‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 189 sur 224 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

dévoient fournir les deniers des llceniiemens n'en facent maintenant les refroidis, et que, cela prenant traict de temps , les gens de guerre ne soyent invités à faire quel(|ue desordre, comme il advient assez souvent parmy tels accidens que celuy du roy.

Estant parvenu au dixseptiesme du mois sans que de la cour il eust nouvelles quelconques , il despecha un courrier exprès vers le roy pour se plaindre qu'on avoit commandé aux trésoriers de Textraordinaire des guerres de ne desbourcer , pour commandement qu'il sceust faire , aucuns des deniers despeschés pour le licentiement , qu'en la mesme forme cy devant discourue , sur peine d'en faire la maille bonne ; que ceste façon de faire estoit de toutes parts si estrange et si préjudiciable à son honneur et réputation , que , sans la candeur de son affection , il n'en lairroit couler l'indignité si doucement qu'il vouloit faire, sçachant assez que ceste farine avoit esté moulue dans Tame de ceux qui envioyent l'intégrité et la rondeur de ses actions, desquelles il ropondroit tousjours devant Sa Majesté ; que les mesmes trésoriers , et non luy , estoient ù reprendre , ayans desjà distrait cinq mil livres sur les cinquante mil qui marchovent.

Qu'il vient tout présentement d'eslre ad ver ty par La Motte , gouverneur de Casai , que ceux de Poni-de-Sture avoyent arresté une barque de marchandise qui descendoit par le Pau , sous le bénéfice de la paix , pour tirer en Italie ; qu'ils faisoyent aussi redresser la pallissade qui traversoit la rivière , sur la crainte qu'ils avoyent qu'à ces déplorables nouvelles on ne renvoyast l'artillerie à Casai et à Valence ; surquoy il auroit commandé à La Motte Gondrin d'envoyer un gentil-homme exprès à Pont-de-Sture , pour deinander la restitution de ceste barque , et protester de ceste pallissade , la structure de laquelle monstroil une tacite disposition au projudice de la paix. Selon la rcspoiurc qui en sera faîclc, et ce (ju'on luy mandera aussi de France, il ad>isora à ce (jii'il aura à faire, mais n(,n pas si hiî-n nosicoinninfiiMnonl quil eu?sf peu îiir»' s: I«» h'-nne licinv (mi l'ciist , coinnic on tJcvoit , advcriv de rt«ii inconvenient , duquel par ie dcporteuieui des voisins ,

MÉMOIRKS DE BOYVIN DU VILLÀRS.

il ne se lîent'desormais que trop asseuré , pnis que le duc de Sesse a envoyé r'asscmbler la cavalerie et les rcgimens des Allemans qu'il avoit puis n'agueres licenliés. Au mesme instant qu'il fiiisoil CCS despeches , ilreceul une fort courtoise lettre de M. de Savoyc sur le faict des démolitions et dos restitutions , la responce de laquelle j'ay bien voulu insérer iry , parce qu'elle porte conséquence d'estat.

« Monseigneur , les faveurs et les grâces dont , par ccste mesme bonté et générosité qui sont nées avec vous , vous m'avez voulu honorer, contiennent en elles mesmes une certaine espèce de gracieuse tyrannie , d'autant qu'elles m'obligent à faire par obligation ce que je desirois faire par eslection volontaire , au itiict de la restitution de vos estats, et partout ailleurs où je vous eusse peu rendre très-humble service. Et croyez , s'il vous plaist , monseigneur , que sans les tristes nouvelles de la repentine mort de mon bon maistre que je n'eusse eu rien plus à cœur que de donner à vous , et à tous vos ministres et sujects , tout le contentement que vous deviez espérer de la main de celuy qui vous honore et observe ( après son prince naturel ) plus que tous les autres qui sont au monde , et mesmes par la mémoire que je garde des grâces innumerables dont madame a tousjours félicité tous ceux de ma maison et moy en particulier. Vous donc , monseigneur (qui cognoissez mieux que nul autre les chatouilleuses conséquences de Testât), sçavez assez que je ne pouvois (en ce piteux accident) moins faire que de surceoir l'exécution des affairesjusques à tant que j'eusse esté esclaircy de l'intention du nouveau roy, et que je n'eusse aussi, et pour moy et pour tous les particuliers gouverneurs et capitaines , toutes les descharges qui nous sont nécessaires , et lesquelles ne sçauroyentsi tostarriver qu'elles ne me trouvent encores plus prest à vous servir et obéir , et d'un cœur qui ne donna jamais logis à la dissimulation. En ceste volonté , monseigneur , les choses demeureront au mesme estât qu'elles estoyent , croyant , comme je fais , quant à moy , que rien ne sera rabatu , ou tant soit peu altéré , de ce ui vous a esté si sainctement promis. JTay

