‹ Mémoires de GaratChapitre 75 sur 213 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

plus belles espérances, étaient une foule d'hommes aussi invincibles dans leurs préventions qu'incorruptibles dans leurs devoirs , quelques hommes de talent qui aimaient les combats pour triompher dans les journaux ou à la tribune, et deux ou trois hommes supérieurs profondément pénétrés de ces passions éternelles qui nourrissent l'imagination et que l'imagination nourrit.

Il y a des vertus que la république seule peut donner : celles-là ont pu manquer à ses fondateurs. Il en est une qu'on n'aperçoit guère que dans les religions naissantes et dans les républiques anciennes : c'est ce renoncement àtoutes les passions personnelles, c'est ce sacrifice continuel du moi humain qu'on ne fait guère qu'au dieu inconnu qu'on vient de découvrir et à la patrie qu'on a adorée dès le berceau. A l'instant où les passions personnelles furent dans les deux côtés de la Convention, les torts ne furent plus d'un seul côté , mais des deux. Si je ne l'avais pas vu moi-même et plusieurs fois, je ne le croirais pas : il a été fait par des hommes de bien à des hommes atroces des inculpations qui n'étaient ni vraies ni vraisemblables.

Pour discerner les choses , il ne faut en être ni trop près ni trop loin : de trop près, la vue se confond; de trop loin, la chose disparaît. 11 y a eu dans les luttes de la Convention nationale des circonstances que les spectateurs éloignés n'ont pu voir avec les yeux les plus perçants, et que les combattants eux-mêmes n'ont pu distinguer, précisément parce qu'elles se passaient entr'eux et en eux. Je n'étais pas fait pour mieux voir, mais j'étais mieux placé, plus au vrai jour. Il y a donc eu quelques secrets des esprits et des cœurs qui n'ont pu m'échapper. Ce sont quelquefois des nuances, mais de ces nuances qui donnent aux choses tout leur caractère , et aux événements toute leur force. Par exemple , les deux côtés se sont réciproquement et continuellement accusés de conspirer contre la république ; ils se sont renvoyé la conspiration de d'Orléans, deDumouriez, toutes les conspirations qu'il était possible de craindre ou d'imaginer, comme dans une dispute qui a cessé d'être polie, des esprits émus d'orgueil et de colère se renvoient les qualifications de fou, d'opiniâtre. On disait d'un législateur, qu'il était un conspirateur, aussi facilement que d'un écrivain qu'on

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