LIVRE ONZIEME
dudict sieur de Gordes, ains le payement des gens de guerre et cavalerie , tous lesquels , estans aujourd'huy destitués du secours de Sa Majesté , et de ce peu qu'on tiroit des contributions, estoient contraincts, au grand regret de luy, de ravager la campagne; que là où Gordes viendroit sans ces provisions, qu'il verroit d'estranges desordres, nul ne pouvant, pour courage qu'il ait, dompter les inexorables rochers d'une cruelle faim : et à la vérité , si le mareschal n*eust quelque fois laissé doucement couUer la scote , plusieurs misères feussent desjà plus advancées qu'elles ne sont pas ; et que M. de Savoye , qui est près du roy, devoit luy mesme (qui sçait mieux que nul autre comme il faut manier Testât), devoit assez considérer que pis adviendroit encores, puis que la cour ne tenoit compte d'y pourvoir : et à la vérité , le mareschal estimoit , ces choses considérées , que le duc n'auroit rien de plus pressé que d' envoyer diligemment par Le Goconat un commandement pour fournir vivres aux gens de guerre , à fin de leur oster la juste occasion qu'ils avoient d'en chercher l'espée au poing , et avec une ruyue cent et cent fois plus grande que ne sçauroit.estre la contribution de ces vivres : que , pour le regard des autres provinces , où le sieur duc n'avoit que voir , qu'il les rengeroit bien , par amour ou par force , à secourir les garnisons qui estoient de leur costé, et qu'il avoit autresfois ouy dire que celuy qui consoloit de paroles , et qui neantmoins se rendoit paresseux aux remèdes qu'il avoit en main , estoit plustost ennemi couvert que fidelle ami , pour lequel il vouloit estre tenu , et que le temps sera celuy qui medecinera beaucoup de choses que la raison ne guérit pas tousjours.
Le duc d'Alve ayant faict plainte au roy que le mareschal avoit refusé aux ministres du roy d'Espagne la restitution de Valence , il manda que la vérité estoit contraire à ce rapport , car jusques alors le duc de Sesse , ny autres pour luy, n'avoient faict instance quelconque poiu* ceste restitution , à laquelle il n'apporteroit jamais empeschement , puis qu'il en 'Marges 'néces-
saires, Mflijesié
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
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n'y apportast mutation de volonté ; que , pour preuve de son dire , il n*y avoit que trois jours seulement que le duc de Sesse avoit envoyé vers luy Perin Bel , auditeur de camp, pour les mesmcs affaires de paix , duquel le mareschal avoit enquis s'il avoit char{je de demander la restitution de Valence , à quoy il auroit respondu que non, mais bien luy avoit on commandé de parler du faict des démolitions, et, entre autres, de celles de Quiers, de Cairas, d'Albc et Sainet-Damian ; à quoy luy avoit esté respondu qu'on trouvoit fort mauvais que le duc de Sesse se voulust entremettre des choses qui ne le regardoient aucunement , et que ceste impertinente sollicitation sienne donnoit un tacite soupçon que le roy d'Espa{;ne eust envie de 8*en servir par après : auquel cas c'cstoit inviter le mareschal à y procéder avec plus de rnyne qu'autrement il ne feroit pas. Et de faict , il mit en surccancc tout cela , pour en avoir Tadvis de Sa Majesté auparavant que passer plus outre.
Donna advis que M. de Mazîn avoit envoyé vers luy l'un des sénateurs de M. de Savoye , pour luy faire instance à ce que les biens des particuliers , confisqués durant les guerres, leur feussent réintégrés , à commencer au jour de la paix. La responce)du mareschal fut que par Le Plessis , valet de chambre de Sa Majesté , et napuîercs renvoyé vers elle, il luy avoit esté 'commandé de n'y procéder qu'au mesme instant qu'il feroit les restitutions à M. de Savoye , qui devoit estre plus privilégié que les autres.
Et pour autant que tous ceux qui avoient esté depcscliés par le roy vers le mareschal avec mémoires et instructions pourledemeslement de la paix , ne s'en vouloient dessaisir, il supplia très-humblement Sa Majesté commander que cy après elles demeureroient entre ses mains, pour luy servir de {[arand sur ce qu'il avoit faict ou entreprins en vertu d'icelles , et cependant commander à messieurs les secrétaires d*es»at de le faire ainsi observer , et ne laisser cependant de luy envoyer la copie dos procedfnies.
