‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 101 sur 432 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

en l'autre monde. Il avait traversé dans la Faculté de théologie et dans le clergé toutes les propositions que l'on avait faites pour accommoder l'affaire de M. Arnauld ; mais il n'eut pas la malheureuse satisfaction, avant que de mourir, de voir censurer par l'Assemblée la lettre de ce docteur, quelque passion qu'il en eût; il mourut, comme la plupart des évêques de notre siècle, assez mal dans ses affaires temporelles, quoiqu'un homme de sa naissance eût dû être plus à son aise, possédant l'évêché de Chartres et des abbayes. L'Assemblée générale, sur la proposition de M. l'archevêque de Narbonne, pour témoigner l'estime qu'elle faisait de ce prélat, écrivit au cardinal Mazarin pour lui recommander un de ses neveux.

Le mercredi 23, l'Assemblée ordonna qu'il lui serait fait un service solennel et une oraison funèbre, et M. de Montauban eut la commission de le faire.

Dans le temps que l'Assemblée travaillait ainsi à honorer la mémoire de M. de Chartres, elle se déshonorait ellemême et travaillait à sa propre confusion en voulant flétrir la mémoire de l'un de ses plus illustres défenseurs pour favoriser la passion des Jésuites. Car ce jour-là même M. de Narbonne, en qualité de président, dit que M. l'évêque de Vence l'était venu avertir que MM. de Sainte-Marthe1 n'avaient pas voulu présenter à l'Assemblée leur livre intitulé Gallia christiana qu'auparavant ils n'eussent retranché, suivant l'avis de messeigneurs les commissaires, quelques lignes dans l'éloge qu'ils avaient donné à feu M. l'abbé de Saint-Cyran, lesquelles pouvaient faire tort à la mémoire de feu M. le cardinal de Richelieu, duquel l'Église avait reçu tant d'assistance (ce sont les termes du procès verbal), et dont la piété était si connue de tout le monde. Sur cela, l'Assemblée voulant rendre à sa mémoire ce qu'elle croyait que le clergé de France lui devait, résolut que pour plus grande sûreté, l'éloge entier du sieur de Saint-Cyran serait ôté du livre des sieurs de Sainte-Marthe, et que l'on mettrait à la marge que si dans les autres exemplaires il y en avait quelques-uns, ils y avaient été insérés sans connais-

1. Louis et Gaucher (appelé Scévole) de Sainte-Marthe, frères jumeaux nés en 1571, historiographes et conseillers du roi, corrigèrent et augmentèrent la « Gallia chrisliana » 4 vol. iû-f° 1656. Scévole mourut en 1650, et Louis en 1656.

sance ni approbation de l'Assemblée, ce qui nepréjudicierait aucunement à la réputation et foi historique des dits sieurs de Sainte-Marthe, lesquels avaient bien mérité de l'Eglise gallicane par leurs ouvrages.

Voilà qu'elle fut l'injustice et l'ingratitude * de ces députés du clergé de France, qui crurent faire un grand sacrifice à Dieu de retrancher scandaleusement les louanges dont ils étaient les auteurs, et de déshonorer vingt-trois ans après sa mort l'un des plus doctes et des plus saints ecclésiastique de notre siècle, qui ne s'était attiré la haine irréconciliable des Jésuites que parce que ces Pères le croyaient le défenseur de l'épiscopat et des évêques. Un éloge dont une partie avait été imprimée plusieurs années auparavant par l'ordre même du clergé leur étaitdevenu insupportable, et pour flatter l'ombre de la vanité du cardinal de Richelieu, ces successeurs des apôtres mirent toute leur sagesse à faire voir à toute l'Église que c'était un crime de les avoir défendus, quoique dans le temps de ce secours qu'ils avaient reçu de cet illustre inconnu, ils crussent que leurs éloges et leurs récompenses fussent infiniment au-dessous de son mérite. Mais il était juste que M. de Marca, qui faisait jouer ces ressorts, donnât une entière satisfaction à la haine des Jésuites, ses bons amis, par cette prévarication si honteuse à son propre caractère; et qu'ayant fait enlever l'année précédente le tombeau de M. Jansénius, évêque d'Ypres, ils fissent retrancher l'éloge de M. de Saint- Cyran en abolissant leur propre ouvrage. Mais ils eurent soin de demander à ceux qui feraient la distribution de ce livre de leur en donner des exemplaires où cet éloge fût tout entier, parce qu'ils estimaient secrètement ce que la politique leur faisait condamner à l'assemblée en public. Le 26 du même mois, M. Hallier dit que les médecins lui ayant ordonné de prendre les eaux à Bourbon, il n'avait point voulu partir sans prendre congé de l'Assemblée, qu'il avait beaucoup de déplaisir d'être obligé de s'éloigner d'une compagnie aussi auguste, de laquelle il avait reçu tous les témoignages possibles de sa bonté et de sa protection ; que, pour lui donner des marques du respect qu'il avait pour elle, il lui laissait un livre qu'il n'avait composé

1. Hemiaut avait écrit infamie : la correction n'est pas de lui.

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