entendu , monseigneur , par plusieurs de mei amis , qu'on s'est efforcé, comme on faict «cores tous les jours , de vous imprincr croyance contraire à celle qu'un cavalier d'honneur vous donne , et dont je me taim si cela pouvoit passer sans rembrouillemen de vos affaires ; mais le temps et la propre candeur de mes actions vous fera bien tott recognoistre que mon naturel n*est moins lilm qu honorable et véritable ; j^estime que cen qui en voudront autrement juger ont fooiDé dans la boite de Pandore , qui leur a misBK taye si espoisse et sur les yeux et sur la coisciencc, qu'ils ne peuvent discerner entre ce qui est vray et ce qui ne Test pas : la malice qui est couvertement par là dedans sera m jour seurement corrigée par la main de Diei, protecteur desamesinnocentesetdebonnairei.

Et par ainsi , en ceste mienne volonté, je vm reprcsenteray que toutes les playes qui oit cy devant pincé plus avant que je n'eusse voulu tous vos sujects, s'augmenteront i veie d'œil , s'il ne vous plaist de &i fort preseer ceux qui manient les affaires près du roy, qu'ils envoyent en toute diligence lesdeoien promis , pour parachever les exécutions de la paix, mais sur tout le pain quotidien poarki gens de guerre , qui sont pieça réduits i i extrême misère qu'ils font pitié aux lûerrcL Si ces messieurs sçavoient aussi bienexecoMr que promettre , il y a long temps que toos, monseigneur et madame, seriez conteos,et moy aussi hors de peine et de clameur: aies provisions viennent au trot , je courray n galop pour désormais mettre à repos vostre ame magnanime et généreuse , sur Taolelde laquelle j'offre pour offrande mon très-boiBble service. »

Il escrivit au mesme instant la lettre q après représentée :

<« Madame , puis que 'ce que j'ay bien n long escrit à monseigneur de Savoye feti recognoistre à vous et à luy l'honorable diemin que j'ay tepu , et que je tiendray tonfjours à la finalle exécution de la paix , et li très-humble dévotion que j'ay par obligaM fort mémorable à votre service , je ne vov ennuyeray point d'une longue lecture de lettre, par l'espérance mesmes que j'ay, 01-

LlVllE ONZIÈME.

I, que ceste grande debonnuircté que et les miens avons essayé , recevra pour loye de bon aloy ce que j'en ay remonstré Bdici seigneur. Par là, je dois tenir pour pn que celle qui a , d*un cœur libéral nereux , basty les premiers fonderoens maison d*où je suis sorty , et qu'elle a IHirs continués envers nos père, mère et mesmes , n'aura jamais creu ny ne croira ■p sois si desnaturé, qu'au lieu de luy re très-humble service , que je sois ny empescher, ny pour dilayer sur les tes choses que la paix vous a données et y commandées. Ce sont les tristes acciqui sont survenus et qui s'augmenteront les jours par la coulpe de ceux qui maies aOîiires, et non de la mienne. Or, que la négligence sur l'exécution des •ns promis est celle aussi qui rend toutes (S pleines de tant de misères , que je >is qu'il en adviendra , quoy que je sçache , de grands inconveniens , s'il ne vous : donner une si rude esperonnade à ces eurs , qu'ils apprennent désormais à marau pas , et à la cadence de leurs proâs; et lors, madame, vous et moneur recognoistrez que ce que je dis et 'escrits est inférieur à ce que mon ame Ht et désire pour le bien de vostre ser- 3t repos. »

