‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 75 sur 224 · MM · texte numérisé non relu

MM

MÉMOIRES 1)E BOYYIN DU VILLARS

gnant eux en continuant le long de la courtine jusques à ladicte platte forme. Ledit assaut commença environ les six heures du matin, et dura jusques à dix heures avant midy , combatans la plus part du temps main à main, et si vaillamment de la part de ceux de la ville , qu ils repoussèrent tous lesdicts assaujls. Il est vray qu'il s'y est faict perte des sieurs de Dessay, de Pieuves et de Beau* disné , et des capitaines Ferrieres , Cordier et Mechin , qui y ont esté tués avec de deux cens cinquante à trois cens hommes des nostrès , que blessés , que morts. De la part des ennemis sont morts , de ce qui est des-jà venu à nostre connoissance , le capitaine Blondeau, ayant charge de deux enseignes , et grandement estimé ; le lieutenant d'Aire et son fils , qui estoientceux qui conduisoient tout le faict de leurs mines; le fils du sieur de Doulphan, que l'empereur avoit nourry ; le capitaine Emault; le capitaine de Renty blessé au bras d'un arquebusade , en danger de mort , avec beaucoup d'autres dont les noms se sçauront les uns après les autres , et environ trois mil de leurs meilleurs soldats , que morts , que blessés à l'extrémité, dont desjà ont estes recogneus jusques à douze cens hommes dedans le fossé, la pluspart Espagnols, qui n estoient des pires comme l'on peut penser.

» Par les nouvelles que le roy a eues de dedans ladicte ville depuis ledict assaut donné, M. de Montmorancy a assemblé tous les capitaines et gens de bien estansen ladicte place, comme le sieur de Losses , de Fumel , ^e Contay, La Chappelle des Veufves,Warty, Renty, et bon et grand nombre de braves capitaines et bons soldats, pour adviser à ce qui estoit à faire pour le bien du service du roy et la seureté et deflense de ladicte place : mais tous luy ont promis de mourir à ses pieds plustost qu'il ne rende bon compte au roy de ladicte place. »

Le seiziesme juillet , le roy estant à Cornpiegne despescha un courrier exprès au mareschal pour l'advertir que le roy d'Angleterre , son bon fils et frère , estoit décodé le sixiesme dudit mois , au grand et extrême regret et ennuy de tous les eslats de son royaume, pour eslre à ce jeune prince d'une grande espérance et expectation , et dont Sa

Majesté estoit très>dolente et marrie, pour h bonne et parfaicte amitié que naturellement il luy portoit , et dont pour Tadvenir elle se fust très-bien sceu accommoder au bien, proffit et utilité de ses affaires. Toutefois , Dien avoit voulu encores tant faire pour elle, qoe la couronne et le sceptre dudict royaume eitoient tombés en si bonne main , qu'elle atvoit recouvert ce que par la mort elle avoit perds; car la fille du duc de Suffolc , que le secoîd fils du duc de Northomberland a espooséé , avoit esté , dès le vivant dudict feu roy et sv l'extrémité de ses jours , declairée royne, ci, depuis sa mort, receue et proclamée telk, ayant esté des-jà la possession prinse pour elle de la grosse tour de Londres et desaotm principalles forteresses du ropume; mesmes estoit après à faire les préparatifs et lescoii-

