TOME I
74 MÉMOIRES DE FLEUKY.
Combien elle était cligne des hommages qu'on lui reservait, la reine de la fête ! Mlle Dangevilie a laissé dans nos fastes théâtrals un nom qui ne s'effacera jamais. J'en avais entendu parler avec enthousiasme par mon père , et puis universellement comme de Tune de ces gloires qu'on ne voit qu'à de rares intervalles: c'était la meilleure actrice qui eût jamais paru sur la scène française dans l'emploi des soubrettes. On la surnomma Y i ni mi table y et ce surnom était mérité. Il serait difficile de peindre les regrets qu'avait excités sa retraite. Estimée du public , chérie, honorée de ses anciens camarades, célébrée par les poètes, elle exerçait encore au Théâtre-Français, et même auprès des grands (1) , une influence dont elle ne se servait que pour faire le bien et pour être utile à ses amis.
Elle avait voulu se dérobera sa propre gloire dans sa maison de Vaugirard ; mais le souvenir de cette gloire environnait sa retraite de respects et d'hommages. La Comédie-Française, trop souvent oublieuse, se souvenait pourtant encore de cette illustration, et une pareille infraction à la règle n'était pas le moindre éloge de l'artiste qui eu était l'objet. Ceux qui continuaient leur renommée comme ceux qui essayaient leur réputation, aimaient à se rapprocher de Dangevilie. Actrice riche de souvenirs et de traditions, et surtout femme aimable, ses amis retrouvaient auprès d'elle, et dans l'intimité, le charme et le plaisir qu'éprouvaient naguère ses admirateurs.
Elle était entourée d'une véritable cour au moment où je lui fus présenté par Mme Drouin. Mlle Dangevilie avait
(I) Depuis sept ans à peu près elle avait quitté le théâtre, quand Fleury lui fut présenté. MMc Dangevilie possédait une belle fortune, et outre ses pensions de la Comédie -Française et de la cour, elle en avait une autre assez considérable sur la caisse de l'Ami' rauté. Une soubrette dotée sur les fonds de la marine! Cela est bien aussi curieux que si l'on avait récompensé le comte Destaing sur la caisse du Théâtre -Français, Dans ce petit abus est toutç l'époque,