CHAPITRE TROISIÈME
(( des hommes qui cachent leurs noms, et qui, (( EN VIOLANT TOUTES LES LOIS, en prennent quel- <( ques formes, se font présenter tous les écrous (i et tous les prisonniers. En deux ou trois in- (( terrogatoires, en deux ou trois réponses, « toute cette espèce de procédure est accomplie : (( l'arrêt de vie ou de mort est prononcé. Les « exécuteurs sont là à côté des juges; des mains « des uns les condamnés passent sous la hache H des autres. Là, les juges et les bourreaux, le (( tribunal et Téchafaud, la vie et la mort, tout « est tellement rapproché que tout paraît se <( confondre. Tandis qu'un prisonnier est jugé, « vingt autres sont exécutés; les gris, les « hurlements de ceux qu'on égorge, étouffent (( LA voix de celui QUI SE JUSTIFIE ; et ceux qui u sont épargnés se sauvent à travers les cada- «( vres entassés de ceux qui ont été frappés sous « leurs yeux. )^
Oh ! que mes ennemis et mes détracteurs, oh ! que ceux qui ont juré ma mort, et ceux, plus atroces encore, qui ont juré ma honte, seraient réjouis^ si une main aussi puissante pour ma perte que leur volonté est active , pouvait tout à coup anéantir tous les exemplaires de mon discours, ou effacer de tous les exemplaires ces lignes,
qui par le tableau seul des journées des 2 et 3 septembre, ont dénoncé et dévoué ces journées à l'exécration de toutes les générations du genre humain! Mais à l'instant même où il fut prononcé, ce discours, par ordre des législateurs de la France , a été imprimé dans les presses nationales ; il doit être déposé aux archives de la république ; là ne se glisseront point les furtives mains des calomniateurs pour l'altérer, pour y mettre ce qui n'y est pas, pour en ôter ce que j'y ai mis. Dans ce dépôt sacré, et que toutes les forces publiques protègent, il demeurera aussi intact, aussi pur, que les sentiments qui l'ont dicté; et de là il protestera éternellement contre les affreuses passions qui l'ont défiguré et calomnié ; il dira que le ministre de la justice , accusé d'avoir fait l'apologie des massacres des 2 et 3 septembre devant les législateurs de la république naissante, est le premier qui ait parlé de ces massacres avec toute l'horreur qu'ils méritaient , en face de la France et de l'Europe, en face peut-être de quelquesuns même de ceux qui en étaient les auteurs.
De toutes les passions du cœur humain, la haine est celle qui s'éteint, qui se calme même le plus difficilement dans l'àme où elle est en-