mencemens des cérémonies du couronnemeiC

d'elle et son mary ; dont, à son advis, Yempereur seroit désespéré et le plusmarryqal fut onques, voyant que les grandes menées él practiques qu'il faisoit faire pour madaow Marie sa cousine, fille aisnée du feu roy Henry, n'avoient point eu de lien, mais qu'elle estait demeurée privée de la succession de la couronne d'Angleterre ; ayant les ambassadeurs de la part dudict empereur mis en avait audicr duc de Northomberland , qui est le principal du conseil d'Angleterre , le mariage de ladicte dame Marie avec le fils aîsaé dodict duc , en répudiant par luy la femme qi*îl a pieça espouséc , fille du feu duc de Saatmerset qui fut protecteur d'Angleterre; peih sant par un tel moyen rompre ou empeste les choses des-jà ainsi conclues et accordées, et par conséquent brouiller et divertir la boue intelligence qu'ils sçavent que les principaux seigneurs du conseil d'Angleterre ont avec Sa Majesté pour tenir leur nouvelle royne et k roy son mary entièrement disposés à sa dévotion avec une estroitie alliance et parfeicte union ; s'asseurans bien qu'elle ne leur finidroit d*amitié ne de tout ce qui est en sa puissance là où ils en auront besoing. Ladicte dame Marie , voyant ces troubles , s'est absentée pour passer, si elle peut, en Flandres devers ledict empereur son cousin. Qui est tout ce qu'il y avoit de nouveau pour ceste heure , sinon que Sa Majesté estoit tous les

aj LIVBE QUATRIÈME.

s après dresser son armée , laquelle sera I tost assemblée et voisine de celle des ms, qui n ont point encores fait de bat- } au cbasteau de Hesdyn , mais sont après if€ leurs tranchées; et ce pendant nos ide dedans à coups de canon, par les ies qu'ils ont laites , les ont bien visités et HDDiagés. Vous avez veu ce que je vous (cril par La Mole , que je yous ay depes- I mon parlement de Ghantilli. Priant Dieu, cousin, qu*il vous ait en sa très-saincte et î garde. Escrit à Compiegne, le dix sep- £ jour de juillet 1553. Henrt , et plus

DUTOIER.

i 20 juillet 1553 le roy manda au maresfuH estoit venu d* Allemagne homme ex* ]Qi luy avoit apporté nouvelles certaines le , le 9 dudict mois , en certain lieu de Khé de Munde , entre les pays de Hesse Brimsoich , les forces du duc Maurice ne et du marquis Albert de Brandebourg Bireocontrées, ayant ledict duc Mande sa part quatre -vingts enseignes de de pieds 9 estimées à vingt mil hommes i mil chevaux, et ledict marquis seme nombre de gens de pied et six mil Msde cheval; lequel avec son armée a Malet et rompu par ledict duc Maurice, SB a emporté pour triomphe trente ou uie enseignes avec luy , et a envoyé le I de Hedecq , son lieutenant gênerai , iceox qui se sont voulu sauver, lesquels I sçuit si ledict marquis aura suivis ou a demenré entre les morts , ayant esté ND cheval CQurant par le camp avec un » pistolets qu'il avoit à Tarçon et son teaa qu'il ponoil lors qu'il entra en ba- !; car rempereur avoit entièrement fondé sperance sur ledict marquis et sa force rainer ledict duc Maurice et les autres es et potentats germains qu'il esiimoit à Hitraires, afin qu'iceluy marquis, saisi irsdespouilles, s'en vint après jetter en ue endroict de France qu'il verroit le i propos pour courir sus au roy, ce peu- ]ue lempereur tient ses forces sur fronde Picardie, faignant d'y vouloir appelles du roy, qui en seront bien tost voil*année deâaJtfsyesté s'en allant preste ;

et dès le vcndredy M. le connestable dcvoi| partir pour gaigner le devant , à fin de don:: ner ordre à toutes choses qu'il verra estre requises et nécessaires auparavant. Depuis cela par cestc victoire le duc Maurice ne jure que par la foy qu'il veut doresnavant porter au roy ^ de manière que l'empereur se trouve à présent bien esloigné de reffect de ses principaux desseins. Escript à Compiegne le vingtiesme jour de juillet 1553. Henry. Puthieb.

