‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 144 sur 224 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

7urs preveu par Texperience qu'il avoit ;Dt faicte du cruel et cavilleux naturel ;t de La Trinité. La tromperie est laide , mneste etmal-seante à tout homme, mais jpalement à celuy qui est constitué en lé telle qu^estoit ûi sienne ; elle n'est pas iperable quand la violence , qui se faict auctorité que la force donne aux uns .'5 autres , raccompagne , la tromperie dant , comme elle . faict , d'une vraye e et meschanceté pourpensée.

partir de là les affaires ayant , dès le iesme février 1556 ^ prins , non pas le : la paix , ains celuy d'une trefve sans 5 , ainsi que j'ay cy devant cotté , l'in- •n du pape et du roy estoit seulement surseance d'armes pour quelques mois, mt lesquels on prepareroit les moyens , >rces et les intelligences pour recomer la guerre , dont il ne nous succéda larheur. Et à la vérité le roy, en feisant frefVe , avoit de toutes parts emporté intage du jeu , et si grand , qu'en con- Dt ce qu'il avoit , il luy demeuroit de gourmander les Pais Bas, l'Italie et igne , comme le mareschal luy fit sousfois remonstrer ; mais / n'y profitant il se résolut d'aller baiser les mains à ijesté , conformément au congé qu'il en >btenu, ayant toutesfois auparavant don- Ire aux retranchemens et aux payemens amisons et à la conservation des pla* remettant le gouvernement de toutes 5 à M. de Termes , qu'il avoit par pluconferences instruit et informé de tout i retardoit la senreté et l'avancement Faires du roy , et d'aucunes practiques ivoit en main , et pour laquelle intenfut résolu y à mon grand regret , que neurerois près ledict sieur de Termes le maniement des affaires d'estat , comfis pendant l'absence du mareschal.

là à quelques jours , le mareschal , s'anant en France , suivy de plusieurs sei* s y gentils-hommes et capitaines, fut et du roy , et de toute la cour , avec oup de foveur et d'honneur , mais avec u point de récompense : l'excuse de laï fax fondée sur Textreme nécessité où uerre de cinq ans continuels avoit re-

duit le royaume. El cependant, ceux qui avoient perdu souvent et des villes et des batailles, plustost par inconsidcration que par infortune, estoicnt traictés et recompensés des plus clairs deniers de la France , de laquelle toutesfois il ne sceut jamais rapporter autre grâce , que le don de la gabelle de Piedmont , valant quinze mil livres par an, et dont toutesfois il ne jouit que^deux années.

Le mareschal , qui estoit ennemi de fausseté et de parade , et qui avoit le cœur autant noble que généreux , supporta si patiemment ceste ingratitude , que jamais on ne descouvrît le regret ny la douleur qu'il en avoit , non tant pour l'envie des biens comme pour le tesmoignage que la bencficence eust rendu de sa valeur et de tant de mémorables services : dont à son retour en Piedmont il me fit ses plaintes , par lesquelles je recogneus assez qu'il estoit vrayement de ces grands et renommés capitaines au corps desquels toute terre sert de sépulture , et Tunivers d'un glorieux trophée et epitaphe à leur vertu et debonnairetié.

Ceste patience et modestie^.'du mareschal est d'autant plus recommandable qu'on a veu assez souvent que , tout ainsi que plusieurs grands capitaines, pour la grande opinion qu'ils avoient de leiu* mérite , n'ont sceu modestement mesnager la bonne fortune que Dieu leur avoit communiquée , ains se sont perdus et rnynés, tout de mesme aussi le mespris et l'ingratitude du prince envers ceux qui estoient de si haut mérite a bien souvent renversé eux et leurs estats. Ce n'est pas suivre les commandemens de Dieu , qui commande que rétribution soit rendue par proportions convenables aux bons serviteurs qui ont veillé à la multiplication du talent.

Les machiavelistes tiennent qu'il ne faut jamais foire de si grands ny de si signalés services aux princes , qu'ils soyent i)Our entrer en opinion que leur gloire et leur grandeur en demeurent ou ravallées ou appariées , ou qu'ils se recognoissentplusfoibles qu'ils ne voudroient à une condigne recompense ; car si tost que l'un ou l'autre de ces soupçons prent racine en leur esprit , ils espient lors toutes sortes de couleurs ou de prétextes pour perdre ou pour ravaller Jout à foit ceste trop esclatante