Qu'il a esté 'adverty que ]\I. de Savoye a promis la capitainerie du chasteau d'Aviglans à un certain mauvais garniment , nommé
François Bergue , de Thnrin y leqael ieMi pieça révolté , et en ce revokement comiû mil et mil maux dignes du médecin de h corde ; que si Sa Majesté ne renversait ceh, ce seroit mettre un brigand aux portes de Thurin pour voiler ou dresser quelque pnictique sur la place , comme il s*est vanté d*; en avoir une qui eust esté exécutée sans h paix ; que si M. de Savoye n'y pourvoit , que luy mesme en fera bien tost desemparer b terre.
Du quatorziesme juillet , donna advis a roy que les sieurs de Gordes et de Cocoiât estoient arrivés en Piedmont, rasseurani, de la part de Sa Majesté , que les denien nécessaires pour fournir deux mois aux Ft»çois et un aux Italiens, en les licentiant, estoient par les chemins , mais qu elle vonloit que sur ces deniers fussent rabattus lei cinquante -cinq mil li>Tes prins sur ce qa estoit resté du payement des Suisses et laaiquenets ,|et de mesme suitte tout ce qui kcr aura esté preste jusqu'au jour du payement, qui ne leur sera fourny qu'au mesme insiat qu'ils sortiront des places. Le mareschal, qi trouva ces commandemens un peu estranges, manda au roy qu'en les voulant practiqner ce seroit rendre la vaillance de ceux (pi estoient reduicts au dernier desespoir, is*» parer des places qu'ils avoient en main , et aree tant de désolation et de ruyne , que lerepeaâr en seroit tardif et inutile; quecerctranchêffleit et mords estoient trop rudes et trop indignes à gens (|ui avoient enduré tant d'exuemités, au lieu de la recompense que h fidélité de leurs services avoit de longue ma méritée ; que si l'intention de Sa Mayestéami esté de jouer ainsi à quitte et au double , a luy eust esté beaucoup de grâce qu'elle eot choisy d'autres escuyers que luy, et plus propres qu'il ne sçauroit estre à corriger b fi^ reur et la colère de gens privés de la mesae espérance, seul refuge aux misérables; e( que prévoyant lo mauvais gré qu'on luysçairoit de ceste reinonstrance , qu'il avoit faict appeller les sieurs de Gordes et Coconafi lesquels il auroit conjurés (les inconveoietf cy des?- ^ •" isiderés) de luy dire ce qu'efl mesmes feruient s'ils tenoicnt son lieo d qu'ils se trouvassent reduicts à si dur ptfff
qa*estoit le sien; et que chacun d*eax auroit en fin adroué qu*il fiiloit nécessairement que tons ces rabbais apportassent en fin quelque estrange malheur , mais beaucoup plus grand encor si dès maintenant on ne trouvoit moyen de fournir vivres aux gens de guerre , en attendant Tarrivée des deniers et la finale restitution des places. Remonstra aussi que les estats et les instructions de Sa Majesté ne fiusoient aucune mention du payement des gouverneurs des places , des capitaines , ny des autres appointés en Texercice de la guerre , et qui revenoyent à douze cens livres par mois, combien que Sa Majesté Teust assearé par le secrétaire Boudet qu^ils seroient payés de cinq mois entiers; comme aussi seroient les commissaires, controllenrs, et antres officiers de guerre , et que parmy tout cela on avoit oublié de pourvoir au payement de la cour de parlement et chamhn des comptes.
Se plaignit aussi, comme il avoit précédemment iaict par le retonr des seigneurs de Mendosse et de Bouillay, qu il n estoit ny jaste ny à propos de fiaire perdre aux capitaines des chasteaux ny leurs appoinctemens ny ce qu'ils avoient avancé du leur à Tentretenement de leurs soldats; que cesterigueiur engendreroit Tandace de ne rendre les chasteaux que par la force, qui altereroit le cours de la paix , et qui cousteroit dix fois plus qa*il ne leur estoit dëu : de les remettre à aller chercher leur soulagement parmy les ireiiles sourdes de la cour , qu'il ne le leur tenseilleroit pas , ny ne Tempescheroit aussi, açacbant assez , comme dit Fltalien , Pasêaia
1m /Msj i gabbaio ii ionto,
Sudict jour , il escrivit à M. le connestable que depuis ti*ois jours plusieurs courriers estoient passés , portant nouvelles qu'on desesperoit de la vie du roy, et que s'il estoit linsi, ce que Dieu ne veuille jamais, qu'il estoit rcsolu,attendant plus certaines nouvelles, ie se resserrer dans les p'iccs, et en commander les gardes plus fortes et plus soi* gneuses que jamais , ne sçaclinnt que le nouveau roy en pourroit délibérer:, etdu(|uel, en tout événement , il faloit avoir nouveaux commandem^ns et fort amples descliarges ; qu'il craignoit tout d*im train que ceux qui