CHAPITRE HUITIÈME. ISo
dition ne se faisait entendre. Rentré à Thôtei de la justice, je veillai jusqu'à quatre heures et demie avec Gohier, alors secrétaire général de la justice. Des hommes en qui nous avions confiance allaient de toutes parts, et nous rapportaient de toutes parts qu'ils n'avaient rien entendu ni rien vu.
Voilà ce que je vis , ce que j'appris , ce que je fis dans cette nuit dont les ténèbres ont enfanté et avorté, dit-on, tant d'autres crimes qui ne sont jamais parvenus à ma connaissance. C'en était bien assez de ceux que j'avais connus.
Le lendemain , je crois, j'entretins la Convention des événements de cette nuit. Ma conduite, précisément parce qu'elle avait peut-être quelque chose d'honorable, fut ce qui m'occupa le moins dans ce rapport. Je ne me crus pas obligé non plus de dire que j'avais passé une partie de la nuit avec Brissot et Gensonné; que c'était avec eux que j'avais concerté mes démarches; et cette discrétion, on en conviendra, n'était pas d'un ennemi du côté droit de la Convention. Deux choses me paraissaient certaines et horribles dans ce qui s'était passé cette nuit: la scène et les motions des Jacobins et la dé-
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putation des Cordeliers à la Commune. Ces deux choses furent aussi celles sur lesquelles je fixai l'attention de la Convention nationale. Dans la première , je voyais des hommes qui voulaient des massacres ; dans la seconde , je voyais des hommes qui voulaient des révoltes ; mais dans la première scène, étouffée si aisément par un représentant du peuple jacobin, et dans la seconde, repoussée si facilement par le maire, je voyais la preuve d'une grande vérité . c'est qu'aucun grand attentat ne pouvait être commis s'il n'était pas provoqué par des membres puissants de la Convention, et exécuté par la force qu'on laissait à la disposition de la Commune. Sans cesse je disais aux membres des deux côtés : Étouffez vos haines et vos querelles, et tout vous sera soumis, tout sera soumis à la loi. Sans cesse je disais au comité de défense générale , surtout à Brissot et à Gensonné : Aucun grand attentat ne me paraît possible dans Paris, tant que vous aurez un ministre de l'intérieur, un maire de Paris et un commandant de la force armée qui seront d'honnêtes gens. De ces trois, je vous en assure un; mais, avec votre beau gouvernement, c'est celui qui peut le moins; assurez-vous des autres. Je