‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 205 sur 275 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

plaisir, et malheureusement l'ajourna jusqu'au procès: on ne savait de ces dames que leur vie joyeuse , c'est-à-dire 1 époque de l'âge fleuri , de l'âge des pèches mignons, et l'on n'avait pas la date de leur extrait mortuaire ; or, c'était une question de savoir si elles reviendraient à la vie , avec la beauté qu'elles avaient lorsqu'elles étaient dans toute leur splendeur, on bien si elles se montreraient comme au jour de leur mort ; dans.ee dernier cas les choses se seraient mal passées, et pour souper avec des matrones c'était employer bien mnl mille louis.

Ce qui donna lieu sans doute à cette croyance de résurrection momentanée , avec l'enveloppe qu'on avait au dernier jour des adieux à la terre, fut la grande apparition de d'Alembert , solennellement évoquée pour l'instruction de plusieurs philosophes, et pour les menus plaisirs de quatre ou cinq douairières, entre lesquelles lady Mantz, comtesse Brulz des Deux-Monts , trouva le secret de se fourrer.

C'est d'elle que je tiens les cireonstrnees de cette curieuse cérémonie :

Il y avait pour tous les amateurs qu'on y reçut , sous le titre plus noble de convives , des fauteuils adossés aux parois de l'appartement du côté du couchant (chose essentielle!) Puis , au levant , le grand Cophte (c'est le titre que prenait Cagliostro dans le lieu consacré) avait placé le siège destiné à d'Alembert ; une chaîne de fer à portée des spectateurs, les tenait à distance de l'apparition; il avait été dérogé à la coutume relativement à l'heure consacrée aux revenons, et trois heures du matin était celle des évoqués de Cagliostro, du moins ce jour-là ce fut celle qu'il choisit.

Vers trois heures donc, un commandement se (it entendre d'éloigner les chiens, les chats , les chevaux, les oiseaux , et, s'il s'en trouvait, tous les êtres immondes; quelques secondes après, un autre commandement ordonna de ne laisser dans l'enceinte que les hommes libres , et tous les domestiques durent partir; après ces prélimi-

naires, il se fit un grand silence et tout à coup les lustres s'éteignirent; la même voix, mais cette fois-ci devenue plus formidable , ordonna aux convives de secouer la chaîne de fer, ils obéirent ; mais à peine y avaient-ils touche, qu'une émotion étrange passa rapidement en eux; enfin trois heures sonnèrent lentement, et à chaque son prolongé d'un timbre lugubre, une clarté soudaine et fugitive comme l'éclair, illuminait le fauteuil vide au-dessus duquel ou lut pour la première fois :

philosophie!

Tout retomba ensuite clans l'obscurité, et le marteau ayant frappé le second coup, le même éclair illumina le mot :

nature !

Enfin , autre profonde obscurité, dernier son de l'horloge, et autre mot plus éclairé cette fois et tout resplendissant de rayons :

Page 1