‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 157 sur 432 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

défaut. Il répondit qu'il conversait ordinairement avec lui et n'en pouvait dire que du bien. Ils lui demandèrent s'il avait dit à ses paroissiens que la bannière n'est pas J.-C, qu'il ne fallait pas prier Noire-Dame ni porter le chapelet ,. et après avoir répondu à cette question avec des marques de son zèle pour l'instruction du peuple, les Récollets envoyèrent des sergents dans sa paroisse, qui contraignirent quelques-uns du pauvre peuple d'aller à Bordeaux à leurs propres dépens pour être témoins contre leur curé, leur disant qu'autrement on les mettrait en prison, on les ruinerait de tailles et de gens de guerre, pendant que ces religieux leur disaient d'un autre côté qu'ils étaient damnés s'ils n'y allaient pas. Car ces bons Pères prétendaient leur faire croire que leur curé étant hérétique, il valait mieux qu'ils le perdissent que d'être perdus par son moyen. Ces pauvres gens se rendirent à Bordeaux avec beaucoup de frais et de peine, car il y avait parmi eux des nourrices chargées de leurs nourrissons. Étant confrontés avec leur curé, une femme lui soutint d'avoir dit que la bannière n'était pas J.-C. ; les commissaires en firent un crime, et le pasteur eut peine à leur persuader qu'il avait en cela fidèlement instruit son peuple, lequel était si ignorant qu'il croyait qu'un crucifix peint à une bannière était Notre- Seigneur, et que la sainte hostie ne l'était pas, et l'adorait plutôt dans cette peinture qu'au saint-sacrement ; ce que la pauvre femme confessa en leur présence.

Il fit avouer à une autre qu'elle croyait que Notre-Dame était Dieu et qu'elle l'adorait comme Dieu ; et parce qu'il Pavait instruite qu'il ne la fallait pas adorer ; elle avait entendu cela comme s'il lui eût voulu dire qu'il ne la fallait pas prier. Une autre, qui croyait se confesser en disant son chapelet, fut instruite par ce curé qu'il ne faut pas de chapelet pour se confesser ; mais qu'il faut dire ses péchés. Le reste de l'accusation était aussi ridicule que ces premiers chefs; mais le sous-promoteur ne laissa de le traiter toujours en criminel, l'abandonnant à la discrétion des commissaires qui ne voulurent ni le condamner ni l'absoudre ; mais lui donnèrent seulement la liberté de se retirer et de faire ses fonctions en sa paroisse. Le seul motif d'un traitement si indigne était qu'il avait été témoin contre le récollet en la première information, et que pour

observer l'ordre de son archevêque, il n'avait pas permis à un récollet de prêcher en son église, s'y étant présenté avec un notaire, comme ayant droit d'y prêcher en dépit de lui.

Cependant le curé de Libourne, voyant que cette vexation faite à son confrère était une branche de la sienne, releva son appel par devant les grands-vicaires par une requête qui contenait ses griefs et ses causes de récusation contre les commissaires; demandant d'être ouï comme auparavant ou d'être renvoyé par devant l'official, qui était le vrai juge de l'Église. Les grands-vicaires, au lieu de répondre la requête (sic), la donnèrent aux commissaires qui la retinrent jusqu'au 20.

Pendant cette sollicitation faite par le curé à Bordeaux, les Récollets le faisaient citer à Libourne le 13 de juillet pour comparaître le 15 devant les commissaires, sur peine d'interdit.

Le 13 et le 14, le curé somme le greffier par trois actes de lui rendre sa requête. Le greffier déclare que les commissaires s'en sont saisis sans la répondre. Il les somme de la rendre le 15; mais ils refusent et menacent le notaire de la prison.

Le 20, le curé appelle au pape de cette procédure comme d'une vexation manifeste. Le même jour, le greffier lui remet sa requête répondue du 12, signée des grands-vicaires, avec la déclaration du greffier portant que cette requête ne lui a été remise que ce jour-là. Parla réponse, le curé est renvoyé aux commissaires. Le curé fait un appel simple à Sa Sainteté, le 20, et le 21 du même mois, les commissaires fabriquent des décrets antidatés contre le curé, lequel en étant averti se rend appelant comme d'abus de toute la procédure, par un acte du 27 juillet signé le 31.

Le 2rne jour d'août, les commissaires lui tirent signifier par les récollets un décret de prise de corps portant interdit faute de les reconnaître. Le 5e, le curé en appelle comme d'abus en adhérant, et le même jour les commissaires ordonnent que le curé sera appelé à trois brefs jours, faute de pouvoir être appréhendé. Les Récollets font placarder cet exploit par les cantons de la ville, et persécutant la personne du curé se rendent maîtres de son église, qui était le but où ils tendaient depuis longtemps.

Page 1