vingt- troisiesme, le mareschal receut s du roy François dcuxiesme , par les- 3S Sa Majesté luy donnoit advis de la del>Ie mort du roy son père , à la couronne 3l non seulement il avoit succédé , mais aux sainctes intentions qu*il avoit de reistre la grandeur et la fidélité de ses ;es , comme elle esperoit luy faire bien* ecognoistre, et que cependant il eust mvert et diligent à tout ce qui regardoit ution de la paix , et dont elle luy enoit bien-tost ce qu'elle desiroit qui en lict.

mareschal , pour responce , manda à Sa té qu'elle n'avoit suject ny serviteur qui ipast plus avant qu'il faisoit aux regrets . douleurs de la perte d'un si brave , si ^t si magnanime prince qu'avoit esté le Y , de la bonté duquel il recognoissoit

?9 plus bes^u rayons de^sa forluuef que

s*il avoit esté honoré du père par la fidélité de ses services , qu'il n en esperoit pas moins d'elle , ayant dédié ce qui luy restoit de bons jours au service de Sa Majesté , laquelle il supplioit très-humblement vouloir, en cest heureux advenement , tellement tranquiller et disposer Testât , qu'il n'y advienne aucun remuement , comme il est souvent advenu , par le recuUement des anciens serviteurs pour advantagerles nouveaux; et en fin qu'il supplie très-humblement Sa Majesté ne trouver mauvais qu'il luy ramentoive que c'est chose digne et du prince et du serviteur de garder, par proportions différentes toutes-fois , honorable mémoire des services et des grâces receues , doucement et généreusement mespriser les injures, ne permettre que par ambition l'honneur d'autruy soit galoppé ; soulager et conserver les bons , reculer et rejecier les meschans , qui ne servent que de boute-feux parmy les cours des princes, comme il a chargé le sieur de Cigongnes , qu*il depesche expressément vers elle , luy remonstrer , avec le piteux estât où toutes choses sont reduictes en Piedmont.

De mesme suitte il escrivit à hi royne, mère du roy , que c'estoit négliger les conséquences de lestât que d'avoir attendu jusques au vingt-troisiesme du mois à luy donner advis de la repentine et très regretable mort du roy , seigneur à elle , et à luy trèsbon et maistre très-humain , dont nul des serviteurs de Leurs Majestés n'avoit porté plus de douleurs et de regrets qu'il avoit faict , et qui pouvoient esire plustost considérés que vivement exprimés, mesme par la propre perte que Sa Majesté avoit faicte de la plus chère chose qu'elle pouvoit aimer et révérer en ce monde; qu'il la supplioit très-humbicmeut qu'en s'accommodant au vouloir immuable de Dieu, elle mist désormais fin aux larmes et aux tourmens qui Taflligeoient continuellemeut , à ce qu'on luy avoit mandé, se souvenant que la Majesté divine n'afflige jamais que ceux qu'il aime et auxquels il veut faire part de ses grâces éternelles; que , s'il n'avoit luy mesme besoin de consolation, il s'efforceroit de la donner à celle à qui Dieu avoit donné tant de jugement, de vertu et de prudence , qu'elle sçaura mieux mesnager que les hommes les

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLAHS.

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playes de ce lamenlablc et repeutin accident , mesmes par rassistauce de lant de beuu\ enfans que Dieu luy a donnés , et sur tous du roy, le vertueux et magnanime naturel duquel appoitera , sous le sage conseil et conduicte d*elle mesmc , autant de grandeur et de conservation à Testât universel de la France, quait jamais iaict autre roy qui Tait précédé ; qu en son particulier il esperoit tant de la protection en laquelle elle se daigneroit le tenir àTcndroict du roy son fils , qu*il garderoit si favorable souvenance des longs et lidelles services qu'il avoit rendus à ses prédécesseurs , ayeulx el père , que par cest exemple tous les subjects de Sa Majesté seroient invités à sacriBer leui's vies et fortunes pour la servir et obéir.

