‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 116 sur 432 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

nence savait qu'elle était la personne du monde à qui il était le plus et à qui il avait le plus d'obligation et de confiance ; qu'il savait ce qui s'était passé sur sa révocation, nomme quoi il en avait parlé au pape à Gassel deux fois, au Père Pallavicini une fois, et deux fois à M. de Rospigliosi, et qu'il lui protestait qu'on ne lui avait jamais dit parole qui pût marquer qu'il eût déplu au pape en cette rencontre, quoi qu'il en eût parlé publiquement dans Rome six semaines avant que d'en partir. Que cependant il avait reçu le jour précédent une lettre de M. de Rospigliosi qui lui commandait de la part du pape de révoquer sa révocation, c'est-àdire de se perdre d'honneur, et de rétablir un irrégulier et un excommunié; qu'il en écrivait tout au long à M. le cardinal Barberin sur ce sujet, et que son secrétaire lui montrerait la lettre où il lui disait tout ce qui se pouvait écrire ; qu'il le conjurait de faire porter ses raisons au pape par le Père Pallavicini, qu'il savait si homme de bien qu'il ne refuserait pas un office digne de sa piété et de sa justice ; qu'il faisait réponse à M. de Rospigliosi dont il verrait aussi la copie. »

Ses raisons étaient sans doute assez fortes, et elles paraîtront telles à ceux qui les pèseront sans intérêt ; mais le crédit de ses ennemis dans Rome était encore plus fort en ce temps-là, et on prévoyait fort bien que, ne pouvant se résoudre à se couvrir de confusion en acceptant une humiliation si honteuse, on se délivrerait du reproche perpétuel que sa seule vue faisait au pape, en laissant sans protection un cardinal qui avait contribué plus qu'aucun autre à le faire monter sur le Saint-Siège.

Pour réponse à des lettres si pressantes, on1 lui manda qu'il avait parlé à M?r Rospigliosi avec le plus de force qu'il avait pu, tant par ce qu'il devait à Son Eminence que par la considération de l'Église; que ce qu'il en avait tiré, s'il avait bien compris la chose, était que l'on n'approuvait ni la conduite de M. du Saussay, ni encore moins celle que Son Eminence avait tenue en le révoquant sans mettre en sa place des personnes qu'elle sût être agréables; que ce

l. Le mot on remplit à la copie le blanc laissé au ms. L'auteur de la lettre qui va suivre est ou le cardinal Barberin, ou plutôt le second cardinal à qui Retz s'était adressé, et dont Hermant n'a pas rapporté le nom.

qui lui déplaisait le plus en tout cela (si néanmoins il avait bien compris la chose), [c'était] que malaisément il arriverait que Sa Sainteté appuyât l'autorité de Son Eminence, et la fit voir dans les résolutions qu'elle prendrait sur cette affaire; de sorte que si Son Eminence prenait le parti de députer pour son grand-vicaire l'un de ceux qui avaient été proposés parle roi lorsque M. du Saussay fut élu, il doutait qu'on en dût donner l'exécution à Son Eminence1; [qu'il] croyait avoir un juste sujet de craindre que Son Eminence n'eût exposé son église à un plus grand danger que jamais, parce que le Parlement était en état de s'en saisir; et que comme il possédait parfaitement toute cette affaire, il n'avait pas encore eu le temps de voir le soir précédent toutes les instructions qui lui avaient été données par son secrétaire ; mais qu'ayant répondu qu'il ne croyait pas que le Parlement eût pu s'en saisir, il lui avait répliqué que le roi le ferait par lui-même; qu'il y retournait le matin pour lui en parler encore après en être mieux informé, et ferait en sorte que Monsignor Rospigliosi donnât audience au secrétaire de Son Eminence, se réservant d'en parler luimême à Sa Sainteté s'il y trouvait quelque entrée.

Il lui mandait par un autre billet : qu'étant retourné parler à Monsignor Rospigliosi depuis qu'il avait su toutes les instructions, et s'être mis en état de posséder cette affaire, il n'y voyait pas d'entrée ni d'ouverture, parce que les autres n'avaient pas seulement formé leur résolution, mais même l'avaient prise autant qu'il pouvait conjecturer; qu'il croyait que la principale était que M. de Toul restât encore grand-vicaire, au défaut de quoi, ou parce que cela ne [se] pourrait faire, ou parce que cet évêque ne le voudrait point, il doutait qu'ils prissent un de ceux qui seraient nommés par le roi, comme si le pape se trouvait engagé parce que le choix que Sa Sainteté aurait fait d'un grand-vicaire n'aurait réussi qu'à l'égard d'un de ceux qui seraient nommés par le roi très chrétien; que les ordres avaient été expédiés selon cet engagement, et qu'il serait inutile d'en parler; qu'il se pourrait faire qu'il se trompât en cela et qu'il le souhaiterait fort, mais qu'il croyait que l'affaire était en cette situation, si Dieu n'y remédiait par

1. Au iris, od trouve ici trois mots illisibles. La copie a rétabli le seDS.

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