‹ Mémoires de GaratChapitre 31 sur 213 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qui avait une autorité et un sentiment d'humanité, n'a-t-il pas arrêté ce sang qui a coulé pendant plusieurs jours, et presque sous les yeux de tout le monde? Ils l'ont voulu tous ; ils Font tenté. Ils ne l'ont donc pas pu? Mais comment, par quoi, par qui, étaient réduits à cette désastreuse impuissance tant de représentants de la puissance nationale, tant d'organes des lois, tant de dépositaires de la force publique, tout ce qu'il y avait d'autorités constituées ? Eh ! comment l'expliquer autrement que par l'insurrection qui, en frappant une autorité perfide et coupable, s'était mise au-dessus des autorités les plus pures et les plus fidèles, et prolongeait des pouvoirs qu'elle n'aurait dû exercer que dans un seul instant et dans un seul acte ? Comment l'expliquer autrement qu'en se rappelant que parmi les ordonnateurs et les chefs de l'insurrection étaient de ces hommes qui peuvent tout , parce qu'ils osent tout , et qui , en affranchissant la nation, croyaient avoir acquis le droit d'affranchir leurs passions les plus féroces ? Comment expliquer le massacre de Versailles, exécuté quelques jours après ceux de Paris, avec les mêmes caractères et la même publicité, qu'en avouant que les législateurs, les ministres

et les magistrats de la nation n'avaient pu reprendre encore les rênes des destinées de la France, et que Tinsurrection seule commandait encore aux événements? Gomment expliquer enfin ce silence universel gardé si longtemps sur ces journées au milieu d'une horreur universelle, ces blâmes timides et ménagés dans la bouche des hommes les plus purs et les plus humains, et ces approbations éclatantes données par des hommes qui n'étaient pas des scélérats, mais qui étaient dans le délire, et qui avaient créé des mots nouveaux pour célébrer des forfaits inouïs?

Mais nos déclarations des droits, dit-on, mais nos lois, mais nos livres, depuis 1789 disent que l'insurrection est une chose sainte. Il est vrai ; que s'ensuit-il? Que tout ce que j'ai attribué à l'insurrection, j'ai voulu le faire regarder comme aussi légitime, comme aussi sacré qu'ellemême" Une pareille conséquence est si affreuse que, pour qu'on pût me l'attribuer sans crime, il faudrait que je l'eusse tirée formellement : il s'en faut beaucoup qu'elle se déduise d'ellemême du mot INSURRECTION, et de l'idée qu'on doit attacher à ce mot. Si on attache à ce mot des idées que je n'y attache pas, et qu'on ne

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