Le sieur de Cigongnos fut aussi chargé , par instruction puriiculiiTe , de rcmonstrcr à Leurs iMajestés et aux cardinal de Lorraine et duc de Guise, qui estoient , entrés au maniement des allaires , que il u'avoit receu les lettres de Sa Majesté ni les leurs du douziesme que le vingt-lroisiesme du mois, portans conunandement (pie, conformément au traicté de paix (]ue Sa Majesté vouloit observer , il eust à accomplir les restitutions qui dévoient estre faictes à M. de Savoye , ou aux députés de luy garnis de convenables précautions , à quoy il satisferoit ; cependant qu il n*avoit voulu faillir de se condouloir avec eux, par la maindeCigongnes, de la rcpentinc mort de son bon maistrc et seijpieur , et par mesme suitte se resjouir aussi que le roy eust remis entre leurs mains tout le maniement de Testât, en espérance qu'il recevra d'oresnavant , par leur entremise et médiation , tout le favorable traictement qui est deu à la longueur et fidélité de ses services.

Que, pour satisfaire aux exécutions de la pai\ , il avoit mandé au duc de Sesse qu'il deputast tels personnages qu il voudroit pour venir recevoir la consignation qu*il estoit prest à faire de Valence , comme aussi feroit-il à M. de Masin celles de M. de Savoye, et de main en main relies du Moniferrat.

C'est chose fort est range cpie c(îux mesmes qui avoient généreusement combattu , et de la

vous avez cy devant peu remarquer, à ce qM le feu roy ne se laissast eoibarquer en cm desadvantageusc paix de 59 , par laqnelk, d'un seul coup mal mesnagé , on quidoit pbi de soixante places fortes, tant en Fmot, Italie et Gorsegne , qu*on n*eu8t sceu pcrdn en trente ans, que ce soyent aujoardli; ceux là mesmes qui en [conseillent et qoi ai poursuivent Texecution. Il semble qoe es soit , à le bien prendre , plus aimer lei etclipses que les beaux rayons du soleil, cl que ce sont aussi des fruicts de Taffibitin, laquelle , ayant atteint le souverain bot ai elle aspiroit , oublie le public , ne peam plus qu'à moissonner de tous coslës , et m fortifier par nouvelles amitiés et inteiiigflices , les précédentes leur estans devesm suspectes , et mesmes celles qui sont nagnnimes et généreuses : et à la vérité , Texperience nous faict voir assez souvent qoe Mites conditions , ores que bonnes et honorabla en elles mesmes , ne laissent de recevoir b dang(^reux meslange des mauvaises , si la prudence exacte n'y regarde de fort près.

Le sieur de Cigongnes fut aussi clûrgédB remonstrer à Leurs Majestés que la r^ohtion que le feu roy , de glorieuse menioin, avoit prinse de ne donner aux regimeu qa sortiroient des places restituables que den mois seulement , et un aux ItaKens , a'esioic, sous correction, sans quelque injustice, neimes si on leur rabatoit ce qu*ils aitfoieot receu jusques au jour du licentiement , Jaitant que si ceste inusitée rigueur devoit eM inexorablement practtquée, il nV aunwtceluy d'entre eux auquel il peusi rien demeurer pour se retirer, ne qui, en cest extrême deiespoir, n'entreprenne peut -estre qoelqoe saccagement et au dedans et au dehors dei villes , dont tout le mal sera rejette sur taf^ et non à ceste mesme misère où ion se ^ forcement réduire; quoy qu'il ait sceu dire, remonstrer et supplier par plusieurs fois , ifÊt force sera, n'y pourvoyant, que Forage uiaÂe sur les subjects de M. de Savoye , et dont ^ cessairement s'enfilera le retardement (to restitutions , et que pour en demeurer dscoul|)é envers M. de Savoye il luy en escriroit, à fin qifà tout le moins on y ponrnffl

main et de lu voix, pour cmpesclier, comme | pour lamour de luy, puis qu*on desdaijit

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