‹ Mémoires de Garibaldi, traduits sur le manuscrit originalChapitre 6 sur 16 · II · texte numérisé non relu

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SS MÉMOfRCS

Le moment venu, et lorâctue je le vis étôlifié de notre résistance, Je le fis changer pat detijc colnf ftgnies de réserve, et il i^e retita hofileùsèiïietit, laissant bon nombre de morts et de blessas datiè les tnaisons dont il avait commencé de s'èmpat^r, et ne gagnant rien à son attaque que de nous emporter quelques bestiaux, et cela eticore pat la fatltè du piquet d'une embarcation de guerre anglaise qui, unie à un bâtiment français, nous avait suivis jusqu'au Salto.

Ces deux embarcations avaient ofifert de nous aider à défendre le pays; le piquet anglais changea en fort une maison qui détendait le Corfal, où étaient enfermées environ six cents bêtes. L'ennemi éûvojra un détachement de son infanterie sut ce point; les soldats anglais furent pris d'une terteut paôique, de sorte que, les uns s'enfuyant pat les fenêtres, les autres par la porte, ils laissèrent toute facilité aux soldats d'Urquiza d'emmener les animaux.

Pendant vingt-trois jours, rennérûi renouvela ses attaques sans obtenir aucun résultat.

La nuit venue, c'était notre tour; nous ne lui laissions pas un moment de repos. Nous manquions de viande; mais nous mangeâmes nos chevaux.

Enûn, convaincu de l^inutilité de ses efibrts, tJrquiza prit le parti de se retirer^ avouant qu'il avait, dans

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ses diverses attaques contre nous , perdu plus de inonde qu'à la bataille d'India-Muerte.

L'ennemi, en se retirant, essaya de s'emparer de mes embarcations pour passer l'Uruguay; mais, grâce à ma surveillance, son projet ayant échoué, il fut obligé de traverser le fleuve douze lieues au-dessous; après quoi, il revint camper dans les champs de Camardia, en face du Salto.

Pendant qu'Urquiza tenait ce campement, je fis, tn plein jour, passer le fleuve à quelques hommes de cavalerie, protégés par nos embarcations et par notre infanterie.

Celte petite troupe attaqua les hommes qui gardaient un immense troupeau dé chevaut paissant dans les pam|)as, et, chassaût ufie centaitie de che- Vata devant elle pour remplacer ceux que nous avions mangéà , leut flt passer le fleuve et me les ameha avant que l'ennemi fût revenu de sa surprise et tentât môme de rien empêcher.

AFFAinS DU SALTO SAN-ANTONIO

Cependant le colonel Baez, venant du Brésil, s'était réuni à nous, avec deux cents hommes environ de cavalerie.

Le général Médina rassemblait des forces, et nous l'attendions de jour en jour. En effet , le 7 février 1846, je reçus un message de lui qui m'avisait que, le jour suivant, il se trouverait sur les hauteurs du Zapevi avec cinq cents cavaliers.

Il demandait des nouvelles de l'ennemi, et un secours, en cas d'attaque.

Son messager remporta l'avis que, le 8, je serais, avec des forces suffisantes pour protéger son entrée dans le pays, sur les hauteurs du Zapevi.

En conséquence, vers neuf heures, je partis avec cent cinquante hommes de la légion et deux cents cavaliers, côtoyant l'Uruguay.

Nous nous portions à Las Laperas, à trois lieues

à peu près du Salto, flancpiés par quatre cents ennemis appartenant au corps du général Servando Gomez, seules forces qui, pour le moment, se trouvassent en observation au Salto.

Notre infanterie prit position sous un xapèrBy — un zapère est un toit de paille soutenu par quatre poteaux, — lequel ne nous offrait d'autre avantage que de nous garantir des rayons dévorants du soleil.

La cavalerie , commandée par le colonel Baez et le major Caraballo, s'étendait jusqu'au Zapevi.

Anzani était resté à la défense du Salto, souffrant qu'il était d'une jambe, et, avec lui, malades comme lui, étaient restés trente ou quarante soldats.

En outre, une dizaine d'hommes étaient de garde à la batterie.

Il était environ onze heures du matin; je vis s'avancer, des plaines du Zapevi vers les hauteurs où je me trouvais, un nombre considérable d'ennemis à cheval ; presque en môme temps, je m'aperçus que chaque cavalier portait un fantassin en croupe. Et , en effet , à peu de distance des hauteurs où je me trouvais, les cavaliers se dédoublèrent et mirent à terre leurs fantassins, qui aussitôt s'ordonnèrent pour marcher sur nous.

Notre cavalerie ouvrit le feu contre l'ennemi;

mais y supérieur eu pombra comiUQ U était , il 1^ çb^gea et la mit promptement en fuite,

^lle $e dirigea, tout en fuyant, vers notre zapère, auquel arrivaient déjà les balles ennemies,

Alors, comprenant que la vraie résistance était avec mes braves légionnaires, et qu'où ils seraiwt serait le combat, je m'élançai dans leur direction ; mais^ comme j 'arrivais auï premiers rangs , au milieu du feu ennemi, je sentis tout à coup mon cheval qui inauquait sou» moi et qui, eu tombant, m'entraînait dans sa chute*

Ma première idée fut qu'en me voyant tomber, mes hommes allaient me croire mort et que cette croyance pouvait mettre le trouble parmi eux» ï!u tombant, j'eus donc la présence d'esprit de prendre un pistolet dans mes fontes, et, me relevant aussitôt, de le tirer en l'air pour que Ton vit bien que j'étais sain et sauf.

