‹ Mémoires de GaratChapitre 148 sur 213 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

« dre des vengeances, elles seront des crimes; ff ces crimes enfanteront de nouvelles ven- (( geances, ces nouvelles vengeances de noua veaux crimes encore, et nous roulerons dans a ce cercle de sang sans pouvoir en sortir de ((. longtemps. Ce n'est pas en mon nom que je « vous parle ainsi, et ce n'est pas à mes parou les que je veux que vous accordiez de l'au- (( torité; je vous parle au nom de tous les (( siècles, et j'en ai bien étudié l'histoire. »

Pendant que je parlais , et avec émotion, quatre ou cinq visages étaient abaissés et fixés sur leurs assiettes; Legendre, au contraire, et Danton , la poitrine et la tête élevées et tournées vers moi , m'écoutaient avec ces regards qui expriment une communication et une intelligence parfaites entre l'âme de celui qui commande l'attention et l'âme de ceux qui la donnent. Si nous avions été seuls, je n'en doute pas, Danton, Legendre et moi nous nous serions serrés dans les bras les uns des autres. Mais Danton et Legendre avaient observé , comme moi, que les émotions n'étaient pas, à beaucoup près , unanimes ; et Danton couvrant de ce qu'il y avait de sauvage dans sa voix ce qu'il y avait de sensible dans son cœur : « Hé

« bien, me dit-il, Garât, si vous voulez que « cela ait lieu, laissez-donc là votre ennuyeuse « modération; hâtez-vous de prendre toutes « les mesures pour envoyer partout cette con- (i stitution, pour la faire partout accepter; fai- <( tes-vous donner de l'argent , et ne l'épar- (' gnez pas; la république en aura toujours n assez, n

« S'il ne tient qu'à cela, lui répliquai-je, reposez-vous-en sur moi. Je sais que penser de la constitution qu'on nous donne ; mais son acceptation me paraît l'unique moyen de sauver la république, et je vous garantis sur ma tète qu'elle sera acceptée. »

A côté de moi était quelqu'un dont l'extrême attention à tout cet entretien avait lieu de m'étonner beaucoup, et qui m'adressa ces paroles, que j'ai du bien retenir pour beaucoup de raisons : Citoyen, il faut être généreux à ses clépens, mais non pas aux dépens de la république. Je déclare que ce n'était ni Pache, ni sa mère, ni sa fille, ni son gendre, ni Bouchotte. Je déclare encore qu'on ne peut exiger de moi que je le nomme, parce que, dans aucun cas , il ne serait possible de le lui imputer à crime.

Après dîner, Legendre, que je ne connais-

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