CHAPITRE TREIZIÈME
tes, était celle de faire proclamer une amnistie mutuelle et générale dans cette grande solennité où la nouvelle constitution serait acceptée. Ici, autour de moi, je pressais toutes les âmes vers cet acte de justice et de restauration universelle par tous les aiguillons de ce sentiment de la gloire, dont la puissance agit sur presque toutes les âmes , tantis que celle de la vertu n'agit dans toute sa force que sur un petit nombre d'âmes très-privilégiées. Voyez, disaisje aux chefs de la Montagne, combien il sera glorieux pour votre parti , après avoir fait la constitution, qu'on vous accusait de ne vouloir pas faire , de saisir le moment de son acceptation pour ouvrir les prisons à tous vos ennemis^ pour les recevoir à la fois dans la Convention et dans vos bras , pour faire voir à toute la France que le triomphe de ces hommes qu'on lui a peints si souvent comme des assassins ne lui aura pas coûté une seule goutte de sang! Ces discours, je dois le dire, faisaient des impressions, mais je ne pouvais voir jusqu'à quel point ces impressions seraient efficaces. J'y revenais sans cesse etpartout, pour en entretenir, pour en étendre et pour en assurer les effets.
Un jour, je devais dîner à la mairie; j'y arrive tard et comme on était déjà à table. Là étaient Danton, Legendre, Pache et sa famille, Bouchotte et quelques membres, je crois, de la commune. A un certain silence que jette mon arrivée parmi les convives, je conjecture que je venais d'être l'objet de quelque entretien. Je savais quel était mon ordre du jour, et cela me faisait soupçonner quel pouvait être Vordre du jour sur mon compte. Bien persuadé que je ne faisais pas naître une conversation, mais que je la renouais, je commençai à parler bientôt de la constitution, qui était achevée, de son acceptation, qui ne pouvait être douteuse, et je continuai à peu près en ces termes : « Le plus grand bienfait de cet (( ouvrage ne doit pas être de constituer la rén publique, il doit être de la pacifier. En jurant « de lui obéir, il faut jurer de pardonner à ses « ennemis ; c'est en ce moment que commence cera réellement l'ère de la république ; et à (( ce moment, il faut que nous prenions tous de « nouvelles âmes, il faut que nous commen- « cions une nouvelle vie. De tous les côtés on (( s'est accusé de crimes dont on n'était cou- « pable d'aucun côté ; mais si l'on veut pren-