LIVRE QUATRIÈME. m
très , et par ensemble venir à la coste de Na«pies ou au Siennois, s^il se trouve plus à propos pour le bien des affaires et dommage des ennemis ; ayant ledict Dragut bey exprès^ commandement de se conduire en cela selon ce que vous adviserez pour le mieux. D'hvantage, le roy d'Algier s'apprestoît pour venir à Marseille avec quarante voiles , andevant duquel on a envoyé deux dès noslres pour le faire tourner bride drôictli là coste d^Espagne , à fin' d'empescher que celles qui y ont porté le duc d' Albe n'en puissent paÂîr pour se venir joindre avec celles de Geîinés, .et outre ce pour courre iadicte coste et fiaûrd tous les dommages qu1l pourra ; vous adVH sant qu'il n'est nulles nouvelles que l'empereur fiice lever un seul homme en Allemagite pour passer à Milan. - .•
» Au moyen de quoy ledict domp Ferrand ( à ce qui a esté mandé de Venise par Fàihbassadeur, qui dlct le sçavoir de bon liéû) n'a délibéré sinon de garder les places pto importantes et vous quitter la campagne.
V Pour lequel effect encores a-il faute de quatre ou cinq mil hommes, et n'en peut avoir d'autres que ceux du pais , pour la levée et payement desquels , ensemble de ses aà* très forces , il est contrainct foire de si gran* des et si extraordinaires exactions, que le peuple en est à demi désespéré.
» Et à fin que par faute d'argent Texeca-» tion de vostre entreprinse ne puisse estre re« tardée, on a ordonné vous en estre envoyé « ensemble le payement des deux bandes de Suisses nouvellement levées depuis le seps tiesme de may , avec la creue des bandes de lansquenets jusques au nombre de trois cens chacune , si tant il s'en trouve à là procbàibe monstre, pourveu qu'ils soyent vrais lans* quenets ; à quoy vous ferez prendre garde.
» Le roy est très-aise de ce qu'avez trouvé lesdictes bandes si belles et les chefs de si bonne volonté que m'escrivez.
» Et quant aux canoniers , poudres et botdlets , et autres munitions d'artillerie que de* mandez pour les places, au lieu de ce que vous en tirerez pour la campagne , on donnera ordre qu'il vous en sera envoyé le plustost que faire se pourra. Et cependant vous
j , pour se venir joindre avec les nos- 1 vous pourrez servir de ce que vous aurez ,
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
pour tenir (ousjours les aflaires en bon estât, et garder que Tennemi ne puisse rien entreprendre à nostre desadvantage.
» Au surplus , les ennemis se trouvent si empescbés devant Therouenne, quils n*ont pas grande espérance d*y entrer , et tiennent propos de se lever pour assaillir quelque autre place : ce qu'on ne peut croire , véu que Tempereur est si extrêmement malade qu'on ne luy espère vie, et encores y a advertissement , tant d'Angleterre que de trois ou quatre autres lieux, qu*il est mort; qui éiict d'autant plus diiigenter l'assemblée du roy , de façon qu'on espère l'avoir preste au commencement du mois prochain. Laquelle sera de quatorze mil François , douze mil Suisses et dix ou onze mil lansquenets , dix huict cens hommes d'armes , deux mil quatre cens chevaux légers , douze cens arquebusiers à cheval , ma cornette , les deux cens gentils-hommes de la maison , quatre cens arcbiers de la garde , et un bon nombre de gentils -hommes des arrierebans : qui est bien pour faire cognoistre à chacun qu'il n'y a pas grande paix et amitié entre Tempereur et nous , quelque bruit qu'en aye faict courir la venue des deux légats, ainsi que le sieur de Vassé, que je vous ay renvoyé, vous pourra dire plus au long.
j » Je vous ay pareillement renvoyé les sieurs de Ghavjgny et Lamotte Gondrin ; et si tost que le sieur de Bonnivet sera guery il s'en retournera,' pareillement le baron de Tberrides et de Ligondez , si jà ils ne sont en chemin. ^* » Quant à TAllemagne , les troubles et divisions y sont plus grands qu'ils ne furent oncques , et ne sont pas pour s'appaiser par la mort dudict empereur , mais ; croistront d'autant plus que la jalousie sera grande entre le prince d'Espagne et le roy des Romains pour le tiltre d'empereur désiré par chacun d'eux, et les (luerelles qui pourront sourdre entre eux pour raison de leurs patrimoniaux. Le roy d'Angleterre a esté fort malade , mais maintenant il s'en va du tout gucry , et sommes si .bien ensemble qu il ne seroit possible de mieux.
, » Au reste , vous sçavcz comme , estant dernièrement à Paris , un . nommé Serillac , frère de l'enseigne de Sipierre^ tua sur le soir
LiooSJ
près la porte du logis du roy un des captiainés appoinctésdeM. l'admirai, nommé Pierre Moreau , le plus mescbamment et mal-heureusement qu'il est possible : dequoy Sa Majesté désire punition exemplaire estrefùcte; pour quelle cause il s'est retiré en Piedmont Je désire, sur tant qu'avez envie de luy foire service , de mettre peine de faire faire le guet secrettement, et de sorte que le puissiez foire prendre s'il est possible. Advertisset moy de ce que vous en aurez faict. De Fontainebleau , le 2» jour de juing 1553. Beiikt. Et plus bas , Clausse. »
n Ce matin, quatorziesme jour de juing an* née 1553 , un homme venant du camp de l'empereur estant devant Therouenne, en* voyé devers le roy par monseigneur le duc de Vendosme , a asscuré le dict seigneur que lundy dernier , quatorziesme de ce dict mois, il veit donner i'assault à ladicte ville par les Espagnols, Allemans et artisans , fort furieusement par divers endroicts; mais qu'ils forent si bien et vaillamment repoussés par oen de dedans , qu'ils y perdirent de mil à douze cens hommes , sans les blessés qui sont ea grand nombre : et dura ledict assault depuis les entre sept et huict du matin jusques sur les unze heures. Depuis environ le midyles* dicts de dedans brusierent un pont qu'iceox ennemis avoient iaict , où entre autres Ait tué le lieutenant d'Aire , qui avoit faict taire ledict pont. Et s'estime que, quelques mines et bravades qu'ils facent, ils ne donneront autre assault , tant pour la perte qu'ils ont jà faicte des plus vajllans d'entre eux, que pour n'avoir plus de poudres, ayant tiré plus de quinze cens coups , que de canons , que doubles canons, depuis qu'ils sont devant ladicte ville. »
Le roy donna advis au mareschal comme les choses estoient passées à Therouenne, et le bon et grand devoir qu'y ont faict les geos de bien qui estoient dedans ; depuis cela qne le duc de Bouillon luy avoit envoyé le déchiffrement d'une lettre que Montmorancy luy avoit escripte du seiziesme de ce mois, dont la coppie sera avec la présente , i fin que vous voyez en quelle nécessité il se tronvoit lors d'hommes , de chirurgiens , drogoes et autres choses > et ce qu'il en mandoit an