CHAPITRE CINQUIÈME
naient de plus en plus menaçantes; tous ceux qui avaient quelque estime les uns pour les autres ne pouvaient se voir sans se sentir pressés du besoin de s'entretenir de la chose publique.
(( Eh bien! dis-je à Salles en Tabordant, n'y a-t-il aucun moyen de terminer ces horribles querelles?
— Oh î oui^ je l'espère ; j'espère que bientôt je lèverai tous les voiles qui couvrent encore ces affreux scélérats et leurs affreuses conspirations. Mais vous, je sais que vous avez toujours une confiance aveugle, je sais que votre manie est de ne rien croire.
— Vous vous trompez : je crois comme un autre, mais sur des présomptions^ et non pas sur des soupçons ; sur des faits attestés, et non pas sur des faits imaginés. Pourquoi me supposez-vous donc si incrédule? Est-ce parce qu'en 1789 je ne voulus pas vous croire lorsque vous m'assuriez que Necker pillait le trésor et qu'on avait vu les mules chargées d'or et d'argent sur lesquelles il faisait passer des millions à Genève? Cette incrédulité, je l'avoue, a été en moi bien incorrigible , car aujourd'hui encore je suis persuadé que Necker a laissé ici
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plus de millions à lui qu'il n'a emporté de millions de nous à Genève.
— Necker était un coquin ; mais ce n'était rien auprès des scélérats dont nous sommes entourés; et c'est de ceux-ci dont je veux vous parler, si vous voulez m'entendre.
— Très-volontiers.» Et pour être plus tranquilles, nous allâmes nous renfermer dans la salle du Conseil exécutif, où il n'y avait plus personne.
(( Je vais tout vous dire, car je sais tout, j'ai deviné toutes les trames. Tous les complots, tous les crimes de la Montagne ont commencé avec la révolution ; c'est d'Orléans qui est le chef de cette bande de brigands , et c'est l'auteur du roman infernal des Liaisons dangereuses qui a dressé le plan de tous les forfaits qu'ils commettent depuis cinq ans. Le traître Lafayette était leur complice, et c'est lui qui, en faisant semblant de déjouer le complot dans son origine, envoya d'Orléans en Angleterre pour tout arranger avec Pitt^ le prince de Galles et le cabinet de Saint-James. Mirabeau était aussi là-dedans : il recevait de l'argent du roi pour cacher ses liaisons avec d'Orléans , mais il en recevait plus encore de d'Orléans pour le