LIVRE TROISIÈME
il y avoit an moulin sur ce ruisseau , à Dte pas de la ville , près duquel il faloit •aircment passer , et dans lequel il y deux chiens qui ne cessoient de crier ppir au moindre bruit qu'ils sentoient ; entlnelle lors à demander : Qui va là? oit-il impossible de conduire destroupos passer joig^nant ce moulin. Là dessus DJs en avant de gagner le musnier; par f argent ; mais le mareschal estima que, ir crainte ou pour avoir double salaire , advertiroit les ennemis, comme font irs gens de basse estofle , qui ne pe- I quen ce qui est présent; et que par
I valoit mieux de députer quatre reso- Idais avec armes couvertes, et demy r de bled sur les espaules, pour ^voir Ict entrée au moulin , comme gens qui aient moudre ; que lors les deux enten-
II à depescher le musnier s'il ne vouloit re , et les deux autres , Tun à garder la , et Tautre à donner de la chair aux ) pour les faire taire , et plus aisément er anssi.
icao ayant trouvé bon cest expédient , ireschal appella les^ seigneurs de La (Gondrin et Francisque Bernardin , Tun I et Tautre froid , auxquels il conununi- 'eotreprinse presens lesdicts deux capi- {, et leur donna charge de Taller exeavec huict cens hommes choisis et trois :lievaux qu'il leur bailla , avec promesse rendre vers eux avec quatre mil hommes iix coulevrines pour battre un chasteau V avoit dans la ville , si Dieu favorisoit tttiloD de Tentreprinse. Ces seigneurs , ssde prudence et de courage , marchele plus secreltement et le plus diligemt qu'ils purent à Tentreprinse : arrivans à ( pas du moulin , ils envoyèrent quatre is choisis , bien embouchés et chargés de pour amuser le musnier. Mais il advint •iiose estrange et fatale , c'est qu'en ars ceux-cy tout coyement vers le moulin prester Toreille à ce qui s'y faisoit , ils Dt qae le musnier , devisant avec sa le , luy dict en son langage : Iddio non mai cheqt^esiibuoni Francesi ci vengkino rar da coieiti marrani! Les soldats ainsi lises prennent cecy à bon présage. Le
premier se présenta , qui cstoit piedmontois , et luy dist en entrant : Compar mio , l'ora
che tu desideri è venuta , e di farti rieco ati^ cora. Pendant ces^^ropos les autres trois entrent aussi les armes au poing , avec lesquels il s'accorda soudain , ou par crainte , ou sous la promesse qu'ils lui firent de cent escus : lés chiens là dessus sont prins et enfermés , et Tun des compagnons envoyé vers les trouppes pour annoncer le favorable présage , et l'asseurance où ils avoient mis le moulin. Là dessus , garnies de leurs eschelles , elles s'advancent , Syrte menant la première trouppe .sous le commandement de La Motte Gondrin, et l'autre , Yenture d'Urbin , sous Francisque Bernardin.
Les premiers , qui estoient le sergent majeur Castres , capitaine Berrac et sa trouppe, montent et entrent les premiers, et de mesme suite Gondrin et toute sa trouppe , qui alla droit ail corps de garde qui fut rompu , et avec les pieds de chèvre les portes ouvertes et pont-levis abatu. La trouppe de dehors entra soudain avec huict ou dix trompettes et autant de tabourins expressément menés , qui commencèrent un tintamarre tel que si toute l'armée y eust esté. Cependant nos gens, combatans et abattans tout ce qui se trouvoit devant eux , allèrent gaigner la place , ou le gouverneur Baptiste Fornar, genevois, se présenta avec cent ou six vingts hommes, qui furent repoussés , et luy chargé par Castres d'un tel coup d'espée qu'il luy abattit le nez et le fit son prisonnier. Il y avoit plus de huict cens hommes en garnison dans la place , qui prindrent si fort l'espouvante , qu'ils se mi* rent à fuir vers la porte qui va aux Langues, qu'ils ouvrirent, et sortirent enseigne desployée : ayans faict cinquante pas , ets'estans un peu recogneus , ils eurent honte de leur lascheté , et se mirent à vouloir regaigner la porte qu'ils avoient abandonnée; mai^ nos gens l'avoient desja gaignée et fermée , pour entendre au chasteau et envoyer advertir le mareschal de l'exécution. Le messager le rencontra desja entre la Monta et Caval , avec trois mil hommes et quatre, cens chevaux et deux coulevrines. En ayant remercié Dieu , il depescba Bonnivet avec quatre cens des plus dispos soldats et chevaux , pour aller
soustcnir les nostres et serrer le cbasteau pendant qu'il marcheroit avec rartîUerie.
La nuict ayant surprins ceste armée volante près Gavai , la lune toutesfois cstantfort claire, il envoya coureurs de tous costés pour prendre langue. L'un des conducicurs , qui estoit le viconte Gourdon , luy revint* sur les bras , portant nouvelles que les ennemis n'estoient pas loin , etqu il falloit regarder quelles gens iious avions. Le maresclial , se sousriant , luy respondit : « Il y en a autant qu'il en faut pour les battre , mettez vous en vostre rang et me laissez faire. » Geste soudaine et gentille responce donna tant de courage et d'allégresse à la trouppe pour diligemment marcher et aider l'artillerie , qu^elle arriva environ mtdy en Albe , lors que le cbasteau capituloit desjà. Le maresclial , Bonnivct et les plus apparens seigneurs , firent un tour par la ville pour asseurer les habitans, et de là ils furent conduits à l'église pour chanter le Te Deum , suyvis des plus apparens de la ville , et des soldats avec leurs armes.
' Le lendemain tout le corps de la ville vint rendre grâces au maresclial de ce que nul n'avoit esté saccagé ny femme violée en un si soudain et nocturne demeslement d'armes , offrans leurs vies et biens pour le service du roy , à la Majesté duquel ils jurèrent fidélité.
Deux jours après , le mareschal ordonna qu'ils donneroient une paye aux huict cens soldats premiers entrés, et trois cens escus pour homme aux capitaines Syrie et d'Urbin , i U charge que leurs privilèges seroient confirmés ; leur remonstrant que , combien que h loy militaire portast qu'en toutes places prinsa de nuict par armée ^ comme ils*avoientesté, donnoit la personne et les biens au victorieux, que le roy neanimoins , usant de sa bonté nativelle , leur en faisoit grâce , afin qu'As apprinssent à aimer et à servir Sa Majesté , comme ils firent depuis.
Au mesme instant que les ennemis faisoiot les feux de joye de la prinse de Sainct Martin , force leur fut de chanter le Requiem et la perte d'Albe , faite le lendemain de ceDe de Sainct Martin ; la fortune nous apprenaC par là combien d'auctorité elle se reserve sv la guerre et sur les choses humaines , et principalement que c'est ce bon Dieu qui prospère les armes de ceux qui , parmy leur proprt fureur, sçavcot doucement et clu*estienneDiaC user de la victoire , comme faisoit le mareschal, lequel je ne vey jamais s*eslever nonplos par les victoires que contrister par les desastres, estimant que Dieu donnoit l'on pir grâce , et l'autre par correction. ^^