‹ Mémoires de GaratChapitre 107 sur 213 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

mais ce passage, qui est affreux, nel'estpasplus que cent passages de ce Marat qu'un tribunal vient de renvoyer, la tête couronnée de lauriers, au rang des législateurs. Sans doute, si nous étions sous le règne des lois, Marat devrait être, au moins, où vous avez mis Hébert ; mais croyez qu'il est trop dangereux de mettre Hébert à l'Abbaye quand Marat est à la Convention. La multitude, quand elle couronne l'un de lauriers, ne pourra souffrir que l'autre soit dans les chaînes. Il y a quelques jours, les gens raisonnables, les sages et bons amis de la liberté, prenaient le dessus dans les sections; depuis ces arrestations, les hommes violents, les furieux, ont repris leurs emportements et leur ascendant. Je trouve autant que personne très-nécessaire que force veste à la loi; mais pour que la force reste à la loi, il faut que la loi commence par avoir la force. Vous l'avez donnée à la Commune; retirez-la-lui donc, si vous ne voulez pas que force, au lieu de rester à la loi, reste à la Commune. Nous avons accoutumé les esprits à l'idée d'une liberté illimitée de la presse ; nous avons ri à l'Assemblée constituante, quand le peuple a été invité i)av son ami à pendre huit cents d'entre nous aux arbres des Tuileries; et

tout à coup, lorsque nous n'avons encore aucune bonne loi sur cet objet, sur lequel nous avons débité cent folies, vous arrêtez un homme, parce que cet homme a imprimé une feuille qui n'est pas plus atroce que cent autres dont les atrocités nous ont fait plus rire qu'elles ne nous ont fait horreur. Avant de faire de grands actes de gouvernement, il faut avoir un gouvernement; et ce moment, où vous êtes en majorité, serait mieux employé , ce me semble, à organiser en silence, et sans jeter l'alarme dans le camp ennemi, la puissance exécutrice avec laquelle vous mettrez au pied de la loi ou sous ses pieds tous les brouillons et tous les scélérats. »

Rabaut de Saint-Étienne me protesta qu'il s'était opposé de toutes ses forces à l'arrestation d'Hébert , que comme moi il l'avait jugée dangereuse. Depuis, Fonfrède et Vigier m'assurèrent qu'Hébert avait été arrêté également contre leur avis. Je laissai Rabaut de Saint-Étienne trèspersuadé que, lorsqu'on n'a point la force , il faut déployer l'autorité avec beaucoup de circonspection , pour la déployer avec succès et avec majesté.

Le lendemain matin je tins le même langage à Fonfrède, qui, quoique beaucoup plus jeune

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