‹ Mémoires de Garibaldi, traduits sur le manuscrit originalChapitre 5 sur 16 · DISGRACE DE RIVERA · texte numérisé non relu

DISGRACE DE RIVERA

J'ai dit quel était le plan du général Paz lors de notre sortie nocturne de Montevideo.

Ce plan, s'il réussissait, changeait la face des choses et faisait, selon toute probabilité, lever le siège à Oribe; mais, ce plan une fois tombé dans l'eau, nous revînmes à notre garnison de tous les jours, c'est-à-dire aux postes avancés qui, de part et d'autre, allaient se fortifiant de plus en plus, jusqu'à ce que nous eussions, de notre côté, une ligne de batteries à peu près correspondante aux batteries ennemies.

Sur ces entrefaites, le général Paz nous quitta et partit pour diriger l'insurrection de la province de Corrientes, et aider ainsi la cause nationale eu divisant les forces du général Urquiza, qui se trouvait en face du général Rivera.

Mais les choses furent loin de tourner comme on l'espérait, et cela par l'impatience du général II. 2

Rivera, lequel, sans s'inquiéter des ordres du gouvernement qui lui défendaient d'accepter une bataille décisive, accepta cette bataille et la perdit complètement dans les champs dlndia-Muerte.

Notre armée de campagne fut battue ; deux mille * prisonniers, davantage peut-être, furent étranglés, pendus, décapités, contre toutes les lois de Thumanité et de la guerre.

Beaucoup restèrent sur le champ de bataille, d'autres furent dispersés dans les steppes immenses. Le général Rivera, avec quelques-uns des siens, gagna la frontière du Brésil, et fut, comme cause de cet immense désastre, exilé par le gouvernement.

La bataille d'India-Muerte perdue, Montevideo resta livré à ses propres ressources. Le colonel Correa prit le commandement de la garnison. Cependant le soin supérieur de la défense demeura concentré entre Pacheco et moi. Quelques-uns de nos chefs, après cette déplorable bataille, parvinrent i réunir divers détachements de soldats dispersés et firent avec eux la guerre de psgrtisans dans les lieux les plus propres à cette guerre.

Le général Llanos réunit deux cents hommes, à peu près, et> préférant se réunir aux défenseurs de Montevideo, se rua sur les ennemis qui observaient

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le Cerro, fit une trouée, parTint jusqu'au fort et nous rejoignit.

Pacheco, en recevant ce petit renfort, eut l'idée d'un coup de main.

Le 27 mai 1845, nous embarquâmes à Montevideo , pendant la nuit, la légion italienne et quelques autres forces prises au Cerro, et, avec ce petit corps, nous allâmes nous embusquer dans uns vieille pou* drière abandonnée.

Dans la matinée du 98, la cavalerie du général Llanos sortait, protégée parTinfanterie, et attirait l'ennemi du côté de la poudrière; lorsque celui-oi ne fut plus qu'à une petite distance, les nôtres sortirent, la légion italienne en tôte, et, chai^eant à U baïonnette, couvrirent le terrain de cadavres.

Alors toute la division en observation au Cerro se porta sur la ligne, et il s'engagea un combat meum trier qui finit par se décider à notre avantage.

L-ennemi fut mis en pleine déroute, poursuivi la baïonnette dans les reins , et il fhllut un de ces ouragans mêlés de tonnerre, de grôle et de pluie, comme seuls peuvent s'en faire une idée ceux qui les ont vus, pour mettre fin au combat.

Les pertes de l'ennemi furent considérables.

Il eut grand nombre de blessés et de morts, et, parmi ces derniers, le général Nums, un des meil-

leurs et des plus braves généraux ennemis, qui fut tué par la balle d'un de nos légionnaires.

En outre , on recueillit un copieux butin en bestiaux; de sorte que nous rentrâmes à Montevideo avec la joie et Tespérance dans le cœur.

La réussite de ce coup demain fît que j'en proposai un autreaugouvernement:il s'agissait d'embarquer sur la flottille la légion italienne, de remonter le fleuve, en cachant mes hommes autant qu'il serait possible, jusqu'à Buenos- Ayres , et, arrivé là, de débarquer de nuit, de me diriger sur la maison de Rosas, de l'enlever et de le ramener à Montevideo,

Cette expédition, réussissant, terminait la guerre d'un seul coup ; mais le gouvernement refusa.

Quoi qu'il en soit, dans les intervalles de repos que prenait notre armée de terre , je remontais sur notre petite flottille, et, malgré le blocus, dont je trompais la vigilance, je prenais le large, et j'allais jeter le grappin sur quelque bâtiment de commerce, qu'à la barbe de l'amiral Brown, je ramenais prisonnier dans le port.

D'autres fois, par des manœuvres bien combinées, attirant à moi toutes les forces du blocus, j'ouvrais le port à des barques marchandes qui apportaient toute sorte de provisions à la ville assiégée.

