LIVRE DEUXIÈME
iBugeosement qu^il pourroit , pour don- (XHumencemenC à la guerre , et par quels hormeste prétexte , que Touverture en plosiost attribuée aux Impériaux qu'aux i^is; et que bien tost Sa Majesté Tassisoit de telles forces et moyens , qu*il auroit dBoy acquérir delà gloire et de Thonneur ilespeDS de ses ennemis.
oolant le mareschal satisfaire aux com- Jemens du roy , et donner nouvelle mad*altercation et de dispute à ses voisins, fop, sur le commencement de juillet, le ' de Terrîdcs, gouverneur de Pinerol, pitaine de gens-d'armes , fortifier Teglise tinct François à Barges , petite bourgade » le long de la montagne qui va de Pine- Ravel. Il y avoit à Barges un cbasteau par les Impériaux, ores que la ville apent au roy, dans lequel estoit une es- ) d'Espagne^. Si tost que la fortification ommencée, et que Brissac eut envoyé hommes pour la deffendre, domp Fran« te d*Est , qui commandoit à Milan en »€e de domp Ferrand , commença à s'en dre comme de chose entreprise an pree de la paix, et qui retranchoit la comlé des vivres à la garnison du cbasteau, japonvoit recouvrer ailleurs que dans Be. i quoi le mareschal respondit ; que , k dernier traicté de paix , il estoit per- )UaBt à l'empereur qu'au roy d'indiffe- Mot fortifier toutes sortes de places en joridiction , sans que l'un ou l'autre peust îiidre aucune' infraction de paix , laquelle stîluyil vouloit entretenir, sans Ten- DdK ny altérer en façon quelconque ; et i, qoaDt à la commodité des vivres , son iDiioD n'estoit pas d'empescher qu'ils n'en aseof prendre es terres impériales, puis l61Ioit que celles de la ville , qui estoit cm, fussent destinées pour la garnison louveau fort françois. Tant y a que les Iles et les contentions devindrent si aigres i ces deux petites garnisons , qu'elles com- %rent à s'entrefaire descouvertement la re « avans ceux du cbasteau commencé remiers à tirer quelques volées de couine contre le nouveau fort , dont ils tueon soldat et deux pionniers. De quoy le tcfaal/ qui vit les choses redoictes. au
poinct qu'il desîroît , "se plaignît incontinent à domp Francisque , demandant réparation de ceste main-mise\ et qu'au défaut d'icelle il s'en ressentiroit par les voyes qui luy estoient permises , sans toutes fois entendre d'apporter pour cela aucune interruption à la paix qu'il desiroit nourrir entre Leurs Majestés , pour le bien universel de la cbrestienté. Yoilà des courtoisies de la guerre.
Pendant ces disputes, le mareschal employoit soigneusement le temps à ihire tous les plus grands préparatifs de guerre qu'il pt)nvoit , afin de prévenir les desseins dé ses voisins , et donner perfection aux siens » sçachant assez que celuy qui sçait de bonne heure pourvoir aux affaires , donne moins de lieu aux inconveniens et surprises , mesmes en la guerre , de soy incertaine , et qui s* esbranle par peu de mouvement.
Ayant le maréchal mis en bon train tout ce qu'il jugeoit pouveoir servir à ceste nouvelle ouverture de guerre , il assembla tous les seigneurs du conseil pour en conférer avec eux, auxquels , à ces fins, il fit ceste remonstrance : « Tout ainsi que voussçavez, messieurs, combien il y a que nous travaillons unanimement tous pour nous préparer à la guerre, de mesme m'a il semblé aussi que c'estoit chose convenaible à la charge que j'ay de-<leçà, à la grande estime en laquelle meritoirement je vous tiens, et à l'amitié que je vous porte , de vous communiquer le commandement que j'ay maintenant receu du roy de la commancer, afin que nous advisions par ensemble comment et par quels moyens nous l'entreprendrons , et à départir aussi entre nous , comme frères et compagnons d'armes , les charges militaires. Par ainsi j'auray à vous ramentevoir à ce propos que la guerre est celle qui décide et qui traicte, non seulement delà personne du roy , de ses royaumes et estais , mais aussi de la nostre particulière et de celle de sessubjects , amis et confédérés ; et que partant il est nécessaire que chacun de nous pense^ dès ceste heure à si bien ordonner et disposer les forces, les moyens et toutes les parties du corps , de Tesprit et de la prudence, que par le bon commencement que nous donnerons à l'ouverture de ceste guerre , on en puisse dès fnaintenant augurer une plus glorieuse , et que là
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VlLLAllS.
