CHAPITRE SIXIÈME. Ho
chaînes politiques : c'est l'idée qui a dicté toutes ses feuilles, toutes ses paroles, toutes ses actions. Et il n'est tombé que sous le poignard d'une femme! et plus de cinquante mille de ses images ont été érigées sur le sein de la république !
A ses côtés se plaçaient des hommes qui n'auraient pas conçu eux-mêmes de pareilles atrocités, mais qui, jetés avec lui, par un acte d'une extrême audace , dans des événements dont la hauteur les étourdissait et dont les dangers les faisaient frémir, en désavouant les maximes du monstre, les avaient peut-être déjà suivies, et n'étaient pas fâchés qu'on craignît qu'ils pussent les suivre encore. Ils avaient horreur deMarat, mais ils n'avaient pas horreur de s'en servir. Ils le plaçaient au milieu d'eux , ils le mettaient en avant, ils le portaient en quelque sorte sur leur poitrine comme une tête de Méduse. Comme l'effroi que répandait un pareil homme était partout, on croyait le voir partout lui-même; on croyait en quelque sorte qu'il était toute la Montagne, ouquetoute la Montagne était comme lui. Parmi les chefs , en effet, il y en avait plusieurs qui ne reprochaient aux forfaits de Marat que d'être un peu trop sans voiles.
Mais parmi les chefs même (et c'est ici que la vérité me sépare de Topinion de beaucoup d'honnêtes gens), parmi les chefs même étaient un grand nombre qui , liés aux autres par les événements beaucoup plus que par leurs sentiments, tournaient des regards et des regrets vers la sagesse et vers l'humanité ; qui auraient eu beaucoup de vertus et auraient rendu beaucoup de services à l'instant où on aurait commencé à les en croire capables. Sur la Montagne se rendaient , comme à des postes militaires, ceux qui avaient beaucoup la passion de la liberté et peu la théorie ; ceux qui croyaient l'égalité menacée ou même rompue par la grandeur des idées et par l'élégance du langage; ceux qui, élus dans les hameaux et dans les ateliers, ne pouvaient reconnaître un républicain que sous le costume qu'ils portaient euxmêmes; ceux qui, entrant pour la première fois dans la carrière de la révolution , avaient à signaler cette impétuosité et cette violence par laquelle avait commencé la gloire de presque tous les grands révolutionnaires; ceux qui, jeunes encore et plus faits pour servir la république dans les armées que dans le sanctuaire des lois, ayant vu naître la république au bruit