CHAPITRE XXX
l.n vérité sur les scènes d'évocation et surtout sur l'apparition dont ladyMantz m'avait conte' l'histoire, je repris donc:
— Mais il y a bien du surnaturel dans tout cela; et par exemple, ces ombres évoquées... — Ah , oui ! Ces ombres qui apparaissent à ma voix ; ces morts qui obéissent à mon commandement, est-ce ce que vous voulez dire? Mais avezvous vu cela ? Jusqu'à ce que vous ayez vu, ne prononcez pas. — Cependant , reprit Dugazon , tout Paris.... — Tout Paris n'a pas vu ; je ne suis point un homme de place publique. J'apporte de merveilleux secrets, une connaissance approfondie des sciences naturel les ; vos sa vans m'auraient repoussé comme savant , ils m'admettent comme sorcier ; j'aime l'humanité ; j'établis ma puissance sur les imaginations; je me fais mon peuple, d'abord , afin qu'il me suffise d'imposer les mains pour guérir. En vérité, je comptais trouver chezeertaines classes plus de vraie philosophie! — Depuis qu'ils ne croient plus en lui , dit la belle Séraphina , montrant le ciel de la main gauche pendant qu'elle faisait un signe de croix de la main droite , ils adoptent toutes les croyances. — Il est vrai, reprit vivement Cagliostro, que vons feriez mieux d'avoir foi enDicu, messieurs.,, je vous assure qu'il y aurait de l'économie.
Je vis bien que l'adepte cherchait à rompre les chiens ; s imaginant, d'après ce qu'on lui avait dit, que nous appartenions à quelque cour de magistrature souveraine, il crut devoir écarter ainsi nos questions , du moins nous le pensâmes ; mais qu'on juge de notre étonnement , quand , après avoir tiré sa montre, nous l'entendîmes nous réciter tout courant ces vers de Tartufe , des vers de Molière , ma foi !
« Il est, messieurs , trois heures et demie,
» Certain devoir pieux rae demande là haut, » Et vous m'excuserez de vous quitter si tôt. »
Nous allions parler ; il prit le bras de sa femme. Depuis environ un quart d'heure on avait entendu s'arrêter à la tome I. 11"
porte une voiture : c'était la sienne. Il nous fit un salut aimable, et Seraphina nous adressa la plus gracieuse révérence du monde.
— Adieu, M. Fleury! adieu, M. Dugazon ! vous avez voulu me faire représenter devant vous... vous avez représenté devant moi. — Sans rancune , messieurs , reprit la femme en s'éloignant. — Sans rancune et au revoir! nous écriâmes-nous en même temps et de bonne humeur.
Ce fut là notre entrevue avec Cagliostro et ce fut Tunique, car le soir même de cette rencontre il fut arrêté , et , après le prononcé du jugement contre Mme de Lamollic, le départ de cet homme extraordinaire se décida si promptement , que nous ne pûmes parvenir à le rejoindre.