où il adviendroit ( que Dieu ne veuille ) que les choses succédassent au contraire de nostre intention et prévoyance , au nioins la coulpe en soit plustost rapportée à la contrariété de fortune ( qui a beaucoup de part en telles affaires), que non pas à aucune faute , desordre ou inadvertance qui soit procédée de nostrc part ; nous souvenans tous que nous aurons le roy pour tcsrooin de nostre diligence , affection et vertu , et tant d'anciens seigneurs et capitaines pour spectateurs de nos actions généreuses et de nostre fidélité aussi. Ce sera donc maintenant à chacun de vous d'en dire , s'il luy plaist, fort librement son advis , afin qu'après les avoir bien digérés, hors toute passion , nous BOUS puissions renger à celuy qui sera trouvé le meilleur et le plus convenable au service et réputation de nostre niaistre , ne pouvant, quant à moy , puiser en mon seul esprit une si asseurée resolution que je voudrois , sur ce qui est à faire et exécuter parmy affaires de telle conséquence que seront ceux que nous aurons cy après à deroesler, et qui nous serviront de sauce pour aiguiser nos courages. » « Ces seigneurs du conseil , les principaux desquels estoient les sieurs coronnel de Bonnivet , du Yassé , lieutenant du roy au marquisat de Saluées ; président de Birague , Ludovic do Birague , gouverneur de Thivas ; Terridcs de Pinerol ; vicomte Gourdon de Saviglan , Cordes de Mondcvis , d*Ossun de Thurin, Monluc de Montcaliier, La Motte Gondrin de Villenoufve, Ligondez de Carîgnan , et Francisque Bernardin de Yimercat, surintendant des fortifications, tous remercièrent infiniement le mareschal de la bonne opinion qu'il avoitconceuë d'eux, Tasseurant qu'il n'y avoit celuy qui ne mist peine de la luy augmenter tousjours , par la dévotion et par l'obcyssance qu'ils apporteroiont et au service du roy et à ce qui seroit do son particulier; et là dessus ils firent de main en main toutes les propositions qu'ils jugèrent estre à propos pour autant utilement qulionorablemout commencer ceste gueiTe. Mais après plusieurs disputes , toutes les opinions furent reduictes à ces deux-cy Umt seulement, à sçavoir d'assaillir ou la ville deQuiers, ou bien celle d'Ast. Et pour autant que le maresclial inclinoit plus à celle de Quiers qu'à Tautrc,
il leur respondit qu'ils avolent cfaBcmi d'ei par leurs propositions, faict beaucoup de c monstrations de l'afTection et du bon juge» qu'ils avoient apporté en affaire de teHe o séquence qu'estoit question , et quUI voil bien aussi dire particulièrement soa advis, intention toutesfois de se renger toosjov ce qui se trouveroit et le plus advaiitageui le plus réussible , et qu'à ces fins il repri droit en peu de mots les principavx poil de leursdictes propositions. « Aocoos d'en vous, messieurs, dict le mareschal, tien que la ville d'Ast est plus riche que Qoie qu*elle est située en pals foisonnant eâ M sortes de biens , et prochaine de la dudri Milan et du Montfcrrat, apportant par cm quent la commodité de pouvoir, seloo lad position du temps , entreprendre et sir A et sur l'autre ; qu'elle est de l'ancien doMÉ de France , et qu'estant de grande garde, k forces qui sont dedans ne seront bastaiM faire teste do tous les costés par lesqnehM la pourrions assaillir; et finalement que oM prinse estendroit bien au loing la domiuM franvoise. Los autres qui panchent, coarii aussi fais-je, vers rcntroprise de Quiers, dinil qu'il commande à toute ceste fertile moÊÊi§â qui s'estend le long du Pau , depuis Uwué lierjusquesà Gosso, Castilion, Casai, Bii^ gon , Sainct llaphaël , Sainct ScbostinB 4 l^russac ; qu'il n'est qu à cinq mil de ThoriV trois de Montcallicr, six de Carignan, M de Carmagnoles, à six de \ille->eufve (TM et à dix de Chinas , places nostres; qs'i^ de gi*and garde, qu'il y a peu dege»* guerre dedans et le peuple afl'ectiomii i ^ France, et partant plus aisé à forcer ^ l'autre, et en mesme commodité quesçi** estre Ast pour entreprendre sur le Moutfa'* De ma partie je ne sçaui*ois nier que h p'''* d'Ast ne fust pour apporter un très-grt*'*' vantage aux affaires du roy ; si trouvc-je** tesfois que colle de Quiers ne rap|)orieraP* moindre , et d'ailleurs que Tentreprisce»** beaucoup plus aisée et plus réussible 1* celle de l'autre , tant pour los raisons jà ^ duitfcs, que pour ceiles-cy encores; àsça'* que Quiers n'a qu'une petite rotiuetteqni*'* tousjours renversée avec deux cens vol逻* canon ; que par le contraire Ast a 010 ^
