‹ Mémoires de GaratChapitre 79 sur 213 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

bonnes actions; qu'on menaçait de la guerre lorsqu'ils offraient la paix, et qui, confondus injustement avec des scélérats, pouvaient s'en servir un instant pour écarter une fois pour toutes leur tète de la hache dont on leur parlait dans chaque discours et dans chaque feuille.

Telles étaient les idées dont je me faisais comme autant de phares pour diriger ma conduite dans ces ténèbres qui enveloppaient tout, et au milieu desquelles erraient toutes les haines, toutes les terreurs et toutes les fureurs.

Le but que je m'étais marqué, et dont je ne me suis jamais écarté , c'était de chercher à éclairer le soupçon , à tempérer la haine ; et pour cela, ce n'était pas l'adresse et la politique que j'employais, c'était la morale et la vérité adoucies par l'expression de la bienveillance. Sans cesse je cherchais à réunir ou chez moi ou ailleurs les membres qui exerçaient ou pouvaient exercer alors la plus grande influence sur les deux côtés , et dont la réunion aurait amené celle de leurs partis. En ne se voyant que dans l'Assemblée, ils ne se voyaient que dans l'arène; et il y a bien peu de paix qui se fassent sur les champs de bataille. Les dîners que je donnais étaient fréquemment calomniés

aux Jacobins ; mais j'avais compté sur la calomnie, et ce n'était pas d'elle que j'attendais qu'elle remarquerait que mes dîners ne ressemblaient pas au moins à ceux où on ne voyait que des Jacobins et à ceux où on ne voyait que des Girondins. Obligé par mes fonctions même d'avoir continuellement des entretiens tantôt avec des membres du côté droit, tantôt avec des membres du côté gauche, je ne disais pas à ceux du côté gauche : le côté droit est aristocrate et royaliste; je ne disais pas à ceux du côté droit : le côté gauche nest peuplé que de conspirateurs et d'anarchistes; je leur disais à tous : les deux côtés se haïssent mortellement, et tous les deux aiment la république; Vun deux, à mon avis, connaît mieux les principes de l'ordre social, mais tous les deux veulent V ordre qu'ils conçoivent; aucun nest ni anarchiste par système ni royaliste par projet, mais l'anarchie peut durer et le royalisme peut s'établir par les combats des deux côtés.

Je puis appeler ici en témoignage tous les membres, de quelque parti et de quelque opinion qu'ils aient été, avec qui j'ai pu avoir des entretiens sur ces grands intérêts de la république ; mais entre ceux qui n'ont pas été tués, il

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