On eut, en effet, k peine le temps de me voir à terra, que j'étais déjà relevé et au milieu des miens.

Cependant l'ennemi a'avanoait toujours, fort de douEc cents hommes de cavalerie et de trois cents d'infanterie.

Abandonnés par notre cavalerie, nous étions restés cent quatre-vingt-dix hommes en tout. Je n'avais

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paa le tf mps de faire un long discours ( d*ailleurs, ce n'est point ma manière. J'élevai la voix et ne dis qua oes moUi :

— Les ennemis sontnombreuXt nous çommes en petit nombre; tant mieux! moins nous sommes, plus le combat sera glorieux, Du calme! Ne faisons feu qu'à bout portant, «t chargeons k \^ baïonnette.

Ces paroles étaient dites k cies hommes sur lesquels chaque mot faisait reff§t d'une étiqçeUo 6hQn trique.

D'ailleurs, toute autre détermination eût éW funeste. A un mille environ, sur i^otre droite, nous anons l'Uruguay ayee quelques massifs âe bois| mais une retraite, dans un pareil moment, e(lt él^ le signal de notre perte à tous ; je l'ayaia compris, aussi je n'y songeai mtmt pas,

Arrirée à soixante pas de nouSi ^ peu près, la colonne ennemie fit une décharge qui nous causa un grand dommage; m^is les nôtres lui répondirent par une fusillade bien autrement meur<trière, d'autant plus que nos fusils étaient c)iargés, non**seulement à balles, mais encore à cbe^ vrotines.

Le commandant de l'infanterie tomba frappé à mort ; les files se disjoignirent, et, k h tôtq 46 mes

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braves, un fusil à la main, je les entratnai dans une charge à fond.

Il était temps : la cavalerie était déjà sur nos flancs et sur nos épaules.

La mêlée fut terrible.

Quelques hommes de l'infanterie ennemie durent leur salut à une fuite rapide. Gela me donna le temps de faire face à la cavalerie.

Nos hommes pivotèrent comme si chacun avait reçu Tordre d'exécuter cette manœuvre.

Tous combattirent, officiers et soldats, comme des géants.

Une vingtaine de cavaliers, alors, conduits par un brave officier nommé Vega, ayant honte de la fuite de Baez et de ses hommes, qui nous laissaient seuls, tournèrent bride, aimant mieux venir partager notre sort que de continuer leur honteuse retraite.

Nous les vîmes tout à coup repasser au milieu de l'ennemi et se placer à nos côtés.

n y avait, je vous en réponds, du courage à faire ce qu'ils faisaient.

Au reste, la charge qu'ils accomplirent en nous rejoignant nous servit beaucoup dans ce moment critique : elle sépara et culbuta l'ennemi, dont une partie s'était mise à la poursuite des fuyards.

Aussi, à notre seconde décharge, la cavalerie,

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voyant son infanterie détruite et vingt-cinq ou trente hommes des siens tomber sous notre feu, la cavalerie, dis-je, fit un pas de retraite et mit à terre six cents hommes environ qui, s'armant de carabines, nous enveloppèrent de tous c6tés.

Nous avions tout autour de nous un espace de terrain couvert de cadavres de chevaux et d'hommes, tant des ennemis que des nôtres.

Je pourrais raconter d'innombrables actes de bravoure particuliers.

Tous combattirent conmie nos anciens preux du Tasse et de TArioste; beaucoup étaient couverts de blessures de toutes sortes, balles, tranchants de sabre, pointes de lance.

Un jeune trompette de quinze ans, que nous appelions le Rouge, et qui nous animait durant le combat avec son clairon, fut frappé d*un coup de lance. Jeter sa trompette, prendre son couteau, s'élancer sur le cavalier qui l'avait frappé, fut l'affaire d'un instant.

Seulement, en frappant, il expira.

Après le combat, les deux cadavres furent re* trouvés cramponnés l'un à l'autre. Le jeune homme était couvert de blessures ; le cavalier portait à la cuisse la marque profonde d'une morsure que lui avait faite son ennemi.

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Bu côté de nos adversaîr^p» il y eut aussi des actes d'une prodigieuse témérité. L'un d'eux, voyant que cette espèce de hangftr autour duquel nous étions groupés, s4l n^était point un rempart contre les balles, était du moins un a])ri oontre le soleil, prit un tison enflammé, s'élança à grande course de cheval, passa au milieu de nous, et, en passant, lança, comme un éclair^ le tison sur le toit de paille.

Le tison tomba à terre sans remplir le but du cavalier; mais celui-ci n'avait pas moins accompli une action téméraire.

Nos hommes allaient tirer sur lui ; je les en empêchai.

*^ Il faut conserver }es bi^ves, leur criaHe; ils sont de notre raoe.

Et personne ne fit feu.

C'était miracle comme tous ces braves gens m'écoutaient.

Un mot de moi rendait la force aux blessés, le courage aux hésitants, et doublait l'ardeur des forts.

Lorsque je vis l'ennemi décimé par notre feu, lassé de notre résistance, alors seulement je parlai de retraite, en disant, non pas: Mirom^noml mais:

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