CHAPITRE HUITIÈME
canon d'alarme ; qu'on l'avait repoussée sans vouloir même entendre ses propositions; et que le conseil général venait d'écrire une circulaire aux sections pour les inviter à redoubler de vigilance et de vigueur, pour leur remettre sous les yeux la loi qui prononçait la peine de mort contre ceux qui feraient sonner les toscins et tirer le canon d'alarme. Pache nous lut la lettre. Nous lui fîmes assez comprendre que les soupçons s'attacheraient à lui s'il s'exécutait aucun des attentats dont on était menacé. Pache nous assura plusieurs fois qu'il y avait beaucoup de mouvements, mais qu'il était sûr qu'il n'y avait aucune conspiration, et que les mesures de force étaient prises de telle manière, qu'il était impossible qu'aucune grande violence fût commise durant la nuit. Nous retournâmes aux affaires étrangères porter ces assurances , que le calme profond qui régnait de toute part dans Paris garantissait de plus en plus ; nous n'y retrouvâmes ni Bournonville, ni Brissot , ni Gensonné.
Nous avions dans tous les points importants de Paris des observateurs qui venaient nous rendre compte à chaque instant de ce qui se passait. Les rapports tantôt nous inquiétaient,
tantôt nous rassuraient ; mais tout annonçait qu'aucun événement n'éclaterait dans la nuit.
Cependant, tout à coup un aide de camp de Bournonville entre précipitamment dans le cabinet de Lebrun, nous assure que le tocsin sonne dans plusieurs sections, nous apprend que Bournonville est sorti de l'hôtel de la guerre , où il pouvait courir trop de risques , et nous invite tous , mais surtout Clavière , à chercher un lieu de sûreté. Lebrun se détermina à l'instant à rester chez lui, Clavière à aller demander un lit à un de ses amis dans un autre quartier que le sien. Il n'avait pas sa voiture, je le pris dans la mienne , je le conduisis de la rue Cerutti àla rue des Saints-Pères, au faubourg Germain.
Nous venions de traverser une assez grande partie de Paris , les rues, les ponts où la multitude, lorsqu'elle est en mouvement, se précipite et s'agite avec le plus de tumulte et le plus de fureur : rien ne se remuait , tout était en silence. A mon retour chez moi , j'ordonnai à la voiture d'aller lentement pour mieux écouter et pour mieux regarder; j'arrêtai même quelques minutes sur le pont ci-devant Royal , sur le Carrousel, à l'entrée de la place ci-devant Vendôme : aucun bruit de tocsin, aucun cri de se-