ur ma vie ! monsieur, fis-je à bon droit
DE GABRIELLE D'ESTRÉES. Sgg
colérée, vous n êtes donc gentilhomme d'agir si brutalement?
» — Madame , persista M. de Lîancourt , pourquoi, s'il vous plaît , vous ai-je épousée? i Je demeurai au lit, et priai la Rousse et madame de Sourdis de me garder de toutes ses entreprises. 11 s'en alla tout grondant, et revint avec M. d'Estrées, à qui je sais bon gré d'avoir fait camuse l'intention de ce rustre.
« Monsieur mon beau-père, dit icelai , je vous prie de sommer madame Gabrielle afin qu'elle cède à mes désirs.
• — Saint Antoine de Cœuvres! s'écria M. d'Estrées, me choisissez- vous pour entremettetir? « — Je suis bien laid, reprit M. de Liancourt/ mais il ne s'ensuit point que je doive rester mari de nom tant seulement. •
» — Mon cher père, repartis -je, en l'état où vous me voyez, suant la fiè.vre, ai-je pas raison de demander un répit à M. de Lîancourt ?
» — M. de Cheverny, dit madame de Sourdis , m'a conté que même chose arriva lorsque
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madame Marie d'Angleterre , qui avait pour galant Charles Brandon, depuis duc de Suffolk, dut épouser le roi podagre Louis douzième.
» — Enfin , répliquai-je, monsieur d'Estrées, à vous je me recommande pour faire cesser les importunes poursuites de mon mari.
» — Sainte Astrée ! s'écria mon père, je n'entends qu'on te moleste en ma maison, et si M. de Liancourt est assez mal appris pour te nuire en rien, je le traiterai non plus comme mon gendre, mais comme un ennemi de ma personne.
.« — Ainsi ferai-je, quoique évêque et homme d'église, ajouta M, Annibal mon frère, accouru
» au bruit.
» — Monsieur, fit malignenienlPérinet jouant ide^a baguette, que si vous êtes assez osé pour attenter à madame ma maîtresse, je vous noue l'aiguillette pour toujours.
» — Je suis bien laid, dit M. de Liancourt, mais je me repens d'avoir mis le pied dedans ce repaire de diables en chair et en os. «
De cette sorte je dormis ou du moins je pas-
DE GABRIELLE D'ÈSTRÉES. 4oi sai la nuit à pleurer sans être încommodée de ce vilain sing^. Le lendemain j'étais malade pour de vrai, et des coliques étranges me firent craindre d'avoir trop peii ménagé l'œuvre du roi. Je me levai toutefois, désirant, espérant que mon cher Henri me viendrait secourir en ce danger que courait ma vertu; mais rien ne vint M. d'Estrées eût avis que le duc de Parme par lîn pont de bateaux sur la Seine avait fait une belle retraite sous les yeux du roi, qui, fâché de voir sa proie lui échapper toujours, voulait suivre à la piste lesdits fugitif. Mon espoir s'en alla d'après cette nouvelle; car Henri, occupé à pourchasser le combat, ne pouvait, selon Tapparence, venir à mon aide, surtout si le Maheutre, qui avait des yeux pour voir , sinon une bouche pour parler, avait fait à son maître le rapport de mes épousailles. Madame de Sourdis eut belle à faire pour me consoler ; je larmoyais à la journée. M. de Liancourt, à la seconde nuit , ne recommença ses fantaisies de nouveau mari, car il savait que M. d'Estrées avait la patience plus courte c^ue son épée t
4^a M|5RfÇIR»$
màîê l# 4e«Kié«ia j'^ur après l» tioget, qui étftk 1^ derpier de mm^ de l>on oiatlii^ il aUa whmk ser iDomieur mon pève, lui remontrant qu'il ét^ bîaa etdiiement marié, etqu^aea affairi^ Je récbMticiit en mo çouveraemeQl: de Chauoy ; aiim , «Itenda que fêtais en pleifte santé, il le priail de éisufA-ir qiie je TaccoaipagiimMi.
M. d'fiStrées n'eiU gucwie ^ectkifi con^ celte liométe reqaêtf , ^ m'<M>doaiia piatern^rl^ ^Dent de remplir inoo devgir à sui¥w M. de lianeourt ei> ses fojfefs damestiquea. L'ordre était juale, parmalbeur; et, qiiasi découragée^ j^ oe iis aticuQa régistaow; mais je délermÎAai fiKidame de iieurdîsàfie me poHït abeadooiier, car î'aYfiîs pm^" eertaio que M. de LfanceurC:, enragé d'am^ir , ne visait qu'à ma ditf raii^ de mai fMtfents pour avoir meilleur marché de mes refus. Pério^, k qui je âai mes oi;aXo4e% x^ partie .'4 Ma elièpe daiae» que M. «de {^iaB^uiit ue se hasarde à vous toucher, voire du bout dP doigt, car d'une parole magique j'en ferfii un «uouque , à la risée des damea. »
Le chemin feiteo carrosse me parut de
DE GABRIELL» D'ESTRÉES. 4q3 durée, car il me puait d'arriver atu logis de mon tyran , qui jeûna de mon entretien et de me$ regardis. lies douleurs que je sentais au ventre croissaient aui^ mouvements de la voiture; je me couchai dès rarriyée, et ce fut à mon vif déplaisir que je vis s'annihiler le fruit de mes amours avec Henri.
cMa chère maîtresse, dit Périnet, le p^tit roi est ajourné , et en ce mal je vois ce bien que d'aventure , il pourrait ressembler à M. de Liancourt.
• — Ah! m'écriai-je, -mieux vaut mourir avant être né , pauvre avorton ! car moi, ta mère, j'eusse nié ta naissance. »
A ce moment un bruit de voix par les mon* tées me fit ouvrir roreiilc, et mon cœur ne cessa de battre tumultueusement.
« Sire , disait M. de Liancourt, vous souhaitez voir ma.femme?
«-^Monsieur, disait le roi, sur votre vie!
oubliez ce qui s'est fait à mon insu ^ et faites que je loublie.
» — Mais, sire, le mariage est en bonne
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forme, et madame Gabriel le est présentement
madame de Liancourt.
• — Ventresaintgrîs ! vous dis- je, Gabrielle n'est point vôtre et ne lésera point.
H — Non, sire! m'écriai-je pleurante de joie, en temps que le roi entrait; dedans la chambre avec le docteur AHbour, et me baisait mieux que s'il fut mon mari.
• — Méchante , répétait-il en émoi , quel mat vous me fîtes! £st-ii vrai que M. de Liancourt...?
- •— Non, sire, non, Henri! dis-je avec maintes accolades.
» — Hippocrate ! interrompit Âlibour , madame, vous n'êtes pas au lit pour rien , et une fausse couche veut être ménagée.
» — Ma chère âme, dit le roi , notre petit Henri n'est parvenu à bien ! votre ventre a de belles promesses pour ne pas tenir.
• — Ce n est point à M. de Liancourt de ré-^ parer le mal qu'il causa , repartit madame de Sourdis
» -^ Madame , ajouta le bonhomme Âlibour»
DE GABRIELLE D'ESÏRÉES. 4o5 votre premier médecin remet à neuf mpis pour vous accoucher.
» — Hélas! Henri, dis-je douloureusement « le Maheutre vous a sans doute informé que j'étais mariée ?
» — Je vous èngarderai de l'être davantage , ma chère mignonne, et, de mon autorité , je vous sépare d'avec ce laid museau, d'autant qu'à icelui vous ne fûtes jamais liée.
> — Cent fois trop , mais non tout-à-falt ; j'ai vergogne d'avoir tant avancé les choses.
» — Guérissez- vous vite , ma mie , et , ventresaintgris! je suis assez roi pour vous sauver du monstre , comme Perséc fit Andromède.
» — Henri, ordonnez de votre humble servante^ qui désormais se range dessous vos lois.
»*^ Aimez-moi comme je vous aime, et le reste sera mon fait.
• — Ah! sire, garderai-je à présent le nom de monsieur mon mari comme perpétuel ressouvenir de ma folie?
» — Oui-dà! vous êtes madame de Liancourt,
4o6 M£l!ilO,IR£SD£Gi:BRIELLE,eta
et le mari aura nom Nicolas d' Amerval , de peur de vous confondre.
«-^ Ah! mon cher Henri, à quand n^auraije plus trace de madame de Liancourt ?
» — A votre premier-né, ma mie, je vous saluerai marquise de Monceaux ! »
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