Souvent encore, m'embarquant la nuit avec une

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centaine de mes légionnaires les plus résolus, j'essayais de donner Tassaut aux bâtiments ennemis que je ne pouvais attaquer de jour, à cause de leur grosse artillerie; mais c'était presque toujours inutilement : Tennemi , se doutant de mes surprises^ ne restait point la nuit sur ses ancres et se transportait dans quelque endroit éloigné de celui où je croyais le trouver.

Enfin un jour, voulant en avoir le cœur net^ je sortis avec trois petits bâtiments les moins mauvais de Tescadrille, et , en plein jour, je résolus d'aller attaquer Tennemi sur son arrimage dans la rade de Montevideo.

L'escadre de Rosas se composait de trois navires : k 25 Mars, le Général Echague et le Maypu.

Ces trois navires portaient quarante-quatre pièces de caiiOn.

J'en avais huit de petit calibre seulement ; mais je connaissais mes hommes : si nous arrivions h aborder l'ennemi , il était perdu.

Je m'avançai contre l'escadre en ligne de bataille.

Nous étions déjà presque à portée de canon ; un

mille encore, et le combat était inévitable. Toutes

les terrasses de Montevideo étaient couvertes de

'^arieux; les mâts des navires de toutes les nations

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Stationnant dans le port étaient, pour ainsi dire, pavoises d'hommes.

Tous ces spectateurs attendaient avec anxiété l'issue d'un combat que chaque instant rendait de plus en plus inévitable.

Mais le commandant de la flotte argentine ne voulut pas courir les risques de cette lutte; il prit la mer, et nous rentrâmes dans le port, mal dédommagés par les applaudissements universels qui nous saluèrent.

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IlITBRTENTIOlf ANaLO^f HÀNÇAI8I

Cependant les affaires allaient au plus mal pour Montevideo, lorsque l'intervention anglo^française vint faire cesser le blocus; les deux puissances alliées s'emparèrent de la flotte ennemie, et se la partagèrent.

Alors on résolut une expédition sur l'Uruguay.

Le but de cette expédition était de s'emparer de l'Ile de Martin-Garcia, de la ville de Golonia et de quelques autres points , et principalement du Salto, par lequel on pouvait ouvrir des communications avec le Brésil, en môme temps que l'on y formerait un noyau d'armée de campagne destinée à remplacer celle qui était détruite.

J'embarquai deux cents volontaires sur ma flot^ tille, et je me dirigeai sur le fort de Martin-Oarcia. Nous le trouvâmes abandonné par l'ennemi, et nous l'occupâmes.

La ville de Colonia était abandonnée de même,

lorsque se présentèrent devant elle l'escadre anglofrançaise et notre petite flottille.

La légion italienne descendit, combattit et repoussa le général Montero, qui se trouvait, avec des forces supérieures, de Tautre côté de la ville.

Les escadres, pendant ce temps, je ne saurais dire dans quel but , ouvrirent un feu très-vif contre la ville abandonnée; elles mirent leurs troupes à terre et ces troupes formèrent notre réserve pour l'attaque contre le général Montero.

Vers les deux heures de l'après-midi, nous fîmes notre entrée dans la ville.

La légion italienne fut casernée dans une église; je donnai les ordres les plus sévères pour qu'on respectât les moindres choses appartenant aux habitants ennemis, forcés d'abandonner leurs maisons.

Inutile de dire que les légionnaires obéirent religieusement à mes ordres.

La ville fut gardée et fortifiée par les nôtres, qui y laissèrent garnison. Les flottilles anglaise et française entrèrent dans le Parana et détruisirent, dans un combat qui dura trois jours, les batteries corn mandant le cours du fleuve.

La résistance de l'ennemi fut héroïque.

Je continuai alors, avec ma petite flottille, com-

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posée d'un brick, d'une goélette et de plusieurs petits bâtiments, à remonter le fleuTe.

Pendant tout le temps que nous avions marché de conserve, l'amiral français et le commodore anglais m'avaient témoigné la plus vive sympathie, sympathie dont Tamiral Laine particulièrement m6 continua les preuves.

Bien souvent Tun et l'autre vinrent s'asseoir à notre bivac et goûter de la chair boucanée qui faisait notre seule nourriture.

Ânzani, qui nous accompagnait dans notre expédition, partageait cette honorable sympathie. C'était un de ces hommes qu'on n'avait besoin que devoir pour l'aimer et l'estimer.

Tandis que notre flotte remontait l'Uruguay, nous vîmes se réunir à nous quelques hommes de cavalerie commandés par le capitaine de la Gruz, véritable héros, c'est-à-dire homme du plus beau caractère et du plus grand courage.

Ces quelques hommes suivirent la flottille en côtoyant l'Uruguay, et nous servirent énormément, d'abord comme explorateurs, et ensuite comme fournisseurs de vivres.

Us occupèrent différents pays, las Yacas, Mercedes, etc.

L'ennemi, partout oùon le rencontrait, était battu.