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le, un bon chasteatl éï ufie Irôqnetie : toutes ^telles , quand bieri fal ville serait prinse , lest encore dki temps et de là force pluft todeque n'est la nostre ponr les emporter; BCtque les Impériaux , qui tiennent Âlexaniei dotize mils de là » lès peuvent plus aiségn plus seur^ment renforcer et secourir, t ne sçanroyent faire Qiliers. Il y a eh- » ia Hvtère de Tanarre , grosse et împése y qui passe le long des muraHIes , èo ) quil fandroit deux camps pour Fen* e , lesquels nfe se pourroient entre-secouuiYatitre ; et i peine avons nous de qooy tfl^e la moitié d'un seulement. D'aBlenrs I place est tant eâloignée de nous, que I ne saariitois entre()rendre de l'emporter snrprinse comme nous pouvons iaire ffs i leqo^ est eolntbè à iiostrè porte , de n qn^lMi sTy peut commodément rendre en I heures , là ob à Tautre il fiiudroit bien ( jours entiers pour une armée assistée aelque péH d'artillerie : tei^me qiii né seroit trcfp suffisant pour advértir nos voisins , !ar donner le moyen de se mettre à coude si fbible force que la nOstre ; on d'entendre de la combattre sur l'embarrassé- A d'une batterie. Quieri , pÉt le contraire , ito j'ai âict , est au mBieu de toutes lio^ ces , et en tèlte assiette , que , si nos enne^ Paioient ttte fois potirveu de forces suf- «es, ee leur seroit tnh très-c6mniode iftan mililsA^e pôtk tenir toutes nosdictès ts en perpefiielle èraitttë et |a]6usie , pour hqoeHe les dèlfendi^e il faudroit ordinaihbA tenir thrgt-einq on trente^ enseignes peées dMs icelté^. Là ott lè jfifenant, mne feqfiere en Dîeii <fae nous této'ûs, nous ftm IM seulement desekargés de cèsté l^jéclioa, mais d'avantage Thm^in, Mont- Epr et QHrigtatit poui^ont par après estre tes sans gafréison ; avec ce que tout le pais dés environs denneurera auïsf coul de tout ravage et inconvénient de guerre. is notterez aussi , s'il vous plaist , que la! stion de Qmers est telle , que mal-aisét «roit-it forcé si une fois nos Voisins lent pi^esidié de forces èonvenables ;* X que , quaâd il pleut tant soilf peu, on [>ent faire nki pSis sans enfèndrer en l'eau ttltf ftttgtt jtt^ «U MBglOtf i» ^
bours', quand il ne plent point, Il faut aller quérir l'eau à deux lieues de là , estant le pays destitué de ruisseaux et de fontaines. Pour conclusion , messieurs , je treuve , quant à moy , l'entreprise de Quiers si réussible au regard dé celle d'Ast , que je délibère , avec vostre advis et assistance , d'ouvrir la guerre par ce costé-là , estpnt tousjours , comme vous âçavei , beaucoup plus à propos d'embrasàer peu et le bien conserver , que le beaucoup en danger de le perdre après avec dommage et des-honneur infini ; chose qui est , en un commencement d'affaires, de merveilleuse^ conséquence. >'
Geste resolution fut appreuvée et grandetnent recommandée par tous les seigneurs drf conseil ; et par ainsi le marèschal délibéra d'essayer l'enireprinse de Quiers par deut divers moyens , l'un par snrprinse qui se devoit faire de nuict , avec des eschelles qîtf seroient plantées en deux différons endroict^ dé la muraille qu'on avoit recognus fort batf èi apprôcliables ; et l'autre par la force , né succédant la surprinse. Pareillement il deK^ bera de mettre en mesme temps la main à diverses autres entreprinses qu'il avoit dres • sées contre Tennenry , pom^ d'autant pins Paffoiblfr et estdnner , avec espérance que si Isr fortune lui contrarioit d'un costé , qu'elle luy seroit au moins favorable de l'autre. Pour S quoy parvenir , il ordonna à M. de Yassé ; gouveriieur du marquisat de Saluées et capitaine de cinquante hommes, d'aller donner une escalade à Saînct Damian, petite viflè située à huict mils d'Ast , appartenant au ducr de Mantoue , qui n'estoit lors gardée que par les habitans , la pluspart gens de labeur , et par un assez bon chasteau dans lequel il y avoit quinze ou seize soldats tant seulement.