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i/iif^y:b.il 'k I>ri"-. . ^-i r.î ail-: Lvii^^f Ir* m;iiri<k :j'j iov. a%oii !;i*v: !-••; .M. drr Term^ qui fut d'^puis rri:!»-^ hil d*.- 1 r-ant.e , Ii-c;iènaot fJ': Sj Maj'ïi': en v n uLv-Gce: durai:! U'S vïpi ou liuioi moi* J- !j ju^U-^r alji«r.«>.* |<:^ rtios^s furent [ui luy fort justemect e: IjMjrMiS'-njent maniées , au < ODtvntement de .Sa Maj'«jié M de'ï [K-nples aus-i. ,

Iîev«:aons maint''n.iOt a l'arrivé».' da mare?- «rlial *-n cour , «;i a rirj[;rjriiu'l'' qui fui prac- ' liqué<! par aucuns f^nvr-rs si hauts méritas j qu'i.'Stoient h-s sit:ns. I a resolutîoD sur la ruptur«; df^ la trefv; fut en<:or remise à en deli- I>enT avec luy. pour Ti-xacie cognoissance qu'il av'iit des wD^iii**^ d'Italif: mai.*» luy. qui feçavoit que t<fUte^t>>ir rj«'*ja tow.lu «-l arrcsié. et quf tout f *• qu'on en fai^oit aujourd'hui li'estoit qu'une l'iuvert»- pa! ade a\an«;êf pour il#'\irement tirer d»' lii\ son ron^'iilenient tl hon aprohation / qui ^er\ii'»ii d».* taciie {;aland a rinli.'rcst et à la nic^me passion qui ;ivoit basli tout recy , quoy rousiden* . il se restraif;nit à cela seuleuîent que j'ay ci-devant fort anqileujr'nt discouru; et ncanlmoins, les affaires ayans . ù la niesuic intention que dessus , esté remises sur le bureau , il considéra ijue n'en dire la vcriti? esloit daD[;ereu\ à les* tal, et ne le taire tout de luesnie aussi, ù cause de ceux qui tenoieut la personne et Testât du prince en leurs mains.

l'oiir donc fuvr et l'un el l'autre inc(jnvcment, il siipplii* U: roy de vouloir n?ce.voirdc Jioiine part tout ce qu'il en diroit , et qu'il vouloit liirn, (juauta luy, honorer el révérer tous les amis ei alliés de ba Majesté, mais

ii.*^r -.'Z'^.ii v'^^i— . -îi-il** qpe cl n ;i.yiif'.ZL riirh.s -•: -^r Z5« Le ".i;i ^n'iuic^^ î<^ r.LââJ icis ec se

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co.*rj ;1>t:: -i J- 3r-hi : ipic ce d cb"î« *..z\tzA\: y. L :T;inJear i •. L scuretê dr '. -. siit. d • \ouU'îr auj [<»ur le S'iiiîîTn.r.er.! d-> f;.ut'?s, d •:: dvs j uss1':d> d'uLiiuy. Loulevei un t:\iJ6ni et isfaiHiLIe hasard, t de glorieuses ei lr»-s-iiiiles conqn Dieu a^ .-it benijjcement concédées jeslé : qu».- nul ne pouv »it nier , sa; rer. que le pape et ses neveux a>c inconsidérément prins à ourdir nne sui*passoît leur portée, mais non pai réglée ambition : que ces vieilles so I»ales estoient auacliées à un filt't bi n'ayant ny force ny >u!tit; , pour i luy mesmes , iurs qu\'l!c> venoiont lir: et que par ainsi, il en lesi ceux qui s'emharquoitni avec eux cuit, metioient fort va;;ueuient à leur vie, leur gloire , hnirs furtum leur cMat , au maniement diiquol lo pour petite qu elle s lit, tiruil le sa teroil les allections les plus pures :

loit en cesi endroit rejciicr la mai cuns , qui tiennent que c'est u pusillanimité que de rejetter les | entreprinses ((ui se presenient, orc prinje face elles ne soient accompa{ d'apparences un peu douteuses , qi mal remar(iuer que les guerres cui bien quand on veut, mais qu'elles) vrnl jamais comme nous desirons, tant réservé ccsie disposilioQ à luy

LÎYRE SEPTIEME.

stoire^ ntewii^ i^^ ^VW appreapieot que que too9 le* papes qui avoient cy-devaxU oc Tovbi J0999ier Tepp^ de sainct Paul e^ clefs 4e 9m^ Pieire ( propre^à fer- [^ jMrtes 4^ h £uerre ), »y]9iept f^

rommes et ^ATfae»» 4e^ ps^op , ^uis lei^ tesëanger» e^toieot .tQusjours .cs^qbés ; ^ affaicep de 4eUe copsequepcp , jl fa-

» Cpmme successeur de Tingrailtude et de la perfidie de sou père , qui a moissouué 11lalie par Faide de mes prédécesseurs , ces- Xuy youdroit prendre ce inesme chemin , s'i| ^e ppuyoil priy^ de la vie comme il désire.

