CHAPITRE DOUZIÈME
Un instant Lebrun, Grouvelle et moi nous voulûmes respirer Tair dans Tune des petites cours du Palais-National ; on vint nous avertir avec des sabres et des pistolets qu'il était indispensable de repasser le guichet.
Quand l'arrestation des députés proscrits fut arrachée, je dois ici ce témoignage à la vérité, et à ceux qui ne craignirent pas d'exposer alors pour elle leur liberté et leurs jours, la consternation et l'indignation furent les sentiments de presque toutes les âmes dans le comité de salut public et dans le conseil exécutif : les changements de temps ne changeront rien à ma manière de déposer sur des faits qui sont passés, mais qui n'ont pas pu changer. Bréard, à qui un accès de goutte permettait à peine de se traîner, sortit de la Convention pour venir nous dire qu'elle était en proie aux scélérats. Cambon, se tournant vers Bouchotte, lui adressa ces propres paroles : Ministre de la guerre, nous ne sommes pas aveugles; je vois très-bien que des employés de vos bureaux sont parmi les chefs et les îueneursde tout ceci. Barrère ne cessait de dire : // faudra voir si c'est la Commune de Paris qui représente la république française, ou si cest la Convention. Delmas et
Treilhard étaient, je crois, tous les deux malades; mais depuis, leur sentiment, le même que celui de leurs collègues, a été aussi nettement et aussi énergiquement exprimé. Lacroix paraissait embarrassé , mais comme on l'est d'un triomphe qui n'a pas beaucoup de gloire et qui peut avoir beaucoup de dangers ; Danton en paraissait inquiet et honteux; Bouchotte, qui parle infiniment peu, ne parla point du tout; je ne vis paraître Pache ni au comité ni au conseil. Quoique je ne visse pas du tout clair dans ce qui se passait, et que je conçusse beaucoup de soupçons dans ces ténèbres, je m'exprimais sans beaucoup de retenue et de circonspection : le moment des ménagements était passé, celui où il fallait se taire ou mourir n'était pas encore arrivé; je parlais de la même manière, et à ceux en qui je me confiais, et à ceux de qui je me défiais. Ce soir-là même, et sur la table du conseil exécutif, j'écrivis ma démission. Ma résolution était prise de ne pas rester dans une place où rien ne me donnait les moyens d'empêcher le mal , et où tout m'en faisait paraître le complice.
Le lendemain, tous mes amis me conjurèrent de retarder au moins ma démission. Ducos et