‹ Mémoires de GaratChapitre 36 sur 213 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

suite d'étonnements : d'ordinaire on est étonné une première fois, et la seconde ou la troisième on ne l'est plus. L'étonnement est une impression passagère ; mais ici le contraste entre ce qu'on m'a fait dire et ce que j'ai dit est tellement continuel, il va toujours tellement croissant, qu'à peine l'étonnement tombe qu'il renaît à l'instant avec une nouvelle force. On va voir si j'en dis trop.

Je m'étais imposé la loi que tout m'imposait, de ne pas traiter, de ne pas toucher même la question de poursuivre et de mettre en jugement les auteurs des massacres; mais jetais obligé de rappeler ces journées de sang que j'aurais voulu de tout le mien effacer des événements d'une révolution sur laquelle j'ai toujours fondé les plus belles espérances du genre humain : mais il aurait fallu avoir ou une âme bien insensible , pour ne recevoir aucune émotion en réveillant le souvenir de ces journées, ou une àme bien forte, pour contenir les émotions qu'on aurait reçues; et ni une pareille insensibilité ni une pareille force n'appartiennent à mon âme.

Je n'ai pas seulement rappelé ces journées dans mon discours; je les ai décrites. D'autres

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avaient jeté sur elles un voile; ce voile, moi, je Tai levé.

Quand on raconte un événement, c'est un art bien commun dans ceux même qui n*ont aucun talent, et c'est un instinct bien naturel dans ceux même qui n'ont aucun art, de choisir les circonstances les plus propres à l'effet qu'on veut produire, d'écarter ou d'atténuer celles qui le contrarient, de rapprocher et de faire prédominer celles qui le favorisent. Vous, chez qui l'humanité est le premier sentiment, comme elle doit être la première vertu pour tous les hommes, lisez et prononcez si , en vous peignant ces massacres, mon âme n'a pas été d'accord avec vos âmes, si je vous ai pénétré d'horreur pour ces massacres, ou pour moi qui vous les peignais.

(( Il serait affreux de s'en ressouvenir, vous « ne le permettriez pas, citoyens législateurs, '( et je ne le pourrais pas non plus, si cela n'é- 'A tait nécessaire pour déterminer un grand acte (( delà justice nationale. Tout à coup, et lorsque (( les tocsins et le canon d'alarme éveillaient « partout le courage en annonçant que le dan- (( ger était partout, on court aux prisons. Les « portes n'en sont pas brisées , elles s'ouvrent :

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