Le 21 juillet 4553, le roy manda au mar reschal que , le jour précédant les nouvelles qu'il lui avoit envoyées d'Allemagne sur la deffaicte du marquis Albert , il fust adverty de la prinse de Hesdin faicte par les ennemis, lesquels, après leurs grandes batteries et as-* saux donnés, au dernier desquels le duc Eo-f race'avoit esté tué , et dont Sa Majesté portoit tel regret et ennuy qu'il pouvoit penser < ores qu'ils eussent perdu un grand nombre de leurs gens et des meilleurs qu'ils eussent , et quelrques uns de leurs capitaines , estoient venus aux mines et à la sappe, lesquelles iisavoient tellement continuées sans aucun intervalle de temps , qu'à la fin ils avoient faict tomber la pluspart des remparts de la place, de sorte que ceux de dedans s'estoient trouvés découverts jusques au n^ilieu de ladicte place , qyj est petite , et eux contraincts de parlementer et se rendre , estans les ducs de BouiUpn et comte de Villars faicts prisonniers avec quelques autres ; et encores qu'il y ait peu de perte de gens , si est-ce qu'il sont beaucoup plus à plaindre que la mesme place , pour la garde de laquelle y alloit plus de réputation que d'importance et utilité dont l'on pensoit qu elle fust : que , voyant cela, elle avoit fait incontinent partir le connestable pour aller devant donner ordre au faict de l'armée qui s'en alloit toute preste , et où Sa Majesté esperoit se trouver bientost , et prendre la revanche à son tour de ce que Ton a faict sur elle , en sorte que l'ennemi trouvera ( si Dieu plaist) n'y avoir pas grand advantage. Du 21 juillet 4553.

L'importance de la ville d'Albe , le gouvernement de laquelle fut donné au sieur de Lyoux , frère de Montluc , maistre de camp , donna occasion à monseigneur le mareschal

MÉMOIRES DE BOY VIN DU VILLARS

de croire que l'empereur feroit tous ses efforts pour la recouvrer , et que par ainsi il la falloit tellement fortifier au dedans par grandes tranchées et traverses , et au dehors par nouveaux bastions , mesmes estant commandée comme elle est par un costeau qui est tout joignant , et la pourvoir aussi de telle quantité de vivres et de soldats , qu'elle peust attendre un long siège et une furieuse batterie. La charge de tout cccy , et de commander et de combattre la place , fut donnée à Bonnivet , colonnel , avec treize cens François, six ce;is Allemans et autant dltaliens , sous la charge dudict Venture d'Urbin , choisi parmy tous les autres par Bonnivet , cinquante gentils-hommes volontaires , et deux 'cens chevaux. Ce seigneur mit soudain la main à l'œuvre , et en telle diligence , que la place, avec l'aide des soldats et des habitans qui travailloient à Tenvy Tun de Tautre , fut en six sepmaines si bien pourveue et accommodée , qu'ils avoient tous plus de peur que cela decourageast l'ennemi de les assaillir , que de crainte de Testre. DompFerrand , supportant mal-volontiers ces fréquentes secousses , et désirant y remédier , ne perdoit temps à assembler gens et argent pour venir attaquer Albe ; et de fait , s' estant jette en campagne, il se vint présenter devant la ville avec son avant garde , composée d'environ quatre à cinq mil hommes de pied. Soudain Bonnivet jetta dehors environ trois cens des meilleurs soldats françois et italiens , départant le reste , partie en la place de la ville , et l'autre es environs des murailles et des portes. Geux-cy attaquèrent soudain une si furieuse escarmouche contre les Espagnols qui s'estaient avancés jusques près la contre-scarpe , pour donner moyen à domp Ferrand de mieux re* cognoistre Testât de la place , qu'ils les firent reculer plus de deux cens pas. Le combat dura près de deux heures ; il y mourut environ vingt -cinq des nostres , et deux braves gentils-hommes , l'un nommé le capitaine Tortorin , et l'autre Appâte , de nation basque , et de ceux de l'ennemi de cinquante à soixante, à ce qui fut depuis sccu par les païsans qui baillèrent les charcltes pour les emmener , avec plusieurs blessés. Tant y a que domp Ferrand trouva les choses en tel estât , qu'il

print résolution de laisser ceste-cy et d*aller attaquer Sainct-Damian , comme il fit environ le dixiesme d'octobre 4553 , qui est le mesme temps que l'empereur attaqua Mets , qui luy servoit jadis de propice magasin contre la France.

