‹ Mémoires de GaratChapitre 67 sur 213 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

côté droit que par le côté gauche, et du côté gauche que par le côté droit, ne peut pas trouver le mot de tant d'énigmes sur la nation française et sur la nature humaine; je crois devoir prononcer ici mon opinion tout entière sans détour, sans voile, même sans ménagement. Quand on ne veut pas faire de la vérité une vengeance, on est sûr de n'en pas faire une injure; et les législateurs les plus dignes de ce titre auguste sont ceux qui reconnaissent la vérité pour la législatrice du monde.

Parmi les membres de ce côté droit , dont le supplice a couvert la vie et les talents d'une gloire ineffaçable, quelques-uns étaient chers à mon cœur, plusieurs m'étaient très-connus. J'avais rencontré assez souvent Brissot dans le monde , et au milieu de ces esclaves superbes et frivoles à qui leur parure et leur faste cachaient leur abaissement, nous nous étions communiqué quelques unes de ces pensées des âmes libres , et quelques-unes de ces espérances des philosophes. Il cherchait des idées dans les livres et dans les langues plus que dans son esprit ; il écrivait plus qu'il ne méditait; sa passion pour la vérité, plus ardente que profonde, l'entraînait fréquemment dans ces querelles où

il n'est question d'abord que de quelque doctrine, où il n'est question ensuite que de quelques personnes ; mais, au milieu d'une grande activité et d'une grande pauvreté , ses mœurs m'avaient toujours paru simples et pures, et son ambition, la liberté et le bonheur des peuples. Ce sentiment était en lui une religion plus encore qu'une philosophie ; quoiqu'il aimât beaucoup la gloire, il aurait consenti à une éternelle obscurité pour être le Penn de l'Europe , pour convertir le genre humain en une communauté de Quakers, et faire de Paris une nouvelle Philadelphie. Et c'est là l'homme qu'on a fait mourir comme un intrigant, comme un conspi -

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