‹ Mémoires de Gabrielle d'EstréesChapitre 8 sur 11 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

» — Oui-dà! ma tante , ce courrier du roi se trouvant en la maison de Dieu n'a-t-il point proféré quelques mois?

» — Ce seraient donc les premiers , car J^ Maheutre fut muet jusqu'à présent. »

Ainsi le non dit à grosse voix qui m'avait bouté la mort en Tàme n'était qu'un monstre de mon imagination , et je me désistai de croi re à ce fantôme des sens : ce jne fut un aUèg«raent de souffrances, et iëpître subséquente rfle réconforta enlièrement.

«Mon cher coeur ,

» Mes torts sont si grands envers vous^ que » le pardon m'a semblé irapossible.Je suis bien » impertinent de soupçonner une si vertueuse » amie, et la pénitence fut bien rude de vous » croireinfîdèle.J aurais donné ma vie pour une » absolution , et si quelque bataille se fût engaïgée, je me serais offert en hostie volontnire- »ment à la mort. Au demeurant^ couve .u^

DE GABRIELLE D'ESTRÉES. pgS

«que sans injustice, d'après les faussés appa-

• rences, tout bon amoureux vous eût mal •jugée; et après notre adieu, qui fut lamen- » table pour tous deux, je jurai témérairement »de ne vous revoir davantage. Mais à peine

• arrivé au ciimp, j'eus peine mortelle de n'a- » voir entendu votre justification que vous me ipriâjes d écouter, et si les affaires de mon «royaume n'eussent commandé ma|>résencc;

• je serais revenu, vous oonjurant d'excuser et » de m'aimer plus que je ne valais. Donc Belle- » garde n'étant pas au camp, je ne pus tirer

• d'éclaircissement jusqu'à hier quil reparut

• tremblant, je l'avoue; mais non autant que

• moi de vous avoir déplu. Beliegarde, à ma «requête, n'a rien omfs du rcndez-voiis , de p ses grands efforts contre votre fidélité , et du » contrat que j'avais vu sans compiendre. Force

• m'a été d'ajouter foi aux serments de Belle-

• garde, qui d'abord me reprochait de l'avoir » entraîné en ce piège. Finablement, ce qu'il

• m'a conté de vos refus et débats m'eût as-

• suré de votre amour^ si j'en eusse douté. Sur

»ce, ma chère amie, je me prosterne à vos » pieds pour obtenir ma grâce et absoudre mes «iniquités. Vous me plaindrez de savoir que je » suis attaché à la poursuite de MM. d% Parme »et de Mayenne, qui me dénient la bataille;

• je les tiens acculés entre mon armée et la » Seine qui vers Caudebec est d'assez belle lar-

• geurpour être difficilement passée. Je n*é- » pargnerai ni temps ni soins. Donc je vous dis- » suade de revenir à Mantes; car j'irai voussur-

• prendre en Picardie afin d'implorer le pardon » duquel j'ai grand besoin pour vivre content. «Sauf votre permission, je vous baise un mil- »lion de fois; ce qui sera fort peu pour si » longue absence; quant aux baisers, ne vous » en faites faute , j'en ai à tas et à provision. " Mandez^moi des nouvelles de notre petit fils « à naître.

» Vôtre à la vie, à la mort. »

Avant que d'avoir lu cette lettre toute confite en amour , les larmes dont le réservoir n'était

vide encore, commencèrent de pleuvoir dessus le papier.

« Hélas ! m'écriài-je, pourquoi ne suis-je défunte et enterrée du jour que je lus blessée d'un coup d'arquebuse à l'entrée du légat !

» — Ma fille, reprit madame de Sourdis, le mal n'est point irréparable, d'autant que le mariage ne se consommera que cette nuit.

• — Fi donc ! madame ; je livrerais mon corps au bourreau plutôt qu'à cet ours mal léché de Liancourt.

» — C'est bien ^non avis, mais il suffira de l'éloigner jusqu'à la venue du roi, qui le reculera de plus de cent lieues.

» — Hélas! quoi que je fosse, je demeurerai dame de Liancourt ! »

J'étais à me désespérer quand monsieur mon mari entra savoir comment je me portais; je me pris à le détester comme l'auteur de mes peines.

« Madame, dit-il, faisant une grimace au lieu d'un sourire, êtes- vous mieux rassise? Je vois à votre air que votre émotion a pris fin.

» — Monsieur, repari is-je sans le regarder, je me sens malade à en mourir, el j'ai plus affaire du médecin que d'un époux.

« — Cette (hère nièce, reprit madame de Sourdis , a des frissons de fièvre , et la guérlson ne peut venir de sîîô»; ^

» — Je î;uîs bien laid , dit M. de Liancourt , mais j'ai hâte d'user des droits de mari.

» — Par mon saint patron! m'écnai-je,nuel hcm.me étes-vous, monsieur, pour m'empécher de mourir paisible ?

» — Madame , se récria nionsieur mon mari , ces pâmoisons de fiancée ne sont sujets d'inquiétude, et la bienheureuse nuit, comme on dit, leur apportera remède.

» — Monsieur, dit madame de Sourdis , vous ne pousserez point la tyrannie jusqu'à ce degré.

» — Madame, répondit-il, je suis bien laid de fait; mais avant tout je dois terminer la cérémonie du mariage , et tendre à la possession de ma femme.

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