‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 46 sur 224 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

sa, lequel n^estoit de telle conséquence Tautre; suppliant , à ces fins , Sa Majesté envoyer autres compagnies françoises tinssent le Heu des italiennes, lesquelles, m arrivées à Parme, ne faisoient en tout t quatre à cinq cens hommes au lien de lie, i ce que le sieur de Fourquevanx aroit en la surintendence des finances monstres et des vivres à la IMBrandole luy H mandé. Sa Majesté , recognoissant lors , s trop tard , la faute qui avoit esté feicte r ce regard, solvant la prédiction du eschal , ordonna que sept des compas da Boulenois , du régiment du coronle ChastiUon , marcheroient en Piedmont ; la conduicte du capitaine Isvard , maisde camp ; et manda tout d*un train au eschal de tascher , lors qu^elles seroient iées, d^avoir quelque revanche de ce mase , sans f outesfois entrer pour encores en me ouverture de guerre.

\ veux icy représenter une difficulté qui iBt SUT la monstre de ces compagnies , qui roit esté commise , en tant qu'elle servit ois en un difTerend qui survint entre les r d'Andeloty coronnel gênerai (au lieu Ito frère ) de la fanterie en la pluspart du pDDe , et le comte de Brissac , fils aisné liareschal ; c*est qu^en faisant ladite mons- \h leur voulant donner le serment sous le mnel Bonnivet , ils me respondirent que «oit chose qu'ils ne pouvoient ny dévoient t, parce qu'ils Tavoient fait sous leur geil , et que , n'estans séparés de son obéisse, ny envoyés en Piedmont que par m, ils ne le pouvoient faire sous autre que SI by. Le mareschal ayant fait entendre Ih an roy, Sa Majesté trouva bon ce qu'aliène hkt les capitaines , et ordonna qu'ils iên)jent le serment que sous ledict d'Ande- Durant ces troubles de France , le comte Brissac , auquel M. le prince de Gondé it remis Testât de coronnel de Piedmont , eschange du gouvernement de Picardie son père luy remit , ledict comte estant elle en France avec tous les regimens de Imont, ne voulut desarborer l'enseigne Tic>)e ; ce que le sieur d'Andelot trouva i mauvais, et s'en plaignit au roy, disant

remis à la décision du conseil ; et estoient les choses pour apporter de grands ineonveniçns , si , de bonne fortune , ledict sieur comte , travaillé de cecy, n'eust eu recours h moy, qui luy racontay lors cesle histoire , et luy mis mesme es mains les lettres qui en avoieht esté escrites et parle roy et par M. le connestable mesmes. Ayant présenté cecy au conseil , il fiist ordonné que je serois appelle pour dire , comme je fis , ce qui en estoit. Et surquoy il fut dict que ledict comte et ses regimens, comme empruntés pour un temps seulement , arboreroîent l'enseigne blanche et feroient serment sous luy. Revenons maintenant à nos affaires.

Le mareschal , qui avoit ce ressentiment fort à cœur , ayant veu la disposition de Sa Majesté , retint prisonnier Tevesque d* Astorgue, espagnol, qui passoit lors par Thurin pour aller à Rome; ce que trouvant cestuy fort estrange, n'estant la paix rompue, il supplia qu'il luy fiist permis de depescher Tun de ses gens vers domp Ferrand. Gela 1uy fut accordé , et l'homme chargé des lettres du mareschal , par lesquelles il demandoit réparation de ceste cruelle exécution , ainsi practiquée contre ces pauvres Italiens ; donnant d'ailleurs advis à- domp Ferrand de la prochaine arrivée des sept compagnies du Boulenois, pour tenir le lieu des italiennes, à fin de luy ester de bonne heure la jalousie qu'il eust peu concevoir de l'arrivée de ces trouppes. Mais domp Ferrand , qui se doutoit bien qu'à la parfin on viendroit aux armes , fit peu de cas de la détention de Tevesque , et encor moins de la plainte , voulant couvrir la faute par certaine prohibition qu'il disoit avoir précédemment feicte , que nuls estrangers , gens de guerre ou autres , n'eusr sent à passer par les terres de son gouvernement sans particulier congé de luy ; et que , suivant cela, on avoit seulement chastié quelques voleurs qui battoient les grands chemins , et non des soldats venant de Piedmont; toutesfois quîl s'en enquerroit plus avant, son intention n'estant d'altérer la paix, aîns de l'observer de ^toutes parts. Voilà comme l'un pipa l'autre : ce n'est que galan-

, ..— „ j , tcrie pour les grands et crime pour les petits.

a appartenir à biy seul, Le dtferend fut 1 Et vous irez en paradis^ jnais ce sera à recn- I. 33

HÉMOIRES DE BOYTIN DfJ YILLARS.

