CHAPITRE SIXIÈME. H
de la foudre , croyaient que c'était toujours au bruit de la foudre qu'il fallait la conserver et promulguer ses décrets. A ce côté gauche allaient encore chercher un asile plutôt qu'une place plusieurs de ces députés qui, ayant été élevés dans les castes proscrites de la noblesse et du sacerdoce, quoique toujours purs, étaient toujours exposés aux soupçons , et fuyaient au haut de la Montagne l'accusation de ne pas atteindre à la hauteur des principes ; là allaient se nourrir de leurs soupçons et vivre au milieu des fantômes , ces caractères graves et mélancoliques qui, ayant aperçu trop souvent la fausseté unie à la politesse , ne croient à la vertu que lorsqu'elle est sombre, et à la liberté que lorsqu'elle est farouche; là siégeaient quelques esprits qui avaient pris dans les sciences exactes de la roideur en même temps que de la rectitude; qui, fiers de posséder des lumières immédiatement applicables aux arts mécaniques ;, aux artisans , étaient bien aises de se séparer par leur place comme par leur dédain de ces hommes de lettres , de ces philosophes dont les lumières ne sont pas si promptement utiles aux tisserands et aux forgerons, et n'arrivent aux individus qu'après avoir éclairé la société tout
entière ; là enfin devaient aimer à voter , quels que fussent d'ailleurs leur esprit et leurs talents, tous ceux qui, par les ressorts trop tendus de leur caractère , étaient disposés à aller au delà plutôt qu'à rester en deçà de la borne qu'il fallait marquer à l'énergie et à l'élan révolutionnaire.
Telle était l'idée que je me formais des éléments des deux côtés de la Convention nationale.
A juger chaque côté par la majorité de ses éléments, tous les deux, dans des genres et dans des degrés différents , devaient me paraître capables de rendre de grands services à la république: le côté droit, pour organiser l'intérieur avec sagesse et avec grandeur ; le côté gauche, pour faire passer de leurs âmes dans l'âme de tous les Français ces passions républicaines et populaires si nécessaires à une nation assaillie de toutes parts par la meute des rois et par la soldatesque de l'Europe.
Dans le côté droit je voyais plus le génie de la république, dans le côté gauche j'en voyais plus la passion. Je ne me dissimulais point du tout que le génie seul était capable de sauver et de créer la république, qui n'était encore que