XIII. — CHAMPAGNEY NATURALISÉ BRABANÇON
Au moment de son entrée dans Anvers , le marquis de Havre offrit au comte d'Eberstein et à Champagney, en récompense « des bons debvoirs qu'ils « avoient fait, tant pour le service de Sa Majesté « que des États, ayant si bien maintenu celle ville, « contre les rebelles, . . . naturalité es pays et signam- « ment de la part de Brabant, qui les faysoyent « capax de tous estats, offices, prérogatives, les « recevant en leurs corps, collèges, pour patriotes, « comme s'ilz fussent nez en Brabant^ » Cette offre
» M. Groen van Prinsterer, V, 384, 487, VI, 224. * Arétophile.
NOTICE. "'I'
demeura sans effet pour le comte d'Eberstein , qui périt au sac d'Anvers ; quant à Champagney, elle reçut son exécution le 1'' janvier 1577, dans la forme suivante : » Les États de Brabant, de commun « accord, requièrent messire Frédéric de Perrenot, « chevalier, baron de Renaix, seigneur de Cham- « pagney, de se vouloir ordinairement trouver, en « leurs assemblées, pour, coujoinctement avecq « eulx, avoir voix, advis, délibérer, consulter et ré- « souldre, et tout sans préjudice et nonobstant les « privilèges de la Joyeuse Entrée '. » En^accordant à Champagney le droit de prendre part à leurs délibérations, les États de Brabant lui conféraient la prérogative d'être député aux Etats généraux , ce qui arriva peu de temps après*.
§ XÏV. — TRAITÉ DE MARCHE-EN-FAMENNE.
Le jour môme où les Espagnols mettaient à feu et à sang la malheureuse cité d'Anvers , don Juan arrivait à Luxembourg , en qualité de gouverneur
> Cet acte a été découvert par M. Gacliard aux archives do La Haje, Correspondance de Chuillaume le Taciturne, IV, introd. Il n'a pas empêché les bons bourgeois de Bruxelles d'accuser, plus tard, Champagney de s'être fait admettre aux États généraux par intrigiie et sans droit. MM. Diegerick et Kervyn de Volkaersbeke, Documents historiques inédits, II, 448.
* « Et nonobstant divers refus qu'il fit, ceux du Brabant le « naturalisèrent, par un acte exprès, afin qu'il n'eut excuse et « fut député de la généralité. >> Arétophile, 11 et 25.
NOTICE
général des Pays-Bas ; ses promesses de paix et de meilleure administration ne dissipèrent pas les justes défiances des patriotes. Les États généraux ratifièrent la Pacification de Gand et déclarèrent qu'ils « avoient résolu de s'unir, de s'armer et de s'as- « sister l'un l'autre, contre les Espagnols et leurs « adliérens , en gardant l'obéissance due au Roi . » Cliampagney fut l'un des promoteurs de cet acte, connu sous le nom di! Union de Bntxelles, (9 janvier 1577), qui « estant monstrée aux Estats, fut « par tous approuvée, confirmée et signée, ratifiée « par ceulx du Conseil d'État , commis au gouver- « nement général des Pays-Bas par le Roi , comme « dit est'. » Il prit ensuite une part importante à la transaction arrêtée le 12 février suivant, à Marcheen-Famenne, sous le titre d'Édit perpétuel.
Don Juan, habitué au commandement militaire, à l'obéissance passive de ses subordonnés et au respect dû à son rang, avait été choqué de l'indépendance des envoyés des Etats généraux (l'abbé de Saint- Ghislain, de Morbeke, Champagney, de Sweveghem et Medekerck.) » Et fut lors que monsieur de Cham- « paignie vint un peu à la disgrâce de Son Altèze, « parceque voulant parler un peu haut , côme l'un « des desputez des États et pour lors ennemy des
• M. Groen van Prinsterer, V, 592. — Fragments de mémoires historiques, Mss. des archives du département du Nord. Bulletins de la commission royale d'histoire, 2* série, V, 162.
NOTICE
« Espaignolz, luy fut repondu par Son Altèze qu'il « ne debvroit estre si haut parleur et qu'il considé- 0 rast d'où il venoit et quy estoit le Roy ; voulant a inférer par là que Sa Majesté l'avoitfaict homme et 0 avancé à tel degré ' . » Cependant le prince s'entourait d'étrangers et suivait les avis de conseillers dévoués aux Espagnols ; il en résulta des mécontentements qu'il chercha à apaiser, « en faisant entrer au « Conseil quelques trois ou quatre fois aucuns goua verneurs de province, et le sieur de Champagney; « néanmoins cela causât plus àe mal qu'auparavant, « parce que la résolution que se y prenoit, estoit « chambgée par les arrières Conseils qu'il tenoit « avecque Berlaymont, Assonleville et les autres \ » De son côté, Champagney continua ses relations avec les patriotes exaltés et les partisans du prince d'Orange; il devint tellement suspect au gouverneur général, qu'il l'accusa d'avoir, de concert avec le comte de Lalaing et d'autres membres des États, comploté son arrestation à Louvain*. C'est au sujet de cette accusation que ces seigneurs demandèrent, plus tard, à l'archiduc Mathias, de faire informer; le président du Conseil privé , le conseiller Rhym et
' Mss. précité, n» 15,888, f" 35.
* Mémoires précités. Bulletins de la commission royale d'histoire, V, 168.
* Discours véritable des choses passées es Pays-Bas de Flandres, depuis la venue du seigneur don Juan d'Austriche, etc. Lyon, chez Nicolas Guérin, 1578, 7.
NOTICE
le secrétaire Mesdach furent désignés à cet effet, mais nous ignorons le résultat de l'enquête'. On crut généralement qu'ils étaient étrangers à ce complot , attribué au prince d'Orange et dénoncé par le seigneur de Roubaix et le duc d'Aerscllot^ Les conspirations supposées étaient alors le moyen souvent employé pour perdre les gens, dont on voulait se débarrasser. N'est-ce pas sous prétexte de conspiration des Huguenots que Charles IX ordonna les massacres de la Saint-Bartbélemi? Don Juan, persuadé de l'existence d'un complot contre sa personne , ou feignant de l'être, le dénonça aux Etats généraux, et, dans son apologie, il signala Champagney « comme « grandement à craindre pour ses ruses et inven- « tions. » Il écrivit au Roi : « Qu'il n'avoit pas dans « les Pays-Bas d'ennemi plus acharné que Cham- « pagney\ »
Les idées répandues par certains historiens sur le génie et le caractère de don Juan se sont singulièrement modifiées; ces idées, Champagney ne les partageait pas. Ainsi, d'accord avec l'auteur des Mémoires cités plus haut*, non-seulement il constatait, dans une lettre adressée à son frère le cardinal , le mécontentement excité dans les Etats de toutes les
» ArétopMle 216. * Mss. précité, n» 15,888, f» 40.
' Apologie de don Juan d'Autriche, par Philippe Lefranc, ardenois. Luxembourg, 1577. Bibliothèque royale, fonds Van Hulthem, n" 26,520.
* Bulletins de la co7nmission royale d'histoire, Y. 168.
NOTICE. Lxvii
provinces par le gouvernement de don Juan; mais il disait que le duc de Clèves et plusieurs autres seigneurs, le regardaient comme un être stupide. Il ajoutait qu'on l'avait surpris, pendant les délibérations du Conseil, caché derrière une tapisserie et qu'il lui avait confié le projet de quitter furtivement les Pays-Bas, à l'époque de ses discussions avec les États généraux'. Cette dernière assertion est confirmée par don Juan lui-même, dans une lettre adressée le 7 février 1577, à Antonio Ferez : après avoir exprimé le chagrin que lui cause l'avortement de ses projets, il dit qu'il ne lui reste qu'à penser à se faire ermite^