Ions , si Dictt ne tous f Jict grâce et mUeri-

corde. D^aleguer dolu$ avi virius quii in hoth

r0^irai, ne sauvera ny les uns ny les autres.

La vérité estoit bien que ceste defence avoit esté foicte , mais ç'avoit esté au mesmç temps de 1 exécution ; de manière que ceste responce iit assez recognoistre le peu d'attente qu'il falloit avoir sur robservation de la paix de la part des Impériaux , puis que , n'estans eucor le9 armes appertement descouvertes d'une part ny d'autre , il ne s'estoyent peu tenir de donner ce sanguinaire coup d'essay de leur mauvaise volonté et voisinage , sur gens désarmés cbeminans de bonne foj sous la firai^ chise de la paix , qui ne fut man^esteioeE^ rompue de quatre mois après. Geste rpde piqueure , laquelle commença à mettre le feu k la poudre qui se battoit encores , mit toutes choses en telle jalousie , que dès lors chacun se mit plus avant que jamais sur sa garde et sur les pratiques.

Cependant le pape y lequel pepsoit , comine faisoit aussi l'empereur , luy estre loisible de faire et dire tout ce qu'il vouloï, et pouvoit tout ce qu'il desiroit , sa/ois que personne osast au contraire , trouva fort mau* -vaise la protection que le roy avoit entreprinse et de Parme et de la Mirandole , et là desfsus entre en altères avec messieurs les cardinal de Toiunon et de Termes , peu auparavant envoyé à Rome sous tilure et couverture d'ambassadeur, mais en eflect, conune j'ay dit, pour servir de chef à ceste guerre parmesane. Quoi que ce fust, ils furent contraincts , nonobstant toutes remonstrances et supplications à la descbarge de Sa Majesté , dfi se retirer de .Rome. Mais, ayant le pape im peu mieux pensé depuis à sa conscience et à la conséquence que ce fait tiroit après luy, et désirant aussi mettre le droict de son cM/if il dépescha Ascagne de La Corne, son neveu , vers Sa Majesté , pour destourner ceste protection en laquelle elle avoit lors appertement déclaré vouloir tenir les duc de Parme et comte de la Mirandole. Et à quoy faire il n'y eust pas eu grande difficulté, si le pape, mieux jugeant des affaires qu'il ne fçdsoit lors , eust luy-mesmes voulu quitter l'alliance do l'empereur, quil avoit autant hastivement

quoi peut -estre inconsidérément acceptée,

et laisser ea, paix le prince dç Famy de- la récente et violente auut de wi et 4^ la peirte de Plaisance par la i ceoK èsquels il devoit toutesfoig 9} de confiance ; et finalement estre jgï très-louable instrument de la paix qf guerre^ pour fuir laquelle S;i Maj« précédemment dissimulé beaucoup, faîcts et à elle et à ses aipis de ^ l'eaipereur, conune Sa Saincteté sçavi piaur les plaintes qui luy en avoîeni « tes ; et que la continuation en estait | avant , et avec tel mespris , que Ss^ n'en pouvoU plus différer le resseï; au moins sans faire une lourde bresc honneur , à sa réputation et aux aflain fie ses amis et alliés.

Estant Ascagnç dç La Corne arriyé GermaMi en Laye , o^ le roy estoit p<;i il fut fort gracieu^ment receu et esci Sa Majesté sur l'occasion d^ spn voya qud lêsdicts cardio^ de Tournon et 4fi l'ayoîent de boi^e heure advertte ^ < q^ de la dépesche et renvoy du4^ Corne dependoit la coq^tinuationop la de la paix , et qu'il falloit dopner V^ de Parme de se pourveoir des cbosef saires pour soustenir le siège, Sa piçactiqua» en lui faisant ses dég^fsi mesmes longueurs , deffaictes et reo^ les Impériaux luy avoient aprinses.

ment, ne le pouvant plus retenir, < remonstra que ce seroit trop offenser s deur et faillir au devoir d'un roy teà tien et premier fils de l'Eglise , si éU donnoit la deffence du comte de la Mir qui avoit beaucoup mérité de sa couro si d'ailleurs aussi elle ne secouroit le ( tave , lequel , en Textreme affliction <| apportoit celuy mesme duquel il devo rer le contraire , s'estoit jecté entre se mesmes ne pouvant estre ouy en just Sa Saincteté, laquelle en devoit estre verain distributeur , tant ses ennemis taires avoient et de puissance et d'41 envers elle ; et que la ruyne de se$ ! alliés ne pouvant estre sinon à la foii|| rabaissement de son honneur , elle H de nouveau Sa Saincteté , comme piM-l

