‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 102 sur 432 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

que pour faire voir que les règlements du clergé touchant les réguliers sont entièrement conformes aux canons et aux décrétâtes; qu'on lui avait proposé l'évêché de Cavaillon; et qu'il ne savait pas si sa santé lui permettrait d'aller à Rome où le pape l'avait mandé ; mais qu'il pouvait assurer la compagnie qu'en quelque lieu qu'il se trouverait, il chercherait toutes les occasions de lui rendre ses très humbles services, et à tous les particuliers qui la composaient.

M. de Narbonne, en qualité de président de l'Assemblée, lui dit que la compagnie ayant toujours eu beaucoup d'estime pour sa personne, il devait être persuadé qu'elle avait aussi beaucoup de déplaisir de voir que sa santé ne lui permettait pas de demeurer plus longtemps dans l'Assemblée. Après quoi M. Hallier s'étant retiré, M. de Narbonne continua de dire que M. Hallier ayant toujours rendu au clergé des services très considérables lorsqu'il avait été député aux assemblées, et par les divers livres qu'il avait composés, il croyait que la compagnie devait lui donner quelques marques de sa reconnaissance. Ce qui ayant été mis en délibération, l'Assemblée, voulant reconnaître les services qu'il avait rendus au clergé, lui donna la somme de trois mille livres, et résolut de faire imprimer ses livres et d'écrire à Sa Sainteté une lettre de recommandation en sa faveur, laquelle M. l'abbé Berthier1 fut prié de dresser.

Ensuite le même M. Hallier étant rentré, M. de Narbonne lui dit que la compagnie aurait bien voulu pouvoir reconnaître son mérite mieux qu'elle ne faisait, et qu'elle le priait d'accepter ce qu'elle lui offrait, de quoi ce docteur le remercia.

Il y avait déjà vingt-trois ans que le clergé l'avait gratifié d'une pension de huit cents livres, et il en avait profité déplus de dix mille pendant qu'il avait été promoteur de l'Assemblée en 1650, de sorte que l'on pouvait dire qu'il ne servait pas le clergé gratuitement, quelque inégalité qu'il y eût entre ses ouvrages et ceux de Petrus Aurelius écrits sur la même matière. Mais ceux qui aiment l'Église solidement n'admettent guère d'autre récompense en cette vie que les

t. Il ne peut être ici question de Jean Berthicr, le futur évêque d'Aulonne, qui mourut vers 1690. .lean Berthier était alors récollet, et non pas abbé. D'ailleurs le futur approbateur des Pensées de Pascal n'aurait pas consenti à jouer un pareil rôle.

persécutions et les croix, et Dieu leur tient lieu de toutes choses,, au lieu que ceux qui font servir les affaires de l'Église à leurs intérêts temporels se font récompenser des ouvrages qui ne doivent jamais voir le jour. Car ni celui de l'Abus, que M. Hallier avait fait en 1650, ni celui de la Confirmation des règlements du clergé ne furent jamais mis sous la presse, quoique l'argent du clergé, c'est-à-dire la substance des ecclésiastiques du royaume, vînt en toute sûreté au fond de la bourse de ce bon docteur.

Ce n'était pas assez aux prélats qui s'étaient rendus les solliciteurs des affaires des Jésuites à la cour et dans le clergé d'avoir fait outrage à la mémoire de M. de Saint- Cyran par le retranchement de son éloge, il fallait encore en faire une affaire d'état, et y engager la piété et la religion du roi, afin que la chose se passât avec plus d'éclat et avec plus de scandale. Ce fut dans cet esprit que M. de La Mothe-Houdancourt, évêque de Rennes, et M. de Péréfixe, évêque de Rodez, à qui le Père Annat avait fait donner cette belle commission, ayant demandé audience à l'assemblée, y. furent introduits par MM. les évêques d'Aire et de Séez et MM. les abbés de Bonzi1 et de Guémadeuc" [et], remirent les lettres du roi et de la reine sur le bureau.

Celle du roi contenait ce qui suit :

« Messieurs. Ayant su la délibération que vous avez prise touchant l'éloge de l'abbé de Saint-Cyran qui s'est trouvé dans le livre intitulé : Gallia christiana, je vous envoie les sieurs évêques de Rennes et de Rodez pour vous témoigner la satisfaction que j'en ai eue, et faire entendre plus amplement à votre assemblée ce que j'attends de son zèle en ce qui regarde la constitution de Notre Saint Père le Pape Innocent X, à quoi me remettant, je prie Dieu qu'il vous ait, Messieurs, en sa sainte garde. Écrit à Compiègne, le 28mejour d'août 1656. »

Signé : Louis, et plus bas de Guénégaud.

1. Voir au sujet des Bonzi les Mémoires de Saint-Simon, édition de Boislisle; celui dont il est ici question mourut à 73 ans en 1703, il était alors cardinal et archevêque de Narbonne.

2. 11 est question de la famille Guémadeuc ou Guémadeux au tome II des Historiettes de Tallemant, édit. Paulin Paris. C'était, dit M. Lud. Lalanne, une maison de Bretagne d'où sont sortis les barons de Calât.

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