintes fois il augmenta sa troupe, et de qui il acceptait des sujets?

Malgré son âge, ce seigneur avait conservé l'habitude de monter à cheval , et deux fois la semaine il prenait pour but de sa promenade, le château de Monseigneur de Beau • mont, à Conflans. Il mettait une grande régularité dans cet exercice, et ne changeait jamais ses jours : les mererc-

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