Les affaires ayans prins quelque relasche après ces factions , le mareschal print resolntion de se jeller à la campagne : pour ce faire il commanda aux trouppes sortir des garnisons et de se rendre à Carmagnollesau u*entiesme jour d'avril , où il se rendroit aussi, comme il fit deux jours après. 11 n'y fust pas plustost arrivé , que tous les seigneurs et principaux capitaines de Tarmée le vindreni tronver , tant pour, à leur accoustumée , le saluer , que pour le prier de vouloir au plnslost faire faire la monstre. Pourquoy faire ayant fait mettre Tarmée en bataille , et recognu le nombre d'icelle , il trouva environ huict mille, que François , que Italiens , deux mille Allemans sous Roquendolfe et trois mille Suisses , quelques arquebusiers à cheval , douze cens chevaux , tant hommes d'armes que chevaux j légers. Ayant mis en ordre toutes choses nécessaires pour uiilement employer ces forces, il marcha du costé des Langues , qui est me province montueuse , regardant la rivière de Gennes , pleine de trafic et fort peuplée de chasteaux , avec intention de manger et consumer le pais ennemi , et d'assaillir , selon le beau jeu que la fortune luy offriroitet la qualité de ses forces le pourroit porter, Cete, Courtemille ou Savonne. Pendant qu'il en b»tissoit et espioit les moyens , il s'adonna à prendre plusieui^s petits chasteaux qui Iny pou voient apporter domination dans le pals et faciliter son dessein. De première abordée 3 attaqua Gravesane, qui fut emporté ; delà on marcha contre Serraval , où s'estoient nichés un tas de brigandeaux , lesquels firent contenance de vouloir attendre le canon : denx coulevrines furent bracquées , lesquelles en moins de rien firent quelque apparence de bresche. Les François , sans attendre commandement , donnèrent dedans , la forcèrent, tuèrent tout ce qui s'y trouva , excepté cinq ou six pauvres soldats qui furent depuis pendus en vengeance du Guierche Racanat, pendu à Sainct Martin. Voilà conunent les gène-

c d^arm^e" doivent estre retenus en ces ;a(ioDS de justice parmy la licence des es: car la ven{j^eance en tombe puis sur jui par sa valeur peut donner une victoire jlle ou de campagne. Pendant qu'on atloit cestuy-cy , Montluc alla aussi dénicher ( qui estoient dans Dogliany , auxquels Biandoit Léon de Belleg^arde , Espagnol , »sfois nourry en France , lequel ayant I faire du mauvais à credict , fut forcé et ; et prest à estre pendu , comme ceux de ival, sans Timportune instance et suppli- D que tous les capitaines françois firent areschalpourlegarentirde mort : leplaiir luy fuict a aucuns, avec ce qu'il estoit ;alandhomme,luymoyennerentsagracc; lant par là que Dieu ne permet jamais )bieo-faict demeure sans contrechange.

temps et les aiTaires militaires , qui doiestre balancés et mesures a Tœil de la ^yance , firent recognoistre au mareschal 06 pouvoit pour lors rien entreprendre ))urtemille ny Savonne , et que la partie lurroit mieux exécuter sur Ceve, qui }it de moindre importance que Courte- . Les choses délibérées , le maresclial fit iber Tarmée vei*s Ceve ; mais auparavant de traicter de l'exécution de l'entrese, il faut représenter la bizarre situation I place. Ceve est un des anciens marquii|ui furent donnés par l'empereur Otho (ran son gendre , de longue main fugitif lisrecognu ; les partages qui ont été faits lesccndans de l'un à l'autre, l'ont réduit lus de deux cens portions , les unes si es qu elles n'ont pas deux escus de reneineantmoins, chassans Tasne au moulin, eot estre appelles marquis. Ce sont des ts de la gloire et de l'ambition que nous ravons quitter , pour bassement que la De nous ait renversés. La ville , assez le et bonne , est située au pied d'un 1 roc qui reçoit aisément la taille. £n y jadis certains hermites se logèrent , is dedans église , chambres et autres aodilésqui se sont peu à peu augmentées, lissans autre advenue pour y parvenir 1 chemin de trois ou quatre pieds de !,avec un grand précipice au dessous, les Genevois , qui voyoient avancer les

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