‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 117 sur 432 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

quelque événement miraculeux, comme ilétait arrivé autrefois.

M. le cardinal de Retz, trouvant une si grande préoccupation dans l'esprit du pape, ne pensa plus qu'à se retirer de l'Italie afin de n'être pas accablé par ceux mêmes dont il avait espéré la protection. Mais afin de le faire avec bienséance, il prit congé de Sa Sainteté par une lettre, et lui manda que « voyant tous les jours avec beaucoup de déplaisir la peste qui s'allumait dans toute l'Italie, et Sa Sainteté n'ayant pas jugé à propos de l'employer dans celle de Home comme il l'en avait très instamment suppliée, il avait cru être obligé de sortir d'un pays où il se voyait inutile à toutes choses, et où la difficulté du commerce, qui se rendait plus grande de jour en jour, lui ôtait tous les moyens de songer aux besoins de son diocèse et à ceux de sa subsistance; qu'il ne doutait point que Sa Sainteté n'eût bien la bonté d'approuver ce dessein, dans la suite duquel il la suppliait très humblement de croire qu'il continuerait avec la même exactitude qu'il avait observée dans Rome à donner toutes les marques possibles d'une parfaite obéissance à Sa Sainteté et d'une fidélité inviolable au service du roi ; qu'il espérait en toute humilité les bénédictions de Sa Sainteté pour confirmer en lui la grâce qu'il demandait tous les jours à Dieu de ne rien faire dans ses persécutions qui fût indigne de la fermeté d'un véritable évèque ni de la soumission d'un sujet très fidèle et très passionné, et qu'il embrassait avec tout le respect qu'il devait les pieds de Sa Sainteté.

Dès que cette nouvelle de la retraite du cardinal de Retz fut sue en France, on commença à le craindre plus que jamais, et le cardinal Mazarin porta le roi à faire une ordonnance, datée du 14 de septembre, qui fut criée par les rues et affichée aux carrefours, pour le faire arrêter en quelque lieu du royaume qu'il se présentât.

Elle portait : que Sa Majesté ayant eu avis que le cardinal de Retz, connaissant que ses sollicitations et menées à Rome au préjudice de la France étaient inutiles, qu'il y était décrédité envers tous, et que Sa Sainteté même avait témoigné beaucoup de dégoût et de mauvaise satisfaction de sa conduite dont il avait découvert les fins en la révocation du sieur du Saussay de la charge de grand-vicaire en

l'archevêché de Paris; le dit cardinal, après avoir conféré avec les ministres et les partisans de la couronne d'Espagne en Italie des^noyens de renouveler ses pratiques en France pour troubler l'état, et ayant conçu de grandes espérances d'y réussir sur ce qu'ils lui avaient fait entendre que le succès qu'ils avaient eu au [siège] de Valenciennes avait été bien plus considérable et plus avantageux pour eux que (grâces à Dieu) il ne s'était trouvé en effet ; et que cet événement avait des suites qui ouvriraient les voies au dit cardinal d'exécuter tout ce qu'il voudrait entreprendre ; il était parti d'Italie et s'était mis en mer pour descendre en Provence et venir dans le royaume, travesti et comme inconnu. Qu'encore que Sa Majesté eût tant de confiance en la fidélité de ses sujets et particulièrement de ceux de sa bonne ville de Paris qu'?!le ne crût pas que la présence non plus que les factions cLt dit cardinal causassent la moindre altération en aucun lieu du royaume, ni tissent aucune impression sur leurs esprits, sinon pour les confirmer en la connaissance, qui était assez publique, des desseins du dit cardinal de rejeter la dite ville et l'État dans le trouble, et des artifices qu'il employait continuellement pour y parvenir; néanmoins, ne voulant rien omettre en une chose de cette conséquence, conseillée et fomentée par les ennemis de la dite couronne, et entreprise par un homme si remuant et audacieux, désirant aussi lui ôter tous moyens de surprendre et abuser ceux qui n'étant pas informés des volontés de Sa Majesté pourraient le recevoir, adhérer à ses persuasions et avoir commerce avec lui, Sa Majesté, conformément à son ordonnance du 20 août 1654, publiée lors de l'évasion du dit cardinal de Retz du château de Nantes, ordonnait et enjoignait expressément à tous gouverneurs et ses lieutenants-généraux en ses provinces, gouverneurs de ses villes et places ou ceux qui commandaient en leur absence, maires et échevins d'icelles, gentilshommes et seigneurs des châteaux, et tous autres dans le pouvoir et détroit, juridiction ou seigneurie desquels le dit cardinal passerait ou séjournerait, de l'arrêter et tenir en lieu de sûreté, ou donner avis, conseil, aide et main-forte pour l'arrêter et le garder sûrement, jusqu'à ce qu'ayant averti Sa Majesté de sa détention, elle en eût autrement ordonné, à peine à ceux qui sauraient le lieu où il serait et le recelé-

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