‹ Mémoires de GaratChapitre 109 sur 213 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

choses. Il y en avait une que je voulais principalement savoir, et savoir sans aucun doute : c'était par les ordres de qui avait été appelée la force armée que j'avais vue le long du palais, et à la disposition de qui elle était. Liddon me protesta qu'il n'en savait rien; Pache me fit entendre qu'il avait signé la réquisition , mais qu'il n'avait pas été libre de la refuser. Rabaut de Saint-Etienne, qui avait l'air épuisé de fatigue et qui prenait un bouillon, ne répondit rien à ma question, parce qu'il avait à répondre à d'autres interrogations qui lui étaient faites en même temps.

Cependant on venait nous rapporter que la fermentation croissait à chaque instant au dedans de la Convention et au dehors. Pache se rend à la barre, et je me détermine à entrer dans la Convention pour mieux juger de son état dans son intérieur.

En traversant les cours, nous passions le long de la file de la force armée; j'entendis plusieurs de ceux qui étaient sous les armes dire en riant : Ah ! ah ! voilà ces vilaines écharpes! Un peu plus loin j'entends ces propres paroles : Comment Garât peut-il aller avec ces coquins? kV extrémité de la force armée, il y avait

quelques hommes qui n'étaient pas sous les armes, et un plus grand nombre de femmes. Là les officiers municipaux ne reçurent plus d'injures, ils reçurent des bénédictions ; là on disait : Voilà nos bons pères qui liassent.

Avant de pénétrer dans la Convention , nous nous arrêtâmes un instant avec des membres du comité des inspecteurs de la salle. Toujours je demandais des éclaircissements sur la nature et les intentions de cette force armée, unique chose, parmi toutes celles que j'avais vues, que je pusse redouter beaucoup pour la Convention; et, avant d'entrer dans la salle, les éclaircissements que je reçus furent complets; il ne put pte me rester aucun doute là-dessus.

A peine j'entre dans la Convention, qui avait l'air d'un champ de bataille où deux armées sont en présence , qu'on demande pour moi la parole que je ne demandais point.

Qu'est-ce qu'on voulait savoir de moi, et que devais-je dire? Je n'en savais rien.

Sans réflexion, par des mouvements trèsindélibérés , et dirigés uniquement par cette force secrète qui porte nos idées et nos paroles sur les objets et sur les sentiments dont nous sommes profondément occupés , je parle d'à-

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