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Paysanda, forteresse de la plage de PDruguay, essaya de nous écraser sous son artillerie ; mais, en somme, elle ne nous fit pas grand mal.

Au-dessus de Paysanda, nous prîmes position dans une estancia appelée PHervidero, où nous res* tftmes plusieurs jours.

Le général Lavalleja tenta sur nous une attaque de nuit avec infanterie, cavalerie et artillerie ; mais il fut repoussé avec des pertes considérables par nos invincibles légionnaires.

De PHervidero, j'écrivis au gouvernement par rîntermédiaire du capitaine Montaldi, qui retournait à Montevideo sur une goélette de commerce; la goélette fut attaquée en passant devant Paysanda, enveloppée par les embarcations ennemies, et prise après une vigoureuse résistance du capitaine Montaldi, qui, abandonné seul sur le pont, fut fait prisonnier.

Une foule de barques, naviguant sous bannière ennemie, tombaient chaque jour en notre pouvoir. . Je laissais la plus grande partie de cenz qui les montaient libres de retourner vers les leurs.

Gualeguaychu, ville située sur la rive droite de l'Uruguay et sur le Gualeguay, dans llntre-Rios, tomba par surprise entre nos mains.

Ce fut là que je repris ce même don Leonardo

DB i. 6ARIBALDI 3:1

Millan qui, autrefois, me tenant prisonnier, m*a?ait fait donDer Testrapade.

Il va sans dire que je lui rendis la liberté sans lui faire aucun mal, lui laissant, pour toute punition, la peur qu'il avait eue en me reconnaissant.

Gualeguaychu fut abandonnée : ce n'était pas une position tenable ; mais elle paya une bonne contribution en argent, en habits, en armes.

Enfin, après une foule de combats et d'aventures, nous arrivâmes, avec l'escadre, au lieu dit le Salto, parce que l'Uruguay forme en ce lien une cataracte, et n'est plus navigable au-dessus de cette cataracte que pour les petites barques.

Le général Lavalleja, qui occupait le pays, l'abandonna dès notre arrivée, forçant tous les habitants à le suivre.

Le pays, au reste, était parfaitement approprié au but de l'expédition, ne se trouvant pas trop loin de la frontière.

Je résolus de nous y établir.

Ma première opération fut, en conséquence, de marcher contre Lavalleja, campé sur le Zapevi, affluent de l'Uruguay*

Je mi« en route^ pendant la nuit, notre infanterie et les quelques hommes de cavalerie commandés par de la Criu,

Au point du jour, nous étions près du camp, que nous trouvâmes défendu, d'un côté, par les chariots, de l'autre, par l'Uruguay, et adossé au Zapevi.

Je formai mes hommes en deux petites colonnes, ' et, avec ma cavalerie sur mes ailes, je marchai à la charge.

Après un combat de quelques minutes, nouî étions maîtres du camp; l'ennemi était en pleine uite et passait le Zapevi.

Le résultat de cette opération fut d'abord le i'etour au Salto de toutes les familles qui avaient été entraînées violemment hors de chez elles.

Nous fîmes à peu près cent prisonniers à l'ennemi, et lui prîmes beaucoup de chevaux, de bœufs, de munitions et une pièce d'artillerie, la môme qui avait tiré sur nous à l'attaque de l'Hervidero ; elle était de fonderie italienne et portait sur le bronze

nom de son fondeur, Cosimo Genni, et la date

Cette expédition fit le plus grand honneur à la légion et eut de grandes conséquences. Environ trois mille habitants rentrèrent dans leurs foyers.

Dirigés par Anzani, mes légionnaires s'occupèreni aussitôt d'élever une batterie sur la place de la ville, position qui dominait les alentours.

J'envoyai des courriers au Brésil pour me mettre en communication avec les réfugiés, et, grâce à eux, commença la réorganisation d'une armée de campagne.

En peu de temps, la batterie fut construite et armée de deux canons; si bien que, le soir du 5 décembre 1845, elle se trouva prête à répondre aux attaques du général Urquiza, qui se présenta, dans la matinée du 6, avec trois mille cinq cents hommes de cavalerie, huit cents d'infanterie, et une batterie de campagne.

Mes dispositions furent celles que Ton prend quand on veut centupler les forces matérielles par rinfluence morale.

J'ordonnai à l'escadre de se retirer et de ne pas laisser une seule barque à notre portée. Jerépanciis mes hommes dans les ruelles, les leur faisant barricader et ne laissant ouvertes que les principales rues. Je publiai un ordre du jour énergique, et j'attendis Urquiza, qui, confiant dans sa force, avait déclaré à ses soldats que les hommes qu'ils avaient en face d'eux avaient des ccmrs de poule.

Vers les neuf heures du matin, il nous attaqua sur tous les points ; nous lui répondîmes par des feux de tirailleurs sortant de toutes les ruelles et par le feu de nos deux pièces de canon.

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