‹ Mémoires de GaratChapitre 186 sur 213 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

SOUS d'artificieux mensonges ; si, en présentant la vertu à l'amour et au culte des mortels, il est devenu le complice de quelques scélérats, et de ministre de la république qu'il était le ministre de quelques conspirateurs, que parlet-on pour lui d'indulgence et de grâce '^ Il a failli sans se tromper; il a violé tous ses devoirs en connaissant toute leur sainteté; il est sans excuse, on doit être sans miséricorde. Qu'il périsse ; la clémence pour lui sera dans la mort, qui le dérobera à son infamie.

Et comment a-t-on pu croire qu'en le conservant uniquement pour ses talents, ses talents pussent être conservés, qu'ils pussent encore être utiles ? Quel ascendant victorieux aurait la vérité dans la bouche ou sous la plume d'un homme à qui on aurait pardonné d'avoir trompé sa patrie? Que prouverait-il par les hommages qu'il rendrait à la vertu, sinon qu'on peut l'honorer par ses expressions et la trahir par ses actions? Qui sait combien les doutes répandus sur la sincérité de ce peintre éloquent de la vertu , de Sénèque , sur l'accord de sa morale et de ses mœurs , de ses principes et de sa vie , ont répandu de doutes sur la réalité de la vertu

elle-même? En dégradant un philosophe, Tinfâme Suilius et ses infâmes échos ont beaucoup dégradé la philosophie elle-même; et c'était là peut-être leur but principal et leur plus chère espérance. Croyez-moi, vous auriez beau faire grâce à la vie d'un philosophe coupable en faveur de son talent, son talent périrait en recevant cette grâce ; son talent étoufferait de honte sous l'affront de votre clémence , et sa vie , sa personne, dont vous ne faites aucun cas, serait la seule chose qui vous resterait de lui.

Quant à moi, il faut que vos erreurs, que vous ne pouvez guère garder , me fassent une injustice bien complète, bien formelle, ou que votre justice m'honore. Avec moi vous n'avez pas deux partis à prendre, et si vous persistez à m'outrager de votre indulgence, moi, pour relever mon âme que vous voudriez abaisser , je prendrai votre indulgence pour votre iniquité, et, prêt à suffoquer sous l'injure d'un pardon , je respirerai à l'aise et avec hauteur sous l'oppression dont vous seriez coupable. Alors, si en effet il existe en moi quelques talents, je serai sûr d'en trouver toute la puissance, et je l'exercerai.

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