TOME 1, a
tion en règle du traite' qui la dépouille si injustement, et elle y trouve, entre autres clauses, que les nouveaux entrepreneurs assurent à L*** dix-huit mille livres par année, pendant leur exploitation, avec la petite douceur en sus d'un pot de vin considérable, et tel qu'on le peut présenter à un chef de bureau , dont il faut avant tout ménager l'honnête susceptibilité.
Ainsi nantie, Mme Lobreau prend une chaise de poste, arrive a Versailles, voit M. de Villeroi (fort heureusement il faisait en ce moment son service de capitaine des gardes). Elle demande à être présentée à la jeune reine; on le lui accorde : un placet clair et précis, appuyé des pièces justificatives, ne laisse aucun doute; le lendemain, Louis XVI est instruit.
Déjà un peu prévenu contre M. Turgot, pour je ne sais plus quelle tracasserie d'intérieur de palais, le roi fait venir ce ministre.
— Votre chef des bureaux L*** est un fripon , dit-il , il abuse de votre nom pour dépouiller des gens honnêtes et vendre les places à son profit. Faites-lui restituer ce qu'il a reçu pour la direction du spectacle de Lyon ; l'ancienne directrice sera mise dans ses droits , et vous chasserez cet homme.
La réprimande était aussi sévère qu'inattendue; M. Turgot, étonné, ne sachant ce que c'était que cette affaire, répondit qu'il allait s'en informer, et que, si son commis était coupable, ainsi qu'on Lavait rapporté à Sa Majesté, il réclamerait contre lui la punition la plus sévère.
Je voudrais qu'on examinât une fois cette question : si dans le jeu de ces grands rouages, qu'on appelle machine politique , il faut qu'un ministre soit en tout point irréprochable. Un fripon converti ne comprendrait-il pas mieux les hommes? Il en aurait au moins l'expérience. L'homme de bien ne voit que des masques sa vie durant. Le ministre que je propose dirait bien vite : Je te connais. En attendant celte heureuse innovation (qu'on n'adoptera jamais