CHAPITRE DEUXIÈME
de ces exécrables journées, d'avoir aiguisé les couteaux, d'avoir armé les assassins, d'avoir donné le signal, d'avoir protégée! récompensé l'exécution? Quelques-uns de ces mêmes officiers municipaux qui avaient concouru à faire l'insurrection, et à qui l'insurrection avait donné l'écharpe et le glaive. Marat surtout; cela est prouvé de lui, et son nom seul serait une preuve. C'est lui, c'est cette créature monstrueuse, qui, né médiocre, et voulant être le premier en quelque chose, s'est mis à la tète de tous les crimes ; c'est lui qui, le premier et longtemps seul, a proclamé les meurtres et les assassinats comme des instruments nécessaires des révolutions ; c'est lui qui a été pour la France libre le génie du mal ; et un instant on l'a adoré ! 0 désespoir ! ô ténèbres profondes de l'intelligence humaine ! Oh ! que de forfaits peuvent être conçus, consacrés et imités dans ces ténèbres! Le fait que j'ai énoncé est donc certain ; il est évident, tout le démontre, et seul il peut faire comprendre à la génération qui en a été témoin , aux générations qui l'entendront raconter, comment a pu être faite cette grande plaie à l'humanité, au milieu d'un peuple où toute lumière et toute pitié n'étaien t pas éteintes,
OÙ la terreur n'avait pas encore prosterné toutes les âmes, où des magistrats intègres commandaient à la force armée, où deslégislateui^s éclairés parlaient du haut d'une tribune élevée aux lois et à la liberté !
Pétion était maire. Manuel était procureur de la commune. Tous les deux je les ai connus; Manuel était loin d'être un barbare ; Pétion portait un cœur humain. A côté d'eux siégeaient à la commune beaucoup d'hommes qui, comme eux, avaient horreur du sang; qui, comme eux, pensaient qu'il fallait vaincre le despotisme et l'aristocratie, mais qu'il était horrible d'égorger les despotes même et les aristocrates dans les prisons. Dans ces jours, dont la liberté doit porter éternellement le deuil, il existait un conseil exécutif, qui s'assemblait, ou qui devait s'assembler. L'insurrection, qui avait foudroyé le trône, n'avait pas foudroyé l'Assemblée législative; elle tenait ses séances. On venait au milieu de ses séances lui dire : on a égorgé dans les prisons ; on venait lui dire : on égorge dans les prisons ; on venait lui dire : on va égorger encore dans les prisons. Comment donc l'Assemblée législative, le conseil exécutif, le maire et le procureur de la commune, comment tout ce