mun pasteur des uos et d^ «utiwh

LITRE DEUXIÈME

li plusiosi lomr et approuver que c<Mi- ^ les saiflcie^ ioteaiions de Sa M^eslé Ht eadroU » et quitter de tous poiaett ^ de l'empereur , afio de se joindre à 1^; se souveuam que de tool temps redecesseurs u avoieui jamais rieu esparttoi pour soustenir la chresUenté contre {deies , que pour agrandir et deffendre Ki Siège ; et que par ainsi ils pourroient uec commune force el intelligence , tre e( empescher les. ambitions par trop les de ce prince espagnol , qui estoit si de gloire ^ de sang et de domination , le cesseroit jamais de remuer mesnage «overser la cbrestienté sens dessus deset mettre de main en main le pied sur ft à tous les princes dltalie « comme tiiit n'a gueres essayé de faire à ceux de loie. Que si Sa Saincteté n'y prenoit de près, elle-mesme ne sereit pas Me de ses violenfics , estant à croire que sreur o'tturok pas meilleure conscience lendroict, qu'il avoit jadis eu envers le Clément et tout le Saioot Siège , à la I de Rome , faicte par les siens en Tan , rayant fort longuement et indignement ipnsonnier pour en extorquer une grosse a:à la délivrante duquel encores a'eustus consenti, si les glorieuses victoires L ieduG de Nemours à Ravenne et ailleurs nsseot estonné. Gancluaion : que le pape eo main la coBlinuation de la paix , on rinmenceinetit de la guerre , et que ce i chose mieux séante , et plus digne de ibonoaireté de Sa Saincteté t de penser à mvrer Plaisance des mains de Tempereur, I afoii iAjttstèD^nt usurpée , que de don- DoBTelle affiictioii au due de Parme , qui ngeroJttousjoursà toutes conditions bon- Bs; protestant là dessus Sa Majesté^ qu'elle É, quant à elle , tant qu il lui seroit post d'en venir aux arnes ; mais si à la par* D lai dommît occasion de ce faire , elle rdt , avee Tayde de Diea , qui protège ours le bon droict, tel qu estoit le sien , ipporter une ^rieuse et favorable issue. le sommaire des responces que le roy riictdeLaCorBe, qui fust après licendé.

odaot Sa Msyesté ordonna au naareschal

par le Piedmont, il Tentretint et arrestast quelques jours , sous prétexte de le caresser et bonnorer , à fin d^essayer si le despit qu'il rapportoit des responces du roy , luy pourroit point foire vomir quelque chose qui peust servir à la direction des affaires s mais il n'y eut <»rdre de le retenir que deux 'jours seu« lement , sans qu*on sceust toutesfois jamais apprendre de luy que cela «mesme que son visage et sa contenance montroient assez , qui estoit une très-mauvaise disposition vers la France, dont il s'efforça depuis d'en faire sortir les effects , qui lui cousterent la vie , portant les armes contre le prince qui les luf avoit le premier mis en main. Il en arrive ainsi souvent à ceux qui , avec autant de le-* gereté que d'ingratitude , entreprennent cou-* tre leurs bien-faicteurs et contre ceux pour le service desquels ils devroient exposer jus^ ques à la dernière goutte de leur sang. '

Le quatriesme jour de juin année 1651 , la pape f n'estant demeuré satisfaict de la res^ ponce que le roy luy avoit faicte, dépescha Jean BapUste de Montée cardinal, et eesc Ascagiie de La Corne , ses neveux , pour avee ieé forces de l'Eglise assiéger la Mirandole, de laquelle il pensoit avoir meilleur marché qu'ï n'eust depuis, apprenant à ses dépens qu'il ne faut convertir le sacré patrimoine de l'ËgUse à usages profanes , qui n'y veut faire perte , eomme il fit voulant usurper oesie place dans laquetta , peu auparavant , Orace Pamaize « duc de Castres, et Termes, estoient entrés aveq bouie trouppe d'Italiens, et envfaron deux cens que gemiils-faommes , que soldats fran*« çois } lesquels , à la nouvelle de ee futur re* muement , estoient passés en Italie en babit desgoisé; parmi lesquels il y avoit des personnages de marque , les sieurs de Sansac ^ d'Andelot , de Cypierre , de Bellegdrde, baroH de Rabat , La Roche Posay , de Noailles , Fonr^ quevaux, comte deGajazze, Sainct Severia et autres.