Pareillement il ordonna à Gordes , gouverneur de Mondevis, d'entreprendre le semblable sur Gairas , ayant aussi un assez bon chastean : la garnison estoit de sept à huict cens hommes, sans ceux de la ville, gens aguerris et affectionnés au parti impérial. Pour à quoy mieux parvenir fut commandé au vicomte de GourdoU , gouverneur de Savighn , de se rendre avec tout ce qn'il pour* roit commodément tirer hors sa place , au piedf de la* munâle de C^asv M ibesmç instant
que feroient Gordes et le comte de Beync , pour , selon ce qu'ils auroient précédemment délibéré par ensemble , donner tous deux en un mesme temps , et néantmoins par divers endroits, afin de plus estonner Tennemy, comme ont accoustumé de faire semblables nocturnes et inespérées surprinses; mais sur tout de bien poiser et considérer auparavant la possibilité du iaict, pour le^mieux et dili- {gemment exécuter à Tadvantage du service du roy, et à leur gloire particulière, afin de n'encourir la honte ny le repentir , qui n'estoient jamais receus à la guerre pour monnoye de bon aloy.
^ Estant toutes'choses nécessaires pour parvenir à une honnorable ouverture de guerre mises en bon train, le troisiesme jour de septembre 1551 , voulant le mareschal exécuter Tentreprise de Quiers cy-devant arrestée , il fit, sur les cinq heures du soir, sortir six cens hommes de Thurin , conduicts pas Ossun qui en estoit gouverneur ; trois cens de Montcallier , par Montluc , maistre de camp ; quatre cens de Ville-Neufve d'Ast , par La Motte Gondrin ; cinq cens de Cbivas , par Carie de Birague , et autres six cens de divers endroits : le tout assisté d'environ trois cens , que hommes d'armes, que chevaux légers, conduicts par de Pavan et Francisque Bernardin de Vimercat. Tous ces capitaines avuient commandedément de se rendre avec leurs troupes, environ la minuict, sur le bord du fossé de Quiers, portant chacun une chemise sur leurs armes pour s entrerecognoislrc , et d'obéir aux coninianderaens de Bonnivet , qu il avoit instruit de son intention.
Le président Birague , qui estoit commissaire gênerai des vivres, et qui n avoit pas moindre cognoissance de la guerre que des lettres, s'estoit chargé de faire conduire, avec la trouppe qui partoit de Thurin , douze fortes eschelles , chacune composée de deux pièces qui se rejoignoicnt cl remboittoient par le milieu avec deux mortaises de fer, ayans aux bouts d'en bas deux grosses poinctes de fer, et à chacun de ceux d en haut une roue coulisse doublée de drap par le tranchant, pour la faire plus doucement et sans bruict glisser contre la muraille, avec un croc au bout pourries airermii\ Ces eschelles
furent départies à chacune de ces quati trouppes arrivans au rendez-vous, fors ni que retmdrent Montbazin , La Rivière et o pitaine Loup, lesquels conduisoient envin soixante gentils-hommes volontaires de maison du mareschal , ou qui Tavoient sur par honneur et amitié. Ce petit camp voh fut soudain suivy de dix pièces d'artiUa conduictes par les capitaines Duno et La Q que, qui estoient commissaires de Tartilleri à fin que , ne succédant la surprise , on pei recourir à la force , faisant , comme on di marcher le renard et le lyon tout ensemU
Combien que, le jomr précèdent ce parti ment, on eust faict tenir les portes des viH fermées et mis gens sur les passages poi empescher que les ennemis n'eussent nci velles de ce nouveau remuement, si eA< que les choses ne peurent estre maniées an tant de silence que ceux de Quiers n'en est sent le vent et la crainte ; de manière qu'a lieu de les trouver endormis , comme on es peroit, on les trouva en armes, et par aii il falut avoir recours au droict canon , )eqiM presque tousjours a accoustumé de s'en bk à croire.
Le lendemain l'artillerie fut plantée d costé de la rocquette , contre laquelle fva tirés huict ou neuf cens coups de canon f faisoient peu d'effect, estant cest endroict! (à ce qui fust recogneu depuis) l'un despii forts de la ville , esunt toute bastie de h ques , plus propre à soustenir les foudres c canon que la taille. Ceux de dedans firent i commencement assez bonne contenance , to tesfois le grand nombre de trompettes qu'< faisoit continuellement taratantarer es em rons des murailles , avec l'effroyable brd d'une multitude de tabourins expresseme portés , et la bonne contenance des chefs des soldats , qui ne leur donnoient ni noi ni jour relasche aucun , leur fit enfin estim nos forces beaucoup plus grandes qu'ell n'estoient pas. D'ailleurs , considerans qa*€ tant l'armée , de laquelle ils pouvoient esp rer un prochain secours , engagée à Par» ils pourroient recevoir peu d'honneur et mi dre profit d'une mal fondée obstination , i résolurent de rendre la place ; et pour i faire , le troisiesme jour du siège , sur Je n