‹ Mémoires de GaratChapitre 60 sur 213 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

philosophe qu'il est, n'a pas été assez habile pour nous cacher sa correspondance avec le courtisan et le traître Montesquiou : il y a six mois qu'ils travaillent ensemble à ouvrir la Savoie et la France aux Piémontais. Servant n'a été- nommé général de l'armée des Pyrénées que pour livrer les clefs de la France aux Espagnols. Enfin, voilà Dumouriez qui ne menace plus la Hollande, mais Paris ; et quand ce charlatan d'héroïsme est venu ici, ou je voulais LE FAIRE ARRÊTER , ce n'cst pas avcc la Montagne qu'il a dîné tous les jours, mais bien avec les ministres et avec les Girondins.

— Trois ou quatre fois chez moi , par exemple.

— Je suis RIEN LAS DE LA RÉVOLUTION! Je

suis malade ; jamais la patrie ne fut dans de plus grands dangers , et je doute qu'elle s'en tire. Eh bien! avez-vous encore envie de rire et de croire que ce sont là d'honnêtes gens , de bons républicains?

— Non, je ne suis plus tenté de rire, mais j'ai peine à retenir les larmes qu'il faut verser sur la patrie , lorsqu'on voit ses législateurs en proie à des soupçons si affreux sur des fondements si misérables. Je suis sûr que rien de ce

que vous soupçonnez n'est réel; mais je suis plus sûr encore que vos soupçons sont un danger très-réel et très-grand. Tous ces hommes à peu près sont vos ennemis , mais aucun , excepté Dumouriez , n'est l'ennemi de la république ; et si de toutes parts vous pouviez étouffer vos haines, la république ne courrait plus aucun danger.

— N'allez-vous pas me proposer de refaire la motion de l'évéque Lamouret?

— Non ; j'ai assez profité des leçons au moins que vous m'avez données, et les trois Assemblées nationales ont pris la peine de m'apprendre que les meilleurs patriotes haïssent encore plus leurs ennemis qu'ils n'aiment leur patrie. Mais j'ai une question à vous faire, et je vous prie de vous recueillir avant de me répondre : N'avez-vous aucun doute sur tout ce que vous venez de me dire?

— Aucun . )'

Je le quittai, et me retirai dans un long étonnement et dans une grande épouvante de ce que je venais d'entendre.

Quelques jours après, je sortais du Conseil exécutif; je rencontre Salles qui sortait de la Convention nationale. Les circonstances deve-

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