Au mesme tonps les forces impériales , qui estoient respmihies es environs du Parmesan ^ vindrent tenir siège devant la ville , dans la* quelle il y avoit bon nombre de cavalerie commandée par le duc de Castres , qui avoit espousé la fille naturelle du roy , mariée de*

I passade quioeluy de La Corne feroit [ puis eu secondes nopces à l'aisné de la maison

Me

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

de Montmorency, et une belle trouppe de faoterie commandée par Strozzy . Chacun d'eux ne fit pas moindre devoir ou contenance de se bien deffendre que faisoient ceux de la Mirandole; laquelle estant tenue plus forte et mieux pourveue que Parme , Termes y alla faire un tour, laissant le souverain commandement de Tautre à Sansac , qui en fit fort bien son devoir.

^'estant mon intention de parler d'autre guerre que de celle du Piedmont , que j'ay veue, je me deporteray de traicter, si ce n est par incident , des belles factions et des ruses de guerre qui furent exécutées par les assièges, au dommage et des-honneur des assiegeans , qui apprindrent , par le succès du siège , que la valeur , la fidélité et la persévérance des hommes généreux, et non les murailles, sont celles qui rendent les places imprenables , mcsmes lorsqu'ils soustiennent une si juste querelle qu'estoit celle desdicts duc de Parme et comte de la Mirandole , à laquelle Dieu apporta sa secourable main, comme il fait tousjours aux guerres et à tous autres affaires qui sont appuyés et conduicts par justice et équité , et non pas selon la violence que Gesar disoit estre permise pour régner , et que le pape et Tempereur practiquoient lors ; car Tequité , à dire vray , sert de beaucoup pour disposer et maintenir la dévotion et la valeur des soldats, et des peuples aussi, quand elle leur est vivement imprimée , comme elle fut à ceux-cy.

, Pendant le siège de ces places , ayant le mareschal considéré que ce seroit bicn-tost à son tour à remuer les armes, et que les garnisons qui estoient par le Piedmont, au nombre d'envhron quatre mil hommes de pied et mil chevaux, avoient esté nourris sous une si longue paix , qu'ils en estoient devenus si lasches et si efféminés , que mal aisément s'en pourroit il bien servir au demeslemcnt de la guerre qui se preparoit , il ordonna pour les remettre un peu en haleine , qu'il sortiroit alternativement par chacun jour une bande de la garnison , qu'elle marcheroit armée de toutes pièces deux lieues loin , et relourneroit aussi en mcsme équipage ; commandant, sousgrosses peines , aux capitaines ne permettre qu'allans ou revcuan , aucun se reposast à l'ombre ou

baillast aucune de ses armes à porter, et mon trainast après luy ceste vénérable boutrill dont l'Italien et l'Espagnol font tant de n proches au François, et tontesfois àgni tort; car quand l'un ou l'antre d'eux peu?» boire oumanger aux despens d'antmy, ilsdoi neroient quinze et une chasse an plus grau gourmand qui soit en France. An commenoi ment les soldats trouvèrent la rigueur de oesi promenade d'assez dure digestion ; mais if estant peu à peu accoustumés, ils la prhidra depuis pour un joyeux et viril passe-temp

Or s'approchant le temps de faire les moi sons, ceux de Parme firent entendre qo*ilsi pourvoient pas si longuement tenir qu'esti l'intention du roy qu'ils fissent, si par qieh que remuement d'armes on ne tronvoitroofoi de faire si fort reculer l'ennemi , qu'ils p^ sent au moins faire partie de la cueiUeOri Quoy entendu, le roy commanda au wan^ chai de faire tout ce qu'il pourroit pour ip| porter ceste commodité aux assiégés, sari toutcsfois entrer pour encore en aucune <nmi verture de guerre. i

Pour parvenir à ce ponict , environ le di^ quisme juin, le mareschal dépeschalecofMJ nel Bonnivet avec deux mil hommes de pial et quatre cens chevaux, pour aller tenir fimi de camp à Poyrin, à huict mils de ThoriB»! quatre de Quiers et douze d'Ast ; et là Uêê telle contenance qu'elle peust apporter cnM| et jalousie à George Manriques et capittiMI Sallines qui commandoient lors à Quiers, 4 eux à en donner telle alarme à domp Fermer qu'elle causast interruption ou allegemeitit siège susdict.

Pareillement que là où il adviendroit, coffli^ le bruit couroit lors , que partie de h gxti* son de Quiers voulust aller en Ast , qu'oB*^ sayast de la mettre en pièces, passant sffl* jurisdiction du roy, comme il folloit qn'* fist , la longueur d'une lieue seulemen|,>^ d'avoir la revanche de ces pauvres ItaW qui avoient esté cassés en Piedmont et en*" lement massacrés au Milannois.

Ce petit camp séjourna six sepmainesàPoï* rin , sans tontesfois avoir peu apporter b^ version désirée. }^t par ainsi , s'augmeniant» nécessité des assiégés , le roy commanda * mareschal de proparer toutes choses le pl*

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