‹ Mémoires de GaratChapitre 106 sur 213 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

Mouvements à la porte Saint- Bernard la nuit du 26 mai. — Conversation avec Rabaut Saint-Étienne. — Mouvements autour de la Convention le 27 mai. — La Convention était-elle assiégée? — Tableau que je trace à la Convention de rétat où elle est et des causes de cet état. — Analyse de ce que je dis dans cette soirée. — Comment tout ce que je dis dans cette séance fut défiguré le lendemain dans les feuilles.

Le 26 mai , à une heure et demie de la nuit, on vient me dire, à Vintérieur, qu'un grand mouvement se prépare à la porte Saint-Bernard; que des femmes sont à la tête, mais que des hommes armés les accompagnent. Je fais partir à l'instant deux gendarmes pour m'assurer du fait, et je me rends moi-même à la commission des douze; je n'y trouve que Rabaut-Pommier, qui va chercher son frère.

Rabaut de Saint-Etienne vient me joindre une demi-heure après au comité de salut public. J'étais sûr, dès lors, par le rapport des gendarmes, que le mouvement de la porte Saint- Bernard n'était rien ; mais j'étais trop sûr aussi que des mouvements plus réels allaient suivre cette menace. J'étais lié avec Rabaut de Saint- Étienne; j'aimais sa personne, j'estimais sa philosophie; je savais qu'une imagination fertile et brillante le disposait à voir entre les faits et les faits plus de liaison et de rapports qu'il n'y en avait quelquefois; mais je savais aussi qu'il aimait la vérité , qu'il avait exercé sa raison à la discerner et à la reconnaître.

Là j'eus avec Rabaut de Saint- Etienne une conversation très-longue et très-intime. Je ne lui dissimulai point que je trouvais beaucoup d'imprudence et de danger à laisser à la Commune la disposition de toutes les forces de Paris, et à faire arrêter l'un des officiers municipaux presque dans son sein. « Oubliez-vous, lui disais-je, que nous sommes dans des temps où l'on ose tout ce qu'on peut, et où l'on a de beaux noms pour honorer tout ce que l'on ose ? On m'a montré à la commission un passage affreux d'une feuille d'Hébert que je n'ai jamais lu;

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