?> Il veut ^peschef ^e je ne chastie les sefgfi^ufs colopnois , JFeu(ji^taires de TÉglise , jgi^ dpsqu^s s(m père ei luy se sont tousjours jejrvis pour tei^r rÉglige rpipnaine en subjection et desordre. i

La;s ! s'il faut que linjure si^rmo^te le

onsiderer,. ayant iouteqeuvre , <^ ce que '■ drojct, et la force la raispn , et que ma vie

voulops entreprendre e^ît ^.elon Dieu, )raUejâl u^le à Testât, si la partie pept (lemeslée avec peu de di(Dcuité et ^vec ire flfij^i^pce ; mais remarquer sur tout my ie consnilqiii en ^t dpnné , la pasn 1 iptnreât j^artiquliei* ne jQuent point emkr rpidie de la comédie.

lUes tles «teippnstrances du mareschal , que très^nst^ et .très-s^mctes ^ furent jiouns plnstoat attribuées n une certaine le ou tim^ié , qn-ii ne cognent tonte»amais, iqu^ noe généreuse. afleoion à mcemeif t de realat. Jdaîs pien ^ qm £Or ^ ^inUMU)ii8,Mi(elan .leap/dles îLnous ,4)«rmit, 4^piniSw4ne.^eux qui contre aoa Où ficeot ceprendre ks armes, s'en xereot iesfveinifics ; £ar .«^fiit unsii^cand I emant et iiae ^ ^ande . niyne i Testât y iQus nous entamions encore aiyourd'buy \ iTant 4n'iL jxe^eroîtjiecessaûre oy hono- •

veux , raparavaat qne x^rendre le fil es Mémoires , représenter icy un petit 'fi que jleus jior8.en main sur les plaintes ipe contre le £oy ji'Eapagne.

le ne sçaproîs croire, disoit lepi^, ;e roy 4i'£spqgne.aoil ^de Chariescinme, ;orty de la raceid^ roys caliioliques I pais , pnis.que.saaseatreoffencé illeva mes contre le aouverain pasteur de Te

1 ne peut astre tenu po^r catholique , qu^îl est déserteur , et non pas conserr de TEglise , qui Ta honoré de ce tiltre. iche m*attraper pour tirer de moy la le rançon que son père extorqua malieut de Clément s^tiesme , après avoir it n^iif OKMs saccagé Rome«;

spit^'eduiçte à la mercy de ce patricide , eur cores vaut-il mieux prendre pai^ty de la perdre ou de la sauver sous les aripes et sous la protection du très-chrestien prince françoîs y pr^mipr fils ^t unique coi^rvateur de YÉr gli^ ; qe que ne fit jamais Cl^arWcinquiesme, qui a tpusjojurs baillé la jujijn jaux coiyurateprB (çt anx jernueurs 4e^e^nage , aux projudiceda repps de la.cbrestipRté etduchirea^ tien royamoiB frapcpi»- :. .

» U vomlfpit, s'a .^iLVfQ«f\ «Cure .eom^e 40Apère> lequel, i»)](vrié ^/^graoes de m fxfivm^iffftxjm» a:KpU mtr^i^iwa 4e goucjnandor.to0t)o mMi^.fimm» U eiist fiàst sans la jaincte et iClowa6^^ii^e joiistance dé h France, q^ jn tonsjanra aefVjf alarmes aaboajires i l*£gUae ei imL princes afitigés au^.»

£era nçté que pendant jqne ces piactiques lialançoient entre espérance et crainte , il ad- ,vint assez de choses qni en aidèrent beaucoup la résolution , et lesquelles J'ay jugé necessaûe d'estre rapportées icy à la descharge du roy , et à la coi^e d'Espagne , laquelle , à rexemfde de Lysander , ne tient jamais foy ny pennent s'il ne tourne à son advantage. En.premier lien le roy il* Angleterre et le duc de Savoye avoient dressé , par le moyen de Coraôlle Marie , maistce d^bostel du comte de Megue, et ce nonobstant la foy dé h trefve , une entreprinse sur lilets , par le moyen de quelques soldats qn'ils avoient corrompus, tous lesquels, Dieu ayant permis qu^elle fust descouverte, furent punis du dernier supplice. Qui considérera maintenant non passionné ces galanteries marranesques, excusera lesressentîmensfrancesques : de mesme suitte n'avoient-ils pas accaparé le marquis

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

de Masseran , qui estant n'agnieres , comme vous avez cy-devant veu , entré au service du roy, et avoit .feict fortifier sa maison de Gaillany, assise du costé de Biellois, commença à tenir practique avec les ennemis pour mettre sa place entre leurs mains , sous certaines grandes et advantageuses conditions, qui ne sceurent estre si secrettement maniées qu'elles ne fussent descouvertes à Sa Majesté par le mareschal de BrissaC, auquel elle commanda d*escrire à M. de Termes , qui estoit demeuré au gouvernement de Piedmont , de trouver moyen de se saisir de la maison du marquis , et de Fen desponil- 1er avant le coup. *

Termes, autant sage et advisé qu'autre que j'aye guieres jamais cogneu , délibéra d*accomplir ce commandement ; et pour ce faire , il alla , avec son seul train et sa garde, voir le marquis i Gaillany, ayant auparavant tH)mmandé à une vingtaine de gentils-hommes fort déterminés de porter sous la casaque d'hommes d'armes un corps de cuirasse, et d'entrer dans la place pendant qu'il disneroit , tous prétexte de venir parler à Iny , et qu'aussi tost qu'il leur diroit qu'ils fussent les bien venus , les six demeurassent au dehors de la porte de la saUe , et les autres tout le long de la montée ; que le capitaine de sa garde , accompagné de trente bons soldats portans la mandille et le' corps de cuirasse, entrassent dedans la cour, faisans ^mUant d'attendre lediet sieur de Termes , lequel devoit monter à cheval si tost qu'il auroit disné; et que les seigneurs leronime de Bijragne et Montbazin amenassent trois cens arquebusiers à deux cens pas de la place pour y'courir au trot, au moindre bruict qu'ils ouiroient; et, cela faict, qu'ils s'advançassent , faisans sembhmt de vem'r saluer lediet sieur de Termes qui leur avoit conunandé qu*aussi-tost qu'ils auroient représenté ce personnage ils s'en allassent droict au corps de garde de la porte , suivis de ce qui scroit entré , et que sans bruict ils le desarmassent et £e saisissent de main en main de toute la place. Ainsi commandé , ainsi fut-il dcxtrcment exécuté au mesme instant que le disner s'achevoit , ceux de la garde n atlendans rien moins que cela. lAi marquis , ayant ouy le

bruict, voulut mettre la teste à la f

mais lay et sou fils se trouvèrent son

veloppés de ces vingt gentils-honii

estoient à la porte de la salle et dans

tée; et lediet sieur de Termes Iny dec

pour aucunes grandes considération!

jesté avoit voulu qu'il se saisist de sapb

neantmoins toucher à sa personne i

biens , rentes et revenus, et que tonta

qu'il aiu*oit faict remettre entre ses i

chasteau de Jumaglia il luy seroit pe

se retirer à Masseran ou ailleurs où il v

Luy, qui se sentoit coupable, ne scem

rien alléguer à sa défense , sinon <

sçavoit avoir mespris au service de Sa

té , et qu'il estoit content de consigni

Jumaglia es mains de qui il ordonne!

sieur de La Mante, lieutenant de

Montbazin , gouverneur d'Yvrée, et nu

mes députés pour en aller prendre la

sion par la main du sieur de Cahde, fils

marquis de Masseran. En visitant et a

nant de la seureté de h place, nonsoi

une voix fort lamentable qui crioit :

pitié de moy ! » Je demanday lors

sieur de Cande que c'estoit ; il me resf

« C'est un pauvre prisonnier qui denst

mort il y a dix ans. » Lors lediet sieor

Mante luy ordonna de faire ouvrir b ]

et de nous y [laisser entrer seuls ; cefa

blesmir , et puis il se retira en la sa]

chasteau , sous la garde de six arquebi

• Nous trouvasmes , chose très-horribl<

c'estoit un pauvre gentil-homme ver

que le marquis avoit fsdct prendre prise

il y avoit dix-huict ans , par ce qu*il

voulu exécuter un arrest [contre luy

part du duc Charles de Savoye , sans <|

mais ame vivante sceust qu^il estoit de

et de foict , les parens de cestuy-cy

trouvans , et estimans qu'un sien ennei

voit tué, ils le poursuivirent si rudement

tice , que par les tourmens il confessa

qu'il n'avoit pas faict , pour reparatic

quel il fut condamné et exécuté à mort,

marquis estant en mcsme ville , et qui i

ce qui en csloit. Nous mcnasmes ce f

gentilhomme , qui estoit tout nud etn

que la peau , devant M. de Termes , a

il racompta toute ceste cruelle^histoire.

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