‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 183 sur 432 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

M. Amyot, qui avait fait chasser de sa paroisse M. Duhamel, son collègue, relégué à Langres et de là à Quimper-Corentin, trouvait sa satisfaction à le persécuter jusqu'au fond de la Basse-Bretagne en lui écrivant une lettre qui mérite bien de trouver ici sa place, puisqu'elle est fort propre pour faire voir de plus en plus le caractère de son esprit. Elle était du 25 de janvier et voici ce qu'elle contenait:

« Monsieur,

«J'ai cru qu'il fallait rompre notre silence pour de bonnes causes et bons sujets. Car quoique notre église de Saint- Merry n'ait rien perdu de la piété qu'elle avait lorsque vous y étiez présent, et qu'au contraire plusieurs bons ecclésiastiques et autres m'aient assuré que jamais elle ne fut plus fréquentée de ses paroissiens, et que moi-même j'en aie fait un pareil jugement, si est-ce pourtant que quelques changements y sont arrivés assez fâcheux auxquels vous pouvez apporter les remèdes nécessaires; je les réduis à trois chefs.

Le premier est que les confrères du Saint-Sacrement se sont retirés des Assemblées que j'ai voulu continuer en votre absence, sous prétexte que je les ai voulu tenir hors de votre maison dans le lieu de la communion.

Le deuxième, que les dames de la charité pour les pauvres de la paroisse, qui sont de votre direction et de celle des prêtres de votre communauté, se sont aussi retirées des assemblées ordinaires que j'ai continuées en votre absence, sous prétexte que je les ai voulu tenir hors de votre maison, dans le lieu de la communion ; à cause que je n'ai pas voulu que votre vicaire y parlât, et fît les exhortations en ma présence; et se sonttellement retirées qu'elles ne contribuent plus à la subsistance des pauvres, assistent peu à l'église, point aux prônes, vont aux Blancs-Manteaux à la messe, ou à Sainte-Catherine, où les prêtres interdits de notre paroisse les confessent, ce qui fait grand tort à leur piélé et à votre réputation. Il semble qu'il est de votre sage conduite de les exhorter par celles que vous leur écrivez souvent à rendre assiduité à leur paroisse, aux services, prônes, assemblées pour les pauvres, et à continuer la même assistance qu'elles faisaient aux pauvres lorsque vous y étiez présent. L'Apôtre, après avoir dit ces belles paroles ici aux Corinthiens : Fidetis servus per quem vocati estis in societa-

tem filxx ejus Domini nostri Jesu Christi, les prie instamment que chacun d'eux en dise autant, savoir : que nous sommes tous appelés à une même société de J.-C. ; afin qu'il n'y ait aucun schisme ou division parmi eux; et non sint in vobis schismata; d'autant qu'aucuns disaient : Je suis du parti de Paul, et d'autres d'Apollo; d'autres de celui de Pierre ; et moi, disait un autre, je suis du parti de J.-C. Mais de grâce, disait saint Paul, J.-C. est-H divisé? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou bien avez-vous été baptisés au nom de Paul? Ce qui est plus à remarquer en cette leçon, c'est que saint Paul veut détacher les Corinthiens de l'affection qu'ils avaient pour lui, et les prie avec instance de dire tous unanimement qu'ils sont chrétiens, fidèles serviteurs de J.-C. afin d'être unis entre eux et qu'il n'y ait aucun schisme. Je vous supplie, Monsieur, de faire les mêmes applications pour vous que fait saint Paul aux Corinthiens, afin qu'elles se détachent de votre affection pour n'avoir société qu'avec J.-C. et son Église. Nous avons l'exemple de notre grand patron, saint Merry, qui quitta son monastère pour chercher les déserts et pour fuir l'affection de ses religieux, d'où ils le tirèrent pour le faire leur supérieur; ce qui lui fil enfin quitter la province de Bourgogne pour se retirer dans une solitude près de Paris. Nous ne l'aurions pas aujourd'hui pour notre patron, s'il n'avait quitté l'église d'Autun pour se retirer dans le lieu où est noire église de Saint-Merry, qui était lors une solitude. Nous avons l'exemple de notre Sauveur, qui s'enfuit sur les montagnes quand les peuples le voulaient publier pour leur roi.

Le troisième est que les ecclésiastiques de votre communauté ont été contraints de se retirer de notre maison à cause de leur mauvaise doctrine et conduite, par sentence d'interdiction de M. l'official de Paris. Je sais bien que vous ne l'ignorez pas; mais ce qui m'oblige de vous toucher ce point est que notre paroisse a besoin d'une communauté de prêtres. Vous savez bien qu'il n'y a aucun lieu pour la tenir que la maison que vous occupez à loyer, et qui appartient à l'œuvre, et qu'à présent elle est vide. Nous ne savons pas quand pourra être votre retour, que je désire ardemment, avec tout le succès qu'on peut souhaiter à un bon pasteur. J'ai cru que vous auriez assez de charité pour me

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