TOME I
le foyer de lumière, projetait mille lueurs, bleues, rouges, jaunes et. blanches, imitation (d'après l'affiche) des (Vu x colore's d'une aurore boréale; cette colonnade, dis-je, paraissait comme une architecture de fées, formée de vapeurs suspendues , qu'un souffle pouvait renverser ou détruire. Mais la rotonde? Oh ! la rotonde était brillante de ce qui fait le charme et le véritable enchantement de toutes les fétes , de ce que , avec la meilleure volonté du monde , ne peuvent toujours donner les entrepreneurs : je ne sais combien de groupes de beautés éclatantes y charmaient les regards des plus difficiles, et cette décoration naturelle faisait encore plus croire à l'illusion du palais des fées.
La Comédie- Française ne manqua pas de s'y trouver représentée parce qu'elle avait de plus gracieux parmi nos dames , cl trois d'entre nous y allèrent en qualité ih commissaires. Je n'eus point l'honneur de faire partie de la députation , mais je payai mon billet, et j'y parus en la compagnie du peintre avec lequel on a déjà fait connnissance dans le petit souper de M. le maréchal de Richelieu.
Nous arrivâmes au moment où l'on tirait une loterie de bijoux, parmi lesquels se trouvaient mêlés des objets grotesques, qui excitaient le rire de ces dames et de ces messieurs.
La cérémonie se faisait ainsi : on mettait cinq lots sur une estrade ; le sort décidait , puis , après que les chants de triomphe de l'orchestre avaient salué la personne favorisée, les dames rentraient dans leurs loges, et des contredanses, des chaconcs et des menuets servaient d'intermède aux nouveaux tirages de la soirée.
Après une tournée assez superficielle, j'allais me retirer, quand il me sembla distinguer des voix connues qui se disputaient. J'étais alors à l'entrée de la rotonde, ne pouvant apercevoir que la partie du cercle opposée à celle où se faisait le bruit; je demandai ce que c'ét.iit, et au bout d'un instant je sus que La Harpe et M. de Champceuctz étaient aux prises,