‹ Mémoires de GaratChapitre 78 sur 213 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

chistes et les royalistes. Pendant longtemps la question de l'ordre du jour fut de savoir lequel des deux côtés organiserait le tribunal et le composerait: ce qui, dans le sens de plusieurs au moins, était la question de savoir qui enverrait à réchafaud, et qui y serait envoyé. En attendant que les formes des massacres judiciaires ou des justices légales fussent décidées, on ne parlait dans les rues, dans les groupes et dans les tribunes, que de sauver la patrie; le nom sacré de Brutus était invoqué par des hommes qui ne respiraient que l'assassinat : chaque jour on annonçait un massacre pour le jour suivant;, et ces menaces ne partaient pas toujours des Jacobins, elles se faisaient aussi quelquefois contre eux, etc., etc. Ce n'était pas là des choses à dénoncer; elles se disaient publiquement, hautement; on ne s'en cachait pas, on s'en vantait : c'était depuis longtemps le ton général des discours dans les sociétés populaires, dans les sections, dans certaines feuilles. Hélas! les hommes les plus purs seraient effrayés de remonter à la première et véritable source de ces fureurs du langage qui représentaient les fureurs des âmes ! Dès l'origine de cette éclipse presque totale de toutes les lumiè-

res de la raison et de tous les sentiments de riiumanité, j'avais été profondément persuadé que toutes ces tempêtes avaient leurs causes dans les divisions de la Convention nationale ; que s'il était possible de les faire cesser, tout cesserait avec elles ; que si on pouvait au moins les faire suspendre^ tout serait suspendu; qu'au dehors les scélérats qui pouvaient être capables de concevoir quelque grand attentat étaient par eux-mêmes incapables de l'exécuter; que tout fléchirait aisément et promptement sous l'autorité de la Convention nationale réunie ; que dans son sein seul pouvaient se former les orages qu'on pût redouter pour elle et pour la France.

J'étais également persuadé que dans le sein de la Convention ces hommes affreux dont il fallait toujours attendre toutes les atrocités, et jamais de bons sentiments, n'étaient pas ceux qu'il fallait le plus redouter; que les plus redoutables étaient ceux qui, pouvant faire de grandes choses et de grandes fautes, se voyaient outragés dans toutes leurs intentions, quoiqu'ils en eussent d'excellentes; à qui on ne parlait que de leurs crimes, dont on n'avait pas la preuve, lorsqu'ils demandaient à s'associer aux

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