CHAPITRE SEIZIÈME
Jamais il ne disputait de petits succès à personne, et cela était cause que tout lui servait d'aide pour s'en faire de grands.
Il y avait en lui je ne sais quoi qui faisait qu'on s'arrangeait autour de lui pour être ses moyens, pour attendre l'ordre ; il était, s'il est permis de se servir de ce mot, un grand seigneur de la sans-culotterie.
Au premier abord, sa figure et sa voix étaient terribles ; il le savait et en était bien aise pour faire plus de peur en faisant moins de mal.
Quand une fois Mirabeau fut bien corrompu, les plus grands moyens de corruption de la cour se tournèrent vers Danton. Il est possible qu'il en ait reçu quelque chose ; il est certain que s'il y eut un marché, rien ne fut délivré de sa part, et qu'il resta fidèle à ses complices les républicains.
Après le 20 juin, tout le monde faisait de petites tracasseries au château, dont la puissance croissait à vue d'œil : Danton arrangea le 10 août, et le château fut foudroyé.
C'est là la véritable motion et le véritable décret qui ont créé la république.
Ces jours de gloire touchent aux 2 et 3 sep-
tembre, et Danton a été accusé de participation à toutes ces horreurs. J'ignore s'il a fermé ses yeux et ceux de la justice quand on égorgeait : on m'a assuré qu'il avait approuvé comme ministre ce qu'il détestait sûrement comme homme; mais je sais que, tandis que les hommes de sang auxquels il se trouvait associé par la plus grande victoire de la liberté exterminaient des hommes presque tous innocents et paisibles, Danton, couvrant sa pitié sous des rugissements, dérobait à droite et à gauche autant de victimes qu'il lui était possible à la hache, et que des actes de son humanité, à cette même époque, ont été relatés comme des crimes envers la Révolution dans l'acte d'accusation qui l'a conduit à la mort.
Porté presque dans le même temps au ministère et à la Convention, Danton connaissait trop la Révolution et les hommes pour ignorer que rester ministre n'était qu'un moyen de se perdre, et il renonça à un pouvoir exécutif qui mettait les infortunés qui en étaient membres sous le pouvoir de qui voulait les écraser.
Quel vaste champ de pensées et de gloire, au contraire, présentait la Convention aux